[review] Snotgirl tome 2

Le premier volume de Snotgirl fait partie des titres qui m’ont laissée très mal à l’aise. Le sujet évoqué – les influenceuses narcissiques et capricieuses – a eu bien du mal à m’accrocher, mais Bryan Lee O’Malley a su toutefois capter mon attention grâce à l’intrigue et à l’aspect thriller de son récit. La parution du deuxième tome est l’occasion de voir si ce titre me convainc davantage.

Un résumé pour la route

Snotgirl_2_1Snotgirl, tome 2, sous-titré « California Screaming » est scénarisé par Bryan Lee O’Malley et illustré par Leslie Hung. Le titre sort aux Etats-Unis chez Image Comics. En France, Snotgirl est édité chez Glénat Comics en 2019.

Lottie est une blogueuse mode très en vogue, elle fait partie du monde des influenceuses que les marques s’arrachent et avec lesquelles les ados rêvent de faire un selfie. Accompagnée de ses deux acolytes, « Cutegirl » et « Normgirl », elle forme un club de haters destiné à dire du mal de tous les instagrameurs et autres personnalités en vue sur les réseaux sociaux. Mais, derrière cette assurance, Lottie cache bien des blessures et la vie parfaite d’influenceuse n’est pas si rose qu’elle n’y paraît.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le premier tome de Snotgirl plantait le décor et permettait de faire connaissance avec ce trio d’instagrameuses très représentatif de ce qu’on peut apercevoir dans la réalité. Culte de l’apparence, médisances et jalousies sont au rendez-vous et donnent une représentation assez fidèle de ce petit microcosme. Les attitudes inquiétantes des fans sont décrites avec plus de détails dans ce deuxième volume : on assiste avec un certain malaise à la fébrilité de celles qui réalisent leur rêve en rencontrant Lottie, et se montrent d’une maladresse confondante en présence de leur idole, on se désespère en voyant Charlène revenir à la vie uniquement pour se nourrir de son obsession envers Lottie. La police n’est pas mieux représentée avec un inspecteur totalement subjugué par les stars des réseaux sociaux, oubliant ses missions élémentaires.

Avec ces différents personnages, Bryan Lee O’Malley poursuit sa critique d’un monde régi par l’apparence et les faux-semblants. Chacun ne pense qu’à l’image qu’il / elle projette et même la gentillesse est calculée en fonction de ce qu’elle peut rapporter en terme d’image. L’extravagance des protagonistes masque tantôt un vide sidéral, tantôt une fragilité à fleur de peau, tantôt les deux. Ce monde n’a rien de bon et l’issue de certains destins est parfois tragique puisque des jeunes désespérés par leur peu d’audience ou leurs échecs se donnent la mort. Les blogueuses phares du titre ont des vies assez effrayantes et vides de sens tant elles sont accrochées à leur apparence et leur audience sur les réseaux devenues leur seule raison de vivre. Elles montrent une indifférence aux situations des autres assez tragique, notamment lorsqu’un événement mondain est perturbé puis annulé à cause de la mort d’une jeune femme qui, à leurs yeux, n’a fait que gâcher l’événement. Je dois bien avouer que cette insensibilité au destin d’autrui m’a glacée d’effroi bien plus que les petits malheurs de ces insupportables blogueuses. Si Bryan Lee O’Malley force un peu le trait, on n’est finalement pas si loin de la réalité et Snotgirl a le mérite de nous faire nous questionner sur nos interactions sociales et leur sincérité.

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Bryan Lee O’Malley montre aussi combien les individus se mentent à eux-mêmes, s’interrogent sur leur identité et notamment leur identité sexuelle, nombre d’entre eux ont un comportement ambigu, voulant parfois aller contre leur inclination pour rester tendance. Au milieu de ce groupe qui joue perpétuellement les gens heureux, Caroline détonne, elle ose être de mauvaise humeur, trouver ringard ce que tout le monde applaudit. Lottie est inévitablement attirée par cette jeune femme trouble qui ne ressemble pas aux autres mais elle la fascine. Lottie rentre alors inévitablement en compétition avec les autres membres du club des haters pour être proche de Caroline. Cette dernière ne semble pas touchée par les attentions ou les mots des autres filles et cette attitude détonne et intrigue. Caroline a l’air indépendante et elle n’est pas sensible au regard des autres, ce qui agace ou intrigue. Son attitude oblige les autres à se remettre en question, ce qui n’est pas forcément bien vécu par Lottie et ses copines.

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Leslie Hung est toujours au dessin dans ce deuxième volume avec son style cartoony et proche parfois du manga y compris dans le look de certains personnages comme Cutegirl ou l’étrange Virgile. J’ai même parfois eu l’impression d’être dans un yaoi !

Alors, convaincus ?

Ce deuxième volume m’a laissé la même impression que le premier avec un réel sentiment de malaise et un dégoût profond pour ce petit monde surfait et surévalué qu’est celui des influenceurs. S’il est clair que Bryan Lee O’Malley fait une critique des excès de ce milieu, il réussit trop bien à en dépeindre les caractéristiques, rendant ses personnages profondément antipathiques à mes yeux. La trame de fond reste malgré tout un peu intrigante puisque les disparitions et meurtres se succèdent sans qu’un coupable n’apparaisse clairement dans l’immédiat. Je ne pense pas poursuivre la lecture des volumes suivants malgré cet aspect thriller qui titille ma curiosité.

Sonia Dollinger

 

 

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