[Review] Divinity III Stalinevers

Oublions la logique et lisons dans le désordre. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec Divinity. Alors que Sonia avait lu le premier tome, j’ai commencé par Eternity pour ensuite remonter en arrière en lisant le troisième tome mais pourquoi ?

Un résumé pour la route

Stalinvers_1Même si les épisodes viennent de séries différentes, on retrouve chez Valiant entertainment une fidélité pour les mêmes auteurs. Stalinevers rassemble la mini-série Eternity III écrite par Matt Kindt et dessinée par Trevor Hairsine alors que les one-shots Komandar Bloodshot sont de Jeff Lemire au scénario et Clayton Crain aux dessins. On a des nouveaux noms pour les scénarios avec X-O Manowar écrit par Joe Harris et dessiné par Cafu, Shadowman par Scott Bryan Wilson et dessiné par Robert Gill, Archer & Armstrong par Eliot Rahal et dessiné par Francisco Portela. Ces épisodes ont été publiés par Valiant entertainment entre décembre 2016 et mars 2017 et en France par Bliss comics en septembre 2017.

Trois cosmonautes, Myshka, Abram et Kazmir, soviétiques ont été sélectionnés pour explorer les confins de l’espace. Malgré un grave incident, ils ont atteint leur objectif et ont basculé dans un monde étrange. Ce voyage les a dotés de pouvoirs divins qu’ils doivent gérer en revenant sur terre. De plus, la guerre froide est finie et l’idéal communiste n’a plus du tout cours. Cependant, dans ce volume, Myshka, une des cosmonautes a utilisé son pouvoir pour transformer la réalité. L’U.R.S.S. communiste loin de s’effondrer domine aujourd’hui le monde.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Stalinevers marque la fin de la trilogie Divinity et c’est pourtant par ce volume que je commence ce cycle. En effet, j’ai adoré la suite Eternity. De plus, j’adore les uchronies – j’ai beaucoup aimé la nouvelle chronologie du début qui imagine un nouveau passé où Staline domine le monde. On a l’impression de lire la version Valiant du Red Son. J’ai bien aimé la manière dont cette transformation est expliquée. Kazmir a été avalé par la cosmonaute Myshka, par jalousie et dépit politique il a modifié la réalité. Elle distille une psychose qui, comme un virus, s’est répandu et a transformé le monde. J’y ai vu une vision traditionnelle du communisme pendant la guerre froide comme un virus qu’il faut soigner par les armes ou le soft power. Des symboles sont modifiés – la statue de la liberté détruite est remplacée par une gigantesque statue de Staline. Ces mondes parallèles sont surtout un moyen de parler du monde actuel. Stalinevers donne une vision antirusse car Poutine a accepté la proposition de changer la réalité. Cette vision est assez commune en ce temps d’interventionnisme russe lors de l’élection de Trump.

Le premier épisode sert de présentation des héros principaux de Valiant transformés dans cet univers et, pour les passionnés de Valiant, c’est un vrai plaisir de comparer ce monde parallèle et les séries habituelles. Bloodshot est devenu un agent servile et convaincu de l’État communiste alors que Peter Stanchek d’Harbinger est un militaire plus torturé. X-O Manowar travaille avec Shadowman pour éliminer des zombies car l’U.R.S.S. utilise le pétrole du monde des morts. Le super-héros vaudou a une tenue différente intégrant les symboles communistes – une faucille et un marteau. Il est contrôlé par le général de l’Armée rouge Aric comme un djinn – un démon en arabe. Tous ces héros sont interrogés par le commissaire politique Colin King – Ninjak– qui, en agent double, cherche en fait des alliés. Bien que simple humain, il est le plus résistant des héros Valiant car il comprend très vite que cette réalité n’est pas convenable. Il n’est pas seul : Harada n’a pas été plus convaincu. Une résistance s’organise mais seulement aux États-Unis. Ninjak et Harada veulent réveiller Abrams afin de recréer la bonne réalité.

La série principale est dessinée par Trevor Hairsine dont le dessin assez rond n’empêche pas des images parfois rudes – des têtes arrachées à la main. J’ai aussi été marqué par la manière dont Divinity revient à la vie – sous l’eau, il se reconstitue à partir de sa tête et d’un morceau de colonne vertébrale.

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Je prends toujours beaucoup de plaisir à voir comment les différents artistes modifient la personnalité et le visuel de héros connus. Le Komandar Bloodshot est envoyé en Amérique du Nord pour écraser la résistance. Il reste toujours des défenseurs de la liberté même si la terre est conquise par le mal. Livewire est du côté des Américains. Comme un virus, elle contamine Bloodshot et découvre son passé en une page – un paysan de kolkhoze devenu soldat modèle à qui des scientifiques ont inoculé les nanites. Clayton Crain propose non seulement un super design pour l’homme aux nanites mais aussi une ambiance sombre et métallique.

Il est aussi amusant de voir comment les auteurs jouent avec les runs mis en place dans leurs séries habituelles. Dans X-O Manowar, le dessinateur reprend les cases presque identiques du retour d’Aric sur terre mais ensuite il semble avoir été converti. Le scénariste profite de ce crossover pour écrire un épisode horrifique. On le voit faire un discours pendant les célèbres défilés de l’armée rouge. Il y fait acte de son dévouement pour la cause communiste. En fin d’épisode, un retournement du scénario nous permet de découvrir la vraie raison du soutien. Cafu réalise un bon travail mais son style ne me touche pas. Dans Shadowman, on découvre son passé : résistant aux États-Unis, il a été capturé et doit collaborer sinon cinquante états-uniens seront tués par an devant lui.

Ces mondes parallèles sont donc l’occasion de variations mais parfois de totalement inverser la série. Dans Escape from gulag 396 dont le titre rappelle Escape from New York de John Carpenter, le scénariste réinterprète totalement Archer & Armstrong. Archer est un chrétien soviétique pourchassé par les communistes mais sauvé par des moines. Envoyé dans un goulag pour prosélytisme, il y rencontre Armstrong. Convaincu par la foi inébranlable du jeune Archer, Armstrong devient croyant. C’est l’exact contraire du thème de la série d’origine.

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Chaque one-shot se termine en bonus par quelques pages sur la Brigade rouge – une allusion assez osée au groupe révolutionnaire allemand. Ils interviennent un peu dans ce volume mais encore très peu dans les autres séries. Ce groupe est composée uniquement de femmes. Chaque court récit est centré sur les origines d’un personnage par Matt Kindt et Juan José Ryp de Britannia. Ces personnages souvent intéressants me semblent très inspirés de Marvel ou DC. La Pionnière est une indigène des Kouriles qui a des armes magiques comme Thor. La Légende rouge est une jeune fermière élevée dans un kolkhoze et passionnée du folklore. Elle a un super pouvoir proche de celui de Wonder Woman.

J’ai retrouvé avec plaisir les nombreux bonus que propose presque toujours Bliss – toutes les couvertures mais aussi des crayonnés de Trevor Hairsine, Juan José Ryp, Portela et CAFU. Comme dans Eternity, j’ai beaucoup aimé les pages avec les crayonnés, l’encrage et la colorisation incluant des commentaires du dessinateur, du scénariste le plus intéressant et de l’éditeur.

Alors, convaincus ?

Ce n’est sans doute pas le récit le plus facile pour un néophyte de Valiant mais c’est un récit très agréable pour un passionné. Ces épisodes permettent d’avoir une vision totalement différente de héros connus. Certains s’en sortent très bien –Harbinger et Bloodshot– et d’autres sont plus anecdotiques. Sans être mon œuvre préférée de Valiant, j’ai pris un certain plaisir lors de la lecture.

Thomas Savidan

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