[review] Intégrale New Mutants 1984

Après avoir adoré le premier volume, je poursuis la découverte de l’intégrale de l’équipe junior des X-Men avec l’année 1984 qui marque l’arrivée du grand dessinateur Bill Sienkiewicz.

Un résumé pour la route

New_Mutants_1984_1L’ensemble des épisodes de ce livre est scénarisé par Chris Claremont (X-Men, Iron Fist).  Pour le dessin, le volume est séparé en deux avec des dessinateurs très différents : Sal Buscema (Spider-Man, Captain America) se charge de épisodes 11 à 18 puis Bill Sienkiewicz (Daredevil, Moon Knight) bouleverse tout pour la suite du volume. L’Annual permet de retrouver le dessinateur créateur Bob McLeod. On y trouve les épisodes 11 à 22 plus l’Annual 1 de la série New Mutants publiée par Marvel en 1984. Ce volume est publié par Panini en juillet 2019.

Cette nouvelle équipe s’est constituée dans les premiers épisodes et lors d’un voyage au Brésil, les amis rencontrent la famille de leur camarade Solar dont le père a rejoint le Club des Damnés. Ce dernier piège sa femme, son fils et les New Mutants lors d’une expédition en Amazonie à la recherche d’une cité perdue, Nova Roma. Dans cette implantation de la République romaine, les jeunes héros rencontrent une nouvelle mutante, Magma mais aussi la sorcière Séléné.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le volume commence par la suite directe du volume précédent avec le combat entre Magma et Séléné. Claremont termine son peplum avec des intrigues de cour qui se terminent au glaive. Le format de l’intégrale est bien plus pratique à suivre et à lire que l’Icons qui regroupe les épisodes de Bill Sienkiewicz. Il manque par contre la série limitée Magick et un Marvel team-up associant la Cape, l’Epée et Solar et Rahne ce qui aura un rôle plus tard. Le scénariste sait alterner la vie du groupe et la psychologie des individus en profitant d’épisodes sans action et en se concentrant sur un ou deux personnages par épisode. Des personnages même mineurs sont toujours passionnants. Stevie Hunter n’est pas juste un prof de danse et, malgré son genou handicapé, elle tente de sauver Illyana. De nombreux personnages sont intéressants chez les Hellions, groupe de jeunes mutants du Club des Damnés – Tarot, Thunderbird, futur Warpath d’X-Force et des rivalités internes apparaissent. Les relations avec les X-Men sont aussi explorées. Diablo et Colossus organisent des entraînements. L’équipe reste inférieure aux adultes car elle subit une défaite face aux Hellions. Certaines parties sont néanmoins naïves – Logan veut un alcool plus fort qu’un cidre et prend une bière ! Kitty Pryde est l’intermédiaire entre les deux groupes. Arrivée plus tôt et aguerrie, elle se sent supérieure mais aussi concurrencée par ces nouveaux arrivants. Rahne éprouve le même sentiment car elle se trouve inférieure et plus jeune que les autres. J’ai trouvé qu’elle était encore un peu pleureuse. Au contraire, j’ai un faible pour Sam, prototype de l’Américain issu du prolétariat. Avec Sienkiewicz, il porte une casquette rouge, une chemise à carreaux et un fusil. Doug Ramsey apprenant qu’il a un pouvoir sur les langues, passe ainsi d’ami de Kitty à coéquipier en communiquant avec Warlock. Cette série n’est d’ailleurs pas juste un dérivé des X-Men car des événements majeurs s’y déroulent. Xavier y remarche pour la première fois et Rachel Summers arrive dans l’Institut.

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Comme dans le premier volume et dans l’œuvre du scénariste, on retrouve les thèmes de l’intégration dans l’équipe et la société. La question du chef revient souvent mais aucun leader ne s’affirme vraiment. Après avoir été rassemblés par Xavier, les jeunes décident seuls dans ce volume d’intégrer Magma puis Warlock et Doug Ramsey. Les derniers arrivants sont moins obéissants ou – dressés selon l’interprétation qu’on peut se faire. Alors que Sam obéit à Xavier et ne veut pas partir secourir Kitty, Illyana veut le faire par amitié et Amara par honneur. Les amours entre camarades sont souvent contrariées – comme celles de Sam pour Amara. Ces différences individuelles et la difficulté d’intégration provoquent un spleen. On retrouve souvent la figure d’un adolescent seul qui regarde les autres sans se sentir intégré. Le ton est assez sombre – par exemple, Illyana a passé la moitié de sa vie dans les limbes et son destin est d’être un portail pour déverser les démons de Belasco sur terre. Son armure démoniaque commence à apparaître. Les jeunes ne sont pas forcément tendres. Roberto n’hésite pas à tenter de tuer Séléné. Comme l’Amazone et Captain America, Magma est une étrangère perdue dans le monde moderne. Claremont, juif par sa mère, né en Angleterre mais passé par Israël puis les États-Unis, semble aimer cet élément. Cela donne l’occasion de blagues récurrentes sur des Américains croyant que Rome est en banlieue. Amara est donc exilée pour apprendre à contrôler son pouvoir mais aussi, comme Wonder Woman, pour découvrir le monde extérieur. Son pouvoir est impressionnant car elle manipule le magma, créant des volcans ou provoquant des séismes. Forte et indépendante, son pouvoir se déclenche quand on l’embrasse de force ce qui fait un écho fort avec la lutte très actuelle sur le consentement. Rahne ne supporte pas plus que Sam la caresse sous sa forme de louve. D’ailleurs l’équipe n’a encore intégré que deux garçons au début du volume. Roberto refuse de cuisiner et Mirage se moque de son snobisme ou de sa misogynie. J’ai simplement regretté que Claremont se soit, à l’époque, montré peu féministe avec la mère de Roberto décidée à rester avec l’homme qui a voulu la tuer. L’amitié commence à devenir le ciment de l’équipe. Illyana, par encore intégrée au groupe, prononce une très belle phrase sur la force de l’amitié : « De tous, seule Kitty Pryde m’accepte, purement et simplement, comme amie, sans doute ni réserve. Sait-elle à quelle point ce don est précieux ? » Cette amitié entre pairs reste fragile entre amis car des secrets restent. Pendant que Magick ne dévoile pas l’étendue de ses pouvoirs magiques, Mirage ne parle pas du démon ours. Pendant l’adolescence, on navigue entre la volonté de grandir en ayant plus de de liberté et responsabilité – mais aussi un souhait de rester un enfant – Rahne crée un conte. Cette période est celle de la découverte de soi – Magick se dit : « on dirait que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre sur moi-même. » L’adolescence est aussi le moment de la puberté. Le corps de Sam ne répond pas à ses souhaits. Magma a peur de ne pas contrôler son nouveau corps en brûlant Dani et se trouve monstrueuse. Ce thème passe aussi par les pouvoirs. Le pouvoir d’expulser l’énergie de la terre de Magma est un symbole de la puberté contre la vieillesse de Séléné, une vampire qui rajeunit en absorbant l’énergie des humains et donne vie à toutes les choses inanimées. Comme dans Sabrina, la magie – avec Illyana – est souvent associée à l’adolescence. Des passages montrent que Claremont était intéressé par l’ésotérisme à l’époque : Illyana fait apparaître une étoile « argent » de la magie blanche mais sa position à l’intérieur est celle de la magie noire. Sam est un fan de science-fiction et cite Heinlein, Une porte sur l’été. On sent que le scénariste veut transmettre sa passion à de jeunes lecteurs. L’Annual est d’ailleurs l’occasion d’une aventure dans l’espace.

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Pendant cette période, la relation avec les parents peut être tendue, ce qui est bien montré à travers la confrontation entre Roberto et son père. Devenir adulte c’est voir la vérité sur ses parents. Le père est un capitaliste récemment enrichi qui est prêt à tout sacrifier pour son rêve de fortune et de puissance. Qui est le monstre ? le mutant Solar ou plutôt son père prêt à tuer sa femme. Tel un ado qui s’émancipe, Roberto refuse cet héritage. Comme de nombreux héros adolescent en bd, Roberto se retrouve seul avec ses amis car sa mère reste à Nova Roma pour ses recherches. Magnus est un père possessif qui veut tuer Warlock. Le rôle de père de substitution de Xavier est souvent rappelé. Mirage a une relation amour / haine avec Xavier, typique d’une ado. Contrairement à mes souvenirs, j’ai trouvé le personnage du professeur Xavier assez ambigu et directif. Il est décrit comme un père bienveillant mais je le trouve intrusif : il a reconstruit la chambre romaine d’Amara en fouillant dans ses souvenirs mais sans lui demander. Il maintient une surveillance télépathique constante tant qu’elle ne contrôle pas son pouvoir. Emma Frost est le pendant maléfique de Xavier.  Télépathe, elle dirige aussi une école mais pour le Club des damnés. Cependant, elle n’a pas un usage si différent de ses pouvoirs. Elle manipule des enfants mais « pour leur bien. » Les principales différences sont que ses étudiants sont amoraux et plus sexuels alors que Mirage se pose des questions morales sur son pouvoir et l’intrusion mentale.

A partir de l’épisode 18, l’arrivée de Bill Sienkiewicz prouve l’importance du duo avec le scénariste. Claremont utilise bien moins de texte car il laisse l’ambiance angoissante s’installer et le dessin est assez expressif pour se passer de commentaire. L’horreur est aussi un symbole de la transition de l’adolescence – passe-t-on d’une enfance insouciante à un âge adulte sombre ? Une dimension plus politique intervient avec le Domaine des Ours avant l’arrivée des envahisseurs européens. L’Ours ayant possédé une infirmière et un policier, ils sont métamorphosés en démons puis en Amérindiens. Contrairement aux épisodes précédents très limpides, ce récit intègre des termes cryptiques et je ne comprends pas tout : l’ours était les parents de Dani mais la force les a pervertis. Est-ce une parabole des risques de l’assimilation ? Dans l’épisode 22, on en découvre un peu plus sur l’idéologie réactionnaire du Club des Damnés. La Reine blanche explique sa vision du monde. Les mutants sont une ressource pour les États et ils doivent choisir si on est un dirigeant ou un esclave.

Ce n’est pas le meilleur travail de Sal Buscema que je trouve bien meilleur sur Spider-Man. L’encrage de Tom Mandrake adoucit le trait mais lui fait perdre son style. J’ai trouvé le design très années 1970 en 1984 par exemple pour Séléné. Le dessinateur rate la version loup garou de Rahne. Cependant, Buscema réalise de belles pages comme celles de la confrontation entre Roberto et son père. Dans l’épisode 16, son dessin est plus personnel avec une Emma Frost davantage femme fatale. Le dessinateur souffre de la comparaison avec le novateur Sienkiewicz. J’ai ressenti un choc dès la première page angoissante puis un design bien plus contemporain – les cheveux roux en brosse, la chemise blanche trop grande et jean slim de Rachel Summers. Les visages plus fins permettent des expressions plus contrastées. Les parents de Mirage ressemblent à des portraits des premiers photos d’indiens par Edward Sheriff Curtis. Voit-on Hitchcock et Rock Hudson en infirmiers dans une case ? Il réalise de splendides cases – Magnus, masse noire cernée d’un encrage blanc et traversée de câbles orangés. Certaines cases font penser à des peintures de Basquiat. Mirage se préparant au combat est superbe alors qu’avec un autre dessinateur, ce serait ridicule. Mais il crée aussi des effets graphiques uniques – des gros plans pour se rapprocher de Warlock comme pour un exercice géométrique. Dans le combat contre le démon ours, une carte avec des taches d’encre illustre l’avance de l’infection des zones infectées. Les couleurs sont plus expressives. Dans l’Annual, on retrouve les créateurs avec Bob McLeod. Son dessin précis et classique est agréable

Alors, convaincus ?

Ce deuxième volume est toujours une bonne série d’action. J’ai bien aimé le récit d’infiltration dans l’école du Club des Damnés. On ne lit pas différents runs mais des liens sont faits comme dans l’épisode sur Magick pour le conflit suivant avec les Hellions. De plus, le scénario rend de plus en plus attachants ces personnages et permet de découvrir des parties ignorées de la saga des X-Men. Enfin, on voit les épisodes immanquables de Bill Sienkiewicz.

Thomas Savidan

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