[review] Thor, la mort de la puissante Thor

Après un quatrième volume d’All New Thor vraiment très réussi, j’avais à la fois hâte et peur d’arriver à la conclusion du run de Jason Aaron et de me séparer de Jane Foster. C’est fou comme on peut parfois appréhender la fin d’un récit et en même temps le savourer jusqu’au dernier moment. Les aventures de Jane Foster démontrent depuis le début qu’on peut encore innover et produire de bons récits chez Marvel et c’est franchement rassurant.

Un résumé pour la route

marvel-legacy-thor-1Thor, la mort de la puissante Thor est  scénarisé par Jason Aaron. Le volume comprend un numéro anniversaire avec le numéro 700 de The Mighty Thor, d’où l’intervention d’un nombre important de dessinateurs dont certains très grands noms aux côtés du dessinateur phare du titre, Russell DautermanWalter Simonson, Daniel Acuna, James Harren, Becky Cloonan, Das Pastoras, Chris Burnham, Andrew Maclean, Jill Thompson, Mike Del Mundo, Olivier Coipel, Jen Bartel, Ramon Pérez 
Les coloristes sont également plus nombreux que d’habitude, certains assurant aussi le dessin : Matthew Wilson, Daniel Acuna, Dave Stewart, Das Pastoras, Ive Svorcina, Jill Thompson, Mike Del Mundo

L’album contient les épisodes 700 à 706 de The Mighty Thor sortis chez Mavel en 2017 et publiés en France chez Panini Comics en 2019.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le titre de l’album laisse apparemment peu de place au suspense puisqu’on nous annonce la mort de la puissante Thor et donc la fin du cycle de Jason Aaron faisant de Jane Foster la porteuse du Marteau. Pourtant, en ouvrant le volume, alors qu’on vient tout juste de sortir du quatrième volume d’All New Thor, on est un peu déstabilisé. En effet, le premier récit est un numéro anniversaire (le 700e épisode de Thor, ça se fête !) pour lequel Jason Aaron fait appel à un nombre impressionnant de dessinateurs de très grand renom pour certains puisqu’on retrouve tout de même Walter Simonson et Olivier Coipel qui ont marqué le titre de leur empreinte. L’alternance des dessinateurs a un côté surprenant tout comme certains passages qui sont en fait plutôt des hommages ou des clins d’oeil à l’histoire de Thor et de son univers depuis les origines. On croisera donc le jeune Odinson multipliant les exploits sur Midgard espérant être un jour digne de soulever Mjolnir mais aussi Throg, grenouille du Tonnerre ou les descendants de Thor sur Neo Midgard. Ces hommages jouent avec bonheur sur la nostalgie mais laissent un peu le lecteur sur sa faim, on attendait d’autres apparitions qui ne sont pas venues. Toutefois, cela donne une respiration avant le grand affrontement final.

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En effet, Malekith continue à mettre les dix royaumes à feu et à sang, entraînant la désolation y compris en s’en prenant aux Nornes qui, comme les Parques de la mythologie grecque, tissent les fils du destin des êtres vivants. Pour clore son arc, Jason Aaron convoque l’un des plus grands ennemis des dieux, un personnage créé par Jack Kirby, Mangog, une entité composée de la somme de milliards d’individus qui furent massacrés par Odin. Mangog a déjà été utilisé à plusieurs reprises et ici, Jason Aaron, en fait un personnage certes destructeur mais au fond assez touchant malgré sa bestialité et sa volonté destructrice. Mangog vient détruire les dieux par vengeance car l’espèce qu’il représente a été totalement exterminée par Odin. Aaron en profite pour placer un discours sur le rôle des dieux, leur silence lorsque des milliers d’individus se meurent, leur inutilité en quelque sorte à répondre à l’appel de ceux qui croient et espèrent en leur intervention salvatrice. Mangog affronte Thor Le Guerrier muni de son marteau de l’univers Ultimate puis Jane Foster et les deux combats, dantesques, resteront dans les annales. J’ai vraiment aimé ce personnage de Mangog et les réflexions qu’il fait naître. Certes, Mangog a été sans doute pensé par Kirby comme une référence biblique – dans l’Ancien Testament, Magog représente les peuples païens coalisés contre Israël – mais pour Aaron, il existe une part de désespérance et un aspect pathétique dans ce personnage qui traîne le souvenir et la douleur des milliards d’individus massacrés qu’il incarne. Son unique but est la destruction des dieux afin de se venger certes, mais également de démontrer la vacuité de la croyance dans les divinités qui ne sont jamais là quand on les implore. C’est un des aspects qui m’a le plus touchée dans ce récit.

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Evidemment, l’autre aspect touchant est le personnage de Jane Foster. Aaron continue à évoquer sa maladie, sans misérabilisme mais avec justesse, montrant ses combats mais aussi ses peurs. C’est l’occasion pour Aaron de revenir sur le passé de l’héroïne au cours de flash-back qui rythment le récit mais aussi de montrer la maladie de Jane sans détours. Alors que notre société a tendance à éviter le mot cancer, préférant parler de « longue maladie » et cache au maximum ses conséquences, Dauterman et Aaron livrent des pages émouvantes montrant Jane Foster à l’hôpital, suivant ses traitements sans rien cacher de leur dureté. Tous ceux qui ont pu côtoyer des malades se retrouvent dans ces pages poignantes qui rendent un bel hommage aux malades et à leurs combats physiques et moraux. Odinson représente un entourage prévenant qui pense bien faire, qui tente d’épargner Jane Foster mais Jason Aaron nous rappelle bien que chacun doit faire ses propres choix et que l’entourage doit les respecter malgré la difficulté que cela représente. Le personnage d’Odinson est toujours très bien écrit et joue un vrai rôle qui n’est pas celui d’un simple faire-valoir. Jason Aaron ne néglige aucun de ses personnage, c’est ce qui fait sa force car tous ont vraiment leur place dans cette épopée. Odin reste un individu particulièrement détestable mais il représente le vieux monde, celui qui ne comprend pas les évolutions de la société et travaillerait plutôt à sa propre destruction plutôt que d’admettre que les changements puissent avoir un effet positif. Il ne fait toujours pas confiance à Jane Foster et semble confit dans ses traditions et ses habitudes.

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Sans livrer toutes les ficelles de la fin du rôle de Jane Foster en tant que Thor, on peut s’interroger sur les choix qui sont faits. Quelle que soit l’issue choisie, le récit est réellement épique et rend hommage au personnage mis en avant par Aaron tout au long de son run. Jane Foster est un des plus beaux personnages que Marvel ait pu mettre en avant dans les années 2015-2017 et la preuve qu’un héros bien écrit peut encore avoir sa place dans un univers tant décrié.

La toute dernière partie du récit est, à l’instar du début du volume, un peu décousue mais reprend justement les débuts du récit, on se retrouve avec une sorte d’épanadiplose jusqu’au cliffhanger qui démontre que l’on est loin d’en avoir fini avec les ennuis !

Alors, convaincus ?

Il n’est pas toujours évident de clore un récit, c’est même souvent la partie la plus difficile mais Jason Aaron le fait avec maestria tant il connait ses personnages, tant il sait pénétrer dans l’âme de ses héros de papier. Thor est avec lui à la fois un drame shakespearien, une saga héroïque et un récit de vie où se mêlent la fureur des combats et une grande humanité, jusque chez les pires méchants comme Mangog. Evidemment, sa grande force est d’avoir magnifié Jane Foster, d’en avoir fait un personnage de premier plan dans l’univers Marvel sans pour autant éclipser Odinson et les autres divinités asgardiennes. Il ajoute même une touche de grandeur pathétique au personnage de Thor le Guerrier qui n’est pas un simple artifice. L’alliance avec Russell Dauterman est parfaite jusqu’au dernier moment, le dessinateur étant aussi doué pour les batailles tonitruantes que pour les moments intimistes ou douloureux pour Jane Foster. Je referme donc ce volume avec tristesse puisqu’il clôt une grande et belle aventure mais avec gratitude pour un récit si bien mené.

Sonia Dollinger

 

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