[review] O.M.A.C.

Après le dernier tome du Quatrième monde et alors que la campagne Ulule Kirbysphère s’achemine vers sa conclusion, ComicsHaveThePower continue son cycle de « vieilleries » avec cette série de science-fiction des années 1970.

Un résumé pour la route

OMAC_1O.M.A.C. est scénarisé et dessiné par Jack Kirby (Quatrième monde, Fantastic Four…). Ce volume rassemble l’intégralité de la série O.M.A.C. en huit épisodes sortis aux États-Unis entre octobre 1974 et décembre 1975 chez DC Comics. Une première édition fut publier par Aredit en pocket noir et blanc dans Le manoir des fantômes dans les années 70. Cette édition d’Urban comics a été publiée en novembre 2014.

Dans le futur, l’Agence Globale pour la Paix est chargée de faire respecter la loi. Dans ce but, un employé de bureau méprisé, Otto Ordinaire, est sélectionné pour devenir l’Organisme Métamorphosé en Armée Condensée (O.M.A.C.), un agent surpuissant. Il est aidé par l’Œil, une intelligence artificielle en orbite.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dès les première pages, cet agent d’élite débarque dans une boutique illégale. Par le biais d’un flashback, on découvre les origines de ce super-héros. Otto, modeste employé maigrichon de Simili-sapiens, est méprisé par son patron et ses collègues. Amoureux de Lila, il ne sait pas que c’est un robot et même une bombe à distance. En fusionnant par chirurgie électronique avec l’Œil, Otto devient O.M.A.C. Les progrès de la science conduisent à la création d’un surhomme. Sa mission est de supprimer les conflits avant qu’ils ne croissent. O.M.A.C. a oublié son passé et l’Œil le conduit chez le docteur Myron Forest créateur du satellite. Assez classiquement, ce scientifique créateur est tué – comme dans Captain America par exemple – par des agents de Mister Big, un millionnaire qui dirige en secret l’Internationale du racket. Cependant, O.M.A.C. n’est pas violent mais use des armes non létales – de l’air comprimé, une brume glaçante, un jet d’acide pour le métal – ce qui me change agréablement des héros actuels.

Comme dans le Quatrième monde et la plupart des récits de Kirby, la galerie de méchants est fantaisiste : Freddy Sparga dit Le Coquet, le maréchal Kafka, le multitueur. Les Détraqués, monstres verts à tentacules, se sont injectés des hormones radioactives. Le docteur Skuba est un savant avide d’argent qui souhaite conquérir le monde. Les agents de l’Agence Planétaire pour la Paix sont tout aussi étranges. L’uniforme bleu vif banal contraste avec un tête orange sans visage. Ce latex liquide cache la nationalité de l’agent qui doit représenter le monde. J’ai aussi été charmé de retrouver les inventions mécaniques de Kirby – un train automatique réagissant au nombre de passagers devient un piège avec du gaz et des wagons piégés. Cette série est réputée confuse avec une fin en queue de poisson en raison d’un arrêt brutal mais cela ne m’a pas dérangé.

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Dès la première case, Kirby choisit une image frappante. Dans une boîte, on ne voit émerger que la tête, les mains et les jambes d’une femme. C’est un robot Monte-ton-amie dont le slogan est « monte-moi et je serais ton amie ». Cette phrase peut aujourd’hui faire sourire mais cette série de Science-fiction donne du futur une vision sombre. Dans un autre épisode, la cabale du crime permet à ses membres de rajeunir grâce à une transplantation automatisée du cerveau. La jeunesse est exploitée pour de l’argent et même l’amour s’achète. Un ordinateur a choisi un couple pour être les parents-tests d’O.M.A.C. En effet, une femme de l’ingénierie sociale règle la vie privée des agents. De plus, le Super-tribunal situé au sommet de l’Everest est un ordinateur qui identifie le criminel et liste ses chefs d’accusation. Le futur me semble très totalitaire. La mécanisation et la rationalisation touchent désormais les rapports humains. Même si des éléments du futur inquiètent, je n’ai pas du tout eu l’impression de lire un récit contre la science – dans le dernier épisode, un dangereux savant tente de détruire l’Œil, un gentil ordinateur. Kirby craint des progrès scientifiques trop rapides car l’Homme est trop faible pour bien en user. Dans ce futur, les êtres humains ne peuvent montrer leurs faiblesses sauf dans les psycho-cellules – des salles où, pour exorciser leurs frustrations, hommes ou femmes peuvent frapper des robots, détruire une voiture. Cet espace de défoulement m’a fait penser aux jeux vidéo ou au paintball.

Le scénariste insiste beaucoup sur la technologie dans ce futur. J’ai trouvé que cette précision était à la fois amusante et facilitait la plongée dans la science-fiction. Certaines inventions semblent se référer à la Science-fiction des années 1960-70 : le héros voyage par fusée comme dans la série Thunderbirds. Relire des épisodes anciens rafraîchit la tête. Il y a certes des éléments toujours datés mais l’ambiance surannée est agréable. De plus, Sonia et moi-même adorons voir le lien entre l’histoire racontée et le contexte de l’époque de création. Ce récit se situe par exemple après le premier choc pétrolier de 1973 qui a vu les prix brusquement exploser. Cela se retrouve dans le récit car une crise énergétique a entraîné le remplacement du pétrole par l’énergie magnétique. De la même manière, l’opération médicale de rajeunissement est pilotée grâce à une carte perforée, comme dans les ordinateurs de l’époque. Des éléments m’ont paru étrangement raccords avec le présent. Les amies à monter peuvent faire penser aux real dolls actuelles. Le scénariste imagine un casque ayant les effets du cinéma en trois dimensions.

O.M.A.C. contient aussi des éléments sociaux comme le montre le titre du deuxième épisode : « A l’ère des super riches. » Le super-héros lutte contre Mister Big. Ce dernier est entouré d’une patrouille privée dont les costumes vert de gris m’ont fait penser aux nazis. Mister Big a privatisé toute la ville pour la fête costumée. Seuls ses invités ont « droit de cité » ce qui est déjà le cas dans certains quartiers des métropoles. Cette fête donne lieu à des combats assez drôles contre des hommes déguisés en clown ou en squelette… Dans un autre épisode, le docteur Skuba vole l’eau pour la revendre. Cela peut faire penser à la privatisation actuelle des cours d’eaux par des sociétés dans certains pays.

Dans la postface, Jérôme Wicky compare O.M.A.C. à Frankenstein. Otto est totalement manipulé par la machine et son âme disparaît. Le nom Brother Eye en anglais ressemble au Big Brother du 1984 de George Orwell. Le rapport d’O.M.A.C. avec l’Œil est un point fort du scénario. Le héros regarde à plusieurs reprises le ciel pour obtenir de l’aide. Il obéit à une voix sans la voir. Elle lui fournit la force et peut même le ressusciter. L’Œil dit à O.M.A.C. : « tu es toujours à ma portée… Je contrôle chacun de tes atomes. » Il s’agit pour moi d’une parabole d’un dieu veillant sur les humains mais un être divin robotisé créé par la science. Mais, on peut aussi avoir une lecture plus chimique de cette machine car comme des amphétamines, l’Œil envoie plus de force à son agent.

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Le dessin de Kirby est toujours aussi superbe. J’aime beaucoup ses formes assez géométriques qui sont magnifiées par un encrage de traits fins et de carrés noirs. Une double page de combat m’a fait arrêter le récit pour admirer les détails. Tout comme la superbe image d’un lac asséché où le héros erre au milieu d’animaux marins morts. Les couleurs vives permettent de faire passer un message parfois sinistre. En bonus à la fin du volume, on peut voir les splendides pages crayonnées et certaines des couvertures. Comme pour les volumes du Quatrième mondeMark Evanier, collaborateur de Kirby, rédige une préface très intéressante sur la réception de ces épisodes et l’envers du décor.

Alors, convaincus ?

En définitive, j’ai passé un très bon moment avec cette série. Ce personnage double d’O.M.A.C. est intéressant. Les éléments futuristes sont très amusants. Bien entendu, Kirby n’a pas le temps de creuser son récit en huit épisodes mais ce voyage dans le futur est très distrayant et paniquant. Il montre que, derrière les images pop, Kirby est un auteur sombre.

Thomas Savidan

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