[review] Valiant High

Avec Kaijumax, Bliss propose pour cet été un pas de côté en dehors des séries régulières.  Comme son nom l’indique, le projet de ce court volume est de projeter les super-héros Valiant dans l’univers du lycée. Est-ce que les héros adultes souvent aimés ici vont réussir leur intégration ? Qui seront le roi et la reine de Valiant High ?

Un résumé pour la route

Valiant_High_1Le scénario est de Daniel Kibblesmith (Loki, Black Panther vs Deadpool). Les dessins et l’encrage sont faits par Derek Charm (Jughead). Le coloriste est David Baron.

Valiant High rassemble quatre épisodes publiés entre novembre 2013 et décembre 2015 par Valiant Entertainment aux États-Unis et en juillet 2019 par Bliss Edition.

Valiant High est unique car il vise à faire d’adolescents à pouvoir des héros. Colin King vient d’arriver alors que Livewire se sent rejetée par l’élite de l’établissement, l’équipe de football américain dont le capitaine Aric lui plaît beaucoup. Livewire est déprimée car elle n’excelle dans aucun domaine. De plus, derrière la brillante façade d’un lycée d’élite, de noirs secrets apparaissent.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

On ne va pas se le cacher, j’étais très intéressé de lire ce projet étrange. Le ton est très léger et cela commence dès la première image par une présentation dans un livre de fin d’étude secondaire avec des blagues – le statut par défaut de Bloodshot est de crier. Daniel Kibblesmith s’amuse à introduire dans un lycée une grande partie les personnages de l’univers Valiant. La plupart seront des lycéens et d’autres des éducateurs – le Doctor Mirage enseigne forcément la science de la vie et de la vie dans l’au-delà, Bloodshot est un coach sportif et Toyo Harada dirige le lycée et sans doute l’univers. Il est en effet interdit d’utiliser son pouvoir sous peine d’un mois de retenue. Assez justement, le récit est centré quelques héros : Livewire, Peter Stanchek (Harbinger) et Colin King (Ninjak). D’autres élèves ont un secret – Gilad est l’éternel élève de Seconde et peut se permettre de répondre au proviseur alors que tous les élèves le craignent. Il explique son récit à Peter et Colin en remontant aux temps immémoriaux des années 1990 – les débuts des comics Valiant. Gilad et Armstrong restent à l’école depuis 1902 mais ils se sont faits choper par Harada qui les entraîne pour défendre le lycée d’une menace. Je n’ai pas bien qui est l’ennemi mais ce n’est pas l’essentiel. J’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver les archétypes du récit de lycée. Entre les élèves, des amitiés se brisent – Armstrong a quitté son frère pour s’allier avec Archer. Les conflits explosent entre filles à cause d’un mec – Faith a peur d’être abandonnée par Livewire pour Aric (X-O Manowar) – mais tout se termine par une réconciliation dans les toilettes. On retrouve la hiérarchie des lycées américains – au sommet, les footballeurs et en bas les geeks ou les freaks (Gilad n’a pas de voisin en cours). Peter est le bouc émissaire du lycée mais Colin se donne pour mission de faire de lui le roi du bal de promo. Alors que les rivalités sont fortes entre les élèves, un groupe se rassemble contre des footballeurs maléfiques. La découverte des secrets de Valiant High aboutit à un combat général pendant le bal de promo qui révèle les vrais objectifs d’Harada et proposera un choix surprenant pour le roi et la reine du lycée. Valiant High est donc un moyen très réussi de créer du nouveau en reprenant des repères d’un autre registre.

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Kibblesmith décrit bien l’adolescent qui veut grandir sans changer – comme le dit Livewire : « C’est comme si je me réveillais un matin, et je suis la même, mais tout autour de moi est différent. » Le rapport au corps pendant la puberté est aussi bien vu. Flamingo parait snob mais elle a en fait du mal à accepter ces changements physiques. Livewire manipule avec facilité les machines mais, maladroite, elle échoue à son test de conduite sur des simulateurs. Elle va même enfoncer la Mercedes d’Harada. L’apparence compte énormément car le vêtement est un marqueur de son identité réelle ou espérée. Ninjak commence par relooker Peter pour changer sa vie. Beaucoup des héros ont du mal à trouver leur place y compris les plus forts. A son arrivée, on se moquait de la manière de parler d’Aric. C’est par le sport et donc l’armure de footballeur qu’il s’est fait une place – comme dans sa série régulière.

J’ai apprécié ce jeu qui consiste à repérer les allusions aux autres séries de Valiant. Par un jeu sur la reconnaissance et la différence, les elseworld (basculer des personnages dans un temps ou un genre différent) permettent au spécialiste de revivifier sa passion. Le concierge dont on ne voit jamais le visage est le Shadowman mais se révèle être Divinity qui construit la voiture Ging-Gr d’Unity dans une case à la Kirby. Dans ce volume, on retrouve les paradoxes des elseworlds. L’objectif est de créer du neuf mais en gardant les références pour que le lecteur fasse le lien avec le héros de départ. Ces liens se font dans l’histoire des héros – Archer avait suivi une scolarisation à la maison. Quantum fait la police dans le lycée alors que Woody sèche. Aric est le capitaine de l’équipe car il est « le roi ». Ses pensées en entraînement reproduisent un récit de bataille. Mais cela passe plus profondément dans la caractérisation des personnages. Gilad parle de manière grandiloquente de défendre l’école. Faith fait une citation de Veronica Mars. Colin cherche le mâle alpha du lycée pour être l’éminence grise du pouvoir. Le scénariste rigole de ces liens entre les séries quand, parlant à Faith, Livewire dit : « Il n’existe aucun univers où nous ne serions pas meilleures amies. » alors qu’elles ne le sont pas dans leurs séries. Ce sont aussi des références visuelles – Colin met le masque de Ninjak pour se protéger en E.P.S. Pour Archer, Derek Charm reprend la trouvaille technique graphique de l’intégrale – montrer par des bulles les techniques de combat utilisées. Ces multiples références font kiffer le passionné de Valiant que je suis mais que se passe-il pour le néophyte : est-ce facile à comprendre ?

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Cette école pour former des héros fait forcément penser à l’institut Xavier dans les X-Men mais selon moi la plupart des références sont ailleurs. Valiant High est tellement influencé par l’univers d’Archie qu’il en devient un hommage. Sonia et moi-même avons apprécié les éditions Archie dans la nouvelle collection Log-In. Depuis, je porte des vestes de football américain et je ne désespère pas d’obtenir le bac l’an prochain… L’hommage passe par les thèmes déjà évoqués mais aussi par le dessin très cartoony de Derek Charm et les couleurs vives de David Baron. L’encrage est assez original. Au lieu d’utiliser un trait noir, le dessinateur a recours à différentes couleurs notamment pour les cheveux. L’éditeur français a la bonne idée de prolonger ce rapprochement en utilisant le même format que Log-In en couverture souple. Il propose en fin de volume les dessins test des personnages et plusieurs pages avant colorisation, les couvertures variantes ainsi que le croquis de la couverture du livre. On peut cependant regretter les publicités à la fin du livre.

Alors, convaincus ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce récit de lycée léger et souvent drôle. Ce livre d’initiation réussit très bien à faire basculer les héros de Valiant dans l’adolescence. J’ai adoré repérer les personnages et les allusions aux autres séries de cet excellent éditeur.

Thomas Savidan

 

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