[review] Les tortues ninja tome 0 : nouveau départ

Avant les parutions Hi Comics, les Tortues Ninja étaient pour moi de vagues souvenirs d’une série animée et d’un jeu hyper difficile sur NES (oui, ça date !). Je suis donc une nouvelle lectrice devenue complètement accro, notamment depuis les volumes six et sept sortis chez Hi Comics avec une montée en tension impressionnante et superbement maîtrisée. Mais, même si j’en connaissais les grandes lignes, j’avais hâte de lire les origines des Tortues et j’ai attendu ce tome 0 avec grande impatience et cette attente est récompensée de fort belle manière.

Un résumé pour la route

Tmnt_0_1Ce volume est co-scénarisé par Kevin Eastman et Tom Waltz. Plusieurs dessinateurs ont oeuvré sur ce volume : Dan Duncan, Andy Kuhn, Mateus Santolouco et Kevin Eastman en personne. Les couleurs sont dues au talent de Ronda Pattison.

Ce volume reprend les quatre premiers tomes de la série IDW précédemment publiés aux éditions Soleil. En juillet 2019, c’est l’éditeur Hi Comics qui offre une nouvelle édition en format Omnibus avec une nouvelle traduction.

Dans les rues sordides de New York, un combat fait rage, opposant les troupes d’Hold Hob, un matou anthropomorphe à un groupe composé de Splinter, un rat ninja et trois tortues mutantes qui parlent et se battent comme des pros. D’où viennent tous ces animaux mutants ? Qui est Raphaël dont le sort semble préoccuper Splinter et ses tortues ? Bienvenue dans l’Origin Story de vos tortues préférées !

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Comme je l’ai mentionné en introduction, j’ai attendu ce volume fébrilement car, n’ayant pas eu accès à la précédente édition, il me tardait vraiment de pouvoir lire comment Kevin Eastman et Tom Waltz traitaient les origines des personnages. Après avoir lu le tome 7 riches en émotions et en intensité, j’avais un peu peur que le ton soit plus posé mais il n’en est rien, bien au contraire.

Le récit commence sur les chapeaux de roue avec l’angoissante question de la disparition de Raphaël qui a visiblement été séparé de sa famille. On sent toute l’angoisse de Splinter qui se sent responsable de la perte de son enfant et le poids qu’il fait reposer sur les épaules de ses trois autres fils qui vivent différemment la situation oscillant entre le désespoir et la colère. Dès le début, j’ai été happée et fascinée par la manière dont les scénaristes sondent les sentiments humains et savent en restituer toutes les nuances. Les Tortues sont des héros certes, mais chacun a son caractère propre et ils sont tous dotés de qualités et de défauts qui en font des personnages équilibrés et réalistes malgré leur allure de tortues humanoïdes. Comment ne pas craquer pour Michelangelo, le geek gourmand fan de pizzas, un peu rigolard mais dont le grand cœur nous fait fondre à tous les coups ? Comment ne pas admirer Donatello, le scientifique, le plus doué même si on est inévitablement agacé par sa vantardise – il a un petit côté Sheldon Cooper qui me plait beaucoup. Comment ne pas apprécier la droiture de Leonardo, sa droiture et son sens de la famille ? Et comment ne pas fondre devant les angoisses et les colères de Raphael ? Ces quatre personnages forment une famille inévitablement imparfaite mais dont les caractères différents s’équilibrent et se complètent plus qu’ils ne se contrarient. L’idée de leur donner un bandeau de couleur différente permet de montrer à la fois une unité et une complémentarité entre eux.

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Par bonheur, Eastman et Waltz décident de creuser les origines de toutes les individualités que les lecteurs connaissent bien, toujours avec ce souci d’en donner une vision complète qui permet de comprendre leurs blessures et leur personnalité. Splinter, qui me paraissait assez froid dans les autres volumes, m’a paru beaucoup plus touchant ici et ce récit m’a aussi permis de mieux cerner sa haine personnelle de Shredder et du clan Foot. J’ai aussi découvert davantage le personnage de Casey Jones dont l’histoire m’a émue. Je trouve d’ailleurs intéressant que les scénaristes s’emparent de thèmes difficiles à traiter comme les violences familiales. Ils le font avec délicatesse, sans voyeurisme morbide, sensibilisant le lecteur à une réalité douloureuse, lui donnant parfois l’envie d’agir de manière spontanée et colérique comme Raphael. L’arrivée d’April O’Neil permet d’apporter un peu de stabilité à Casey et de former un duo d’humains dont l’attitude amicale envers les Tortues est un exemple de tolérance. Malgré leur apparence inhabituelle, les Tortues ne sont pas victimes de préjugés de la part des deux jeunes gens qui trouvent naturel de venir en aide à ces marginaux. Eastman et Waltz n’ont pas besoin de plaquer un plaidoyer sur la tolérance, mais amènent cette notion de manière totalement spontanée et naturelle. J’aime beaucoup cette interaction entre les mutants et les humains qui forment une belle bande de potes prête à partager pizzas et comics ou à participer à une bagarre au péril de leur vie.

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Les origines des vilains sont tout aussi bien traitées : le général Krang se dévoile peu à peu, ainsi que ses plans et on assiste aux débuts du fameux Technodrome. On voit aussi ses liens avec la société Stockgen dont le cynisme rappelle celui de multinationales bien réelles avec un docteur Stockman prêt à vendre la planète entière contre une once de pouvoir et d’argent. On comprend bien mieux le personnage d’Old Hob dont j’ignorais totalement les débuts et qui me permet de mieux comprendre ce personnage tout comme Slash dont on voit aussi la mutation plus ou moins réussie. Ces deux vilains sont finalement des victimes au même titre que Splinter et les Tortues et cela donne un aspect peu manichéen, les bons et les méchants partageant finalement un traumatisme commun. Le Clan Foot et Shredder se taillent la part belle des origines des vilains avec un chef de clan que je ne savais pas si cruel, d’où l’utilité de ce volume qui replace vraiment bien chacun dans son contexte afin de donner une cohérence à l’ensemble, les comportements des uns éclairant ceux des autres. Certaines origines restent obscures comme celles d’Alopex et les références aux actions se déroulant dans les mini-séries qui ne sont pas incluses dans ce volumes sont un peu déroutantes mais cela ne gêne en rien la compréhension de l’ensemble, on a juste envie d’en savoir encore plus tellement cette lecture est passionnante.

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L’alternance des artistes sur cet imposant volume n’est pas gênante, même si je trouve Andy Kuhn un ton en dessous. Il faut dire que la comparaison avec Dan Duncan et Mateus Santolouco est difficile. Les artistes savent parfaitement retranscrire les émotions des protagonistes y compris des animaux, le regard des petites tortues et du rat Splinter ne peut que vous faire fondre. La composition des pages est dynamique et les scènes de batailles sont épiques. Ronda Pattison, avec ses couleurs, donne du relief à l’ensemble et permet d’installer des ambiances glauques et sordides, la plupart des scènes se déroulant la nuit.

Alors, convaincus ?

Parfois, on retarde volontairement sa lecture pour ne pas terminer trop vite tout en ayant envie de connaître la suite rapidement, on se freine donc pour savourer chaque page et chaque dialogue. C’est ce qui s’est passé pour moi à la lecture de ce tome 0 des Tortues Ninja. De manière générale, je suis fan des origin stories et j’ai été comblée, les auteurs prenant le temps de bien développer chaque aspect et chaque individualité pour former un ensemble parfaitement cohérent et qui éclaire la lecture des tomes lus précédemment. Inévitablement, à la suite de cette lecture, vous aurez envie de reprendre tous les tomes car vous comprendrez beaucoup mieux certains aspects qui auraient pu vous paraître un peu obscurs jusqu’ici.

On peut vraiment remercier Hi Comics d’avoir réédité ce récit en faisant, qui plus est, un beau travail en terme d’édition confirmant par là le soin apporté à ses titres.

Si les lecteurs fans des Tortues seront sans doute ravis de retrouver leurs chevaliers d’écailles préférés, les nouveaux lecteurs devraient se saisir de l’occasion qui leur est donnée avec ce volume 0 de plonger dans cet univers dans lequel ils seront vite happés, c’est une lectrice nouvellement convertie qui vous l’affirme, ce serait vraiment dommage de ne pas tenter de découvrir cet univers qui s’avère passionnant.

Sonia D.

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Dju dit :

    Le seule défaut ce volume (à mon sens) est de ne pas avoir intégré les micro séries (comme c’était le cas dans les omnibus en VO)…. C’est dommage car avec cette série des Tortues, les micros séries ont leur importance (même si elles peuvent se lire indépendamment)

    En tout cas je suis contente de te compter dans les rangs des amateurs de carapace Soso !

    Et crois-moi, l’intérêt de la série ne s’étiole pas au fil des numéros… au contraire… ! 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Sonia Smith dit :

      J’ai dévoré le dernier numéro, avec un cliffhanger complètement dingue, vivement la suite !

      J'aime

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