[review] Invisible Republic tome 3

Le troisième tome de l’excellente série Invisible Republic est arrivé, les deux premiers volumes m’ayant fait forte impression, je me devais de continuer cette lecture qui marie avec habileté science-fiction, polar et réflexion politique. Un titre qu’on a bien du mal à lâcher une fois qu’on a commencé sa lecture.

Un résumé pour la route

Invisible_Republic_3_1Invisible Republic est co-scénarisé par Corinna Bechko et Gabriel Hardman qui se charge également des illustrations secondé à la couleur par Jordan Boyd. Aux Etats-Unis, le titre sort chez Image Comics en 2017. En France, le troisième volume d’Invisible Republic est édité chez Hi Comics en 2018.

Sur Avalon en 2843, le régime autoritaire Malory dirigé par Arthur Mc Bride a été renversé laissant place au chaos le plus complet. Le journaliste Croger Babb, un des meilleurs dans son domaine, cherche à reconstituer les morceaux du puzzle et à comprendre l’origine du régime et ce qui l’a conduit à sa chute. Il trouve par hasard les mémoires de Maïa Reveron, la cousine de l’ancien dictateur et les publie afin de faire connaître les dessous de l’ascension de Mc Bride. Mais la vérité est-elle toujours bonne à dire ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Une année s’est écoulée depuis les derniers événements : le journaliste Croger Babb a effectué une tournée à travers l’univers pour parler de son ouvrage consacré à Maïa Reveron. Il finit par atterrir sur Terre. La malheureuse planète est complètement dévastée, l’atmosphère est irrespirable et chaque recoin est le témoin du désastre écologique provoqué par des humains inconséquents. Croger Babb fait la promotion de son livre devant un auditoire terrien fourni mais alors qu’il présente Maïa comme une héroïne oubliée, effacée de l’Histoire, le public se révèle plus critique que prévu.

Invisible_Republic_3_2Les auteurs montrent une véritable inversion des rôles avec un journaliste totalement happé par son sujet – ici Maïa et son récit autobiographique – au point de l’avoir idolâtré et d’en avoir perdu son objectivité dans la présentation qu’il en fait. En face de lui se dressent des auditeurs à l’esprit critique très développé. La déontologie de Babb est questionnée : avait-il le droit de publier les mémoires de Maïa sans la consulter auparavant ? Quelle est la part de vérité d’un récit autobiographique qui, par nature, va présenter son auteur sous son meilleur jour, voire donner une lecture parfois idéalisée de soi et de ses actions ? Le public interroge également Babb sur sa méthode : a-t-il croisé ses sources ou s’est-il contenté de croire ce qu’écrivait Maïa. On est bien loin du public que nous connaissons, qui s’abreuve de rumeurs non vérifiées, s’empressant de les répandre sur les réseaux sociaux. La Terre, devenue un lointain satellite aux installations rudimentaires s’est reconcentrée sur l’essentiel et ses habitants sont moins crédules et plus méfiants. Babb est donc mis en face de ses contradictions tandis que les participants au débat ont l’air de lui apprendre les méthodes d’investigation dans lesquelles il excellait auparavant. Le journaliste est ensuite, une fois de retour sur Avalon, confronté aux conséquences de ses choix : la publication du journal de Maïa a des répercussions plus larges et sans doute plus graves qu’il ne l’aurait cru. En voulant bien faire, il a peut-être provoqué des dégâts qu’il n’avait pas mesurés auparavant, tellement absorbé par sa volonté de faire connaître au monde ce qu’il estime être la vérité, Babb ne semble plus percevoir les nuances subtiles et les alliances politiques parfois contre-nature qui se nouent et se dénouent.

Ce troisième tome d’Invisible Republic donne matière à réflexion sur les différents ressorts de la manipulation des opinions. Provoquer un attentat, tuer un leader et faire porter le chapeau est vieux comme le monde et pourtant, cette ruse est toujours aussi efficace. La politique est une partie de poker menteur, celui qui bluffe le mieux remporte la mise. L’enfer est également pavé de bonnes intentions, sous le masque du terrorisme se cache parfois la meilleure volonté du monde mais les idéalistes provoquent parfois des catastrophes dont ils n’avaient pas mesuré l’ampleur : « on ne bâtit pas une maison avec des slogans » dit un personnage montrant les contradictions qui peuvent apparaître entre des idéaux et des actes. Les considération géopolitiques exposées dans ce volume sont passionnantes tant les alliances sont mouvantes et les équilibres précaires.

Le récit est structuré de la même manière que dans les tomes précédents, alternant les événements qui se déroulent en 2844 et les retours dans le passé de Maïa qui tente d’échapper à différents groupes factieux rivaux avec Christoph. On assiste également à la lente ascension d’Arthur Mc Bride vers le pouvoir et surtout, comment, depuis sa prison, il a exercé son charisme et son autorité sur ses codétenus. Ces passages permettent de mieux apprécier le caractère de Maïa, capable de davantage d’empathie pour un animal blessé que pour un humain.

L’univers graphique de Gabriel Hardman est toujours aussi impressionnant, mêlant les cargos spatiaux aux forteresses les plus médiévalisantes. Il excelle aussi bien dans les décors verdoyants que dans les milieux urbains décadents. Ses cases sont touffues et foisonnent de détails. Comme pour les précédents volumes, les parties contemporaines sont en sépia tandis que les épisodes se déroulant dans le passé sont en couleurs, inversant ainsi les codes habituels.

Alors, convaincus ?

Invisible_Republic_3_3Invisible Republic poursuit son chemin avec réussite, explorant les ressorts de la politique et des intrigues en tous genres. Entre la chute récente d’un régime dictatorial et les volontés d’hégémonie d’un système lointain, Avalon tente d’évoluer vers davantage de stabilité. Les auteurs dépeignent avec talent la difficile période de transition qui suit la fin du régime Malory, tout en montrant en parallèle comment ce régime s’est constitué. Manipulations de l’information, fausses nouvelles, interprétations erronées, remise en cause d’un travail journalistique parfois un peu trop naïf ou complaisant, tout peut nous rappeler notre époque.  Le titre est toujours aussi bien écrit que superbement illustré et cette lecture est toujours aussi prenante et aussitôt le volume reposé, on a envie de s’attaquer au suivant dont on soupçonne qu’il nous amènera davantage sur les pas d’un Arthur Mc Bride un peu délaissé au profit de Maïa dans ce troisième tome.

Petit bonus vraiment sympathique en fin de volume : un guide pratique de la faune et de la flore d’Avalon, de textes écrits par Corinne Bechko sur les animaux domestiques et leur rapport aux humains, sur l’émergence de la vie sur notre planète, sur la modification des écosystèmes par l’action humaine pour finir par un texte sur l’esprit d’exploration et les migrations que les humains ont connues à travers les époques. Ces textes concis sont vraiment intéressant et donne matière à réflexion.

Invisible Republic, après trois tomes d’égale qualité, reste à mes yeux, un des très bons récits du moment.

Sonia D.

 

 

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