[review] Slots

Connaissant avant tout Dan Panosian comme dessinateur, j’étais assez curieuse de le voir à l’oeuvre en tant que scénariste sur un titre indépendant. Slots reprend par ailleurs un thème qui m’intéresse : un ex boxeur qui tente un come back en forme de rédemption, une thématique classique qui ne demande qu’à recueillir de nouvelles variations.

Un résumé pour la route

Slots_1Slots est scénarisé et illustré par Dan Panosian. Aux Etats-Unis, le titre est paru chez Image Comics sous le label Skybound en 2018. En France, le récit est paru chez Delcourt en 2019.

Stanley Dance est un petit escroc qui passe de ville en ville, errant presque sans but, fuyant son passé et ses choix. Alors qu’il semble ne plus avoir aucune raison de vivre, Stan est interpellé par un sms l’enjoignant de venir au plus vite à Las Vegas. De retour dans la ville du vice, Stan se sent revivre.

On en dit quoi sur Comics have the Power ? 

Dan Panosian propose à ses lecteurs un road movie avec pour personnage principal un type paumé, qui semble ne plus avoir aucun but dans la vie et qui vit d’expédients et de ruses. Stanley Dance est l’anti-héros typique qu’on a envie à la fois d’aimer et de détester, un gars qui a fait le vide autour de lui à force de ruser et de duper ses proches. Pourtant, la cinquantaine arrivant, Stan se retourne sur sa vie et n’y voit que du mensonge et du vide. Plusieurs chemins s’offrent alors à lui et le plus facile semble d’être d’en finir avec l’existence.

Pourtant, il est rattrapé in extremis par une ancienne connaissance qui lui demande son aide. Le voilà parti dans la ville de perdition, Las Vegas, que Dan Panosian nous présente sous un jour moins reluisant qu’à l’habitude. Certes, il est question de cabarets, de casinos mais on visite davantage les bas fonds que les palaces, les endroits interlopes où fleurissent les starlettes en mal de reconnaissance et les tractations glauques dans des vapeurs d’alcool et de cigarettes. C’est un des points forts du titre de Dan Panosian qui, avec son trait plutôt réaliste et sa trame apparente, donne une ambiance délicieusement déliquescente à son récit.

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Stan revient sur les lieux de sa jeunesse, renoue avec de vieilles amitiés et vient se confronter à des haines recuites par des années de rumination. Attention, Stan n’est pas le type bien qui affronte des mafieux, il est tout aussi minable que son ancien pote Les devenu son adversaire le plus résolu. Stan a laissé derrière lui un enfant dont il ne s’est pas occupé sinon pour lui donner un prénom ridicule mais il a également transformé son meilleur ami en son pire ennemi pour une banale histoire de coucherie. Rien de bien reluisant donc. Pourtant, Stan cherche la rédemption en revenant à Vegas ; il tente de réparer ses erreurs passées tout en gardant son ton cabotin et hâbleur qui lui vaudra quelques déconvenues. Au delà de la rédemption, Stan cherche aussi un peu sa jeunesse qu’il n’a pas vue filer. Son premier réflexe est de remonter sur un ring, comme s’il avait encore la résistance de ses vingt ans. Mais n’est pas Rocky Balboa qui veut, Stan apprend l’échec et l’humilité. Il empile les plans foireux, tente de s’adapter au monde dans lequel il a réapparu sans crier gare et sa capacité à rebondir n’a d’égale que sa ténacité et sa fourberie. En effet, Stan a beau lutter, le naturel revient au galop : dans une cité où les tricheurs sont rois, l’honnêteté n’est pas de mise, le vieux boxeur doit donc revenir aux méthodes anciennes faites de combines , de bluff et de ruses, on n’est pas à Las Vegas pour rien !

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Graphiquement, Dan Panosian instille une ambiance rétro avec une colorisation qui donne un aspect un peu passéiste, une trame très visible et ses personnages au physique buriné, marqués par leur histoire. L’ouvrage est construit comme un scénario de film avec une voix-off, celle de Stan qui ouvre le récit et accompagne le lecteur aux moments importants. Le trait de Panosian restitue très bien les atmosphères : on sent la transpiration des boxeurs sur le ring tout comme on a l’impression d’inhaler l’odeur du whisky frelaté. On voyage dans une Amérique à la fois mythique et profonde, celle qu’on peut voir à l’écran des road movies et thrillers que j’apprécie.

Alors, convaincus ?

Slots est un récit qui fonctionne parfaitement bien, un titre qui met en avant des scènes de genre dans une ville emblématique des Etats-Unis. Dan Panosian ne nous propose pas de héros mais des personnages réalistes, des loosers hâbleurs et sympathiques autant qu’ils sont parfois horripilants. C’est aussi bien écrit qu’illustré et j’ai passé un bon moment avec cette lecture. Si on ne ressent guère de surprise et qu’on n’a guère de rebondissements, il faut se réjouir de pouvoir accéder à cette peinture d’une Amérique loin d’un rêve américain idéalisé où réparer ses erreurs n’est pas toujours aussi facile que dans un film et où les dégâts qu’on a provoqués ont des conséquences durables. Si ce titre n’est pas inoubliable, c’est un ouvrage solide, sans fausse note et dont l’atmosphère est réaliste et crédible.

Sonia D.

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