[review] Oblivion Song tome 2

Si le premier tome d’Oblivion Song était une découverte agréable, bien écrite, même si les thèmes soulevés ne sont pas forcément très originaux, il me tardait malgré tout de pouvoir lire la suite tant le personnage de Nathan Cole m’a paru intéressant et la beauté de certaines planches m’avait vraiment séduite. L’exploration d’une dimension parallèle par Robert Kirkman est intéressante pour les ressorts psychologiques mis en oeuvre par un auteur qui aime montrer des personnages torturés et complexes, une bonne raison de s’attaquer à ce deuxième volume.

Un résumé pour la route

oblivionSongT2_1Oblivion Song est scénarisé par Robert Kirkman et illustré par Lorenzo De Felici. La colorisation est due à Annalisa Leoni. La version originale (Oblivion Song #7 à 12) est publiée aux Etats-Unis chez Image Comics sous le label Skybound en 2018-2019. La version française est publiée par Delcourt Comics en 2019.

Le monde est bouleversé : depuis dix ans, 300 000 habitants de Philadelphie ont tout simplement disparu dans une autre dimension appelée Oblivion. Nathan Cole, scientifique de son état avoue, lors d’une garde à vue, sa responsabilité dans la disparition d’une grande partie des habitants de Philadelphie. Ses expériences ont entraîné une véritable catastrophe et il consacre sa vie et son énergie à réparer son erreur.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

oblivionSongT2_2Dès ce deuxième tome, Robert Kirkman décide d’être extrêmement précis en racontant les origines de l’apocalypse ayant entraîné la disparition de 300 000 habitants de Philadelphie, faisant le choix inverse de celui qu’il fait dans The Walking Dead où l’origine des morts-vivants n’est pas révélée. L’auteur explique ainsi le traumatisme de son personnage principal, Nathan Cole, qui a envoyé toute une partie de la ville dans une dimension inconnue. Kirkman montre l’équipe de scientifiques à laquelle Nathan Cole appartenait et, en détaillant leur impressionnant cv, démontre combien des expérimentations mal maîtrisées peuvent avoir des conséquences terribles. On pense bien sûr à la bombe atomique lâchée sur Hiroshima puis Nagasaki qui bouleversa le monde et le fit basculer dans une nouvelle ère à défaut d’avoir ouvert le portail vers une nouvelle dimension. Nathan, seul survivant de son équipe, est aussi le seul à porter la culpabilité de cette expérience désastreuse. Il ne peut plus compter que sur lui-même pour tenter de réparer son erreur et il est seul à devoir répondre de ses actes devant la police. Kirkman montre également combien l’homme peut être très vite dépassé par sa propre création mais aussi combien il n’apprend jamais de ses échecs. La machine de Nathan attise les convoitises de l’armée qui y voit de suite des applications militaires : faire disparaître son ennemi, quoi de plus pratique ! Nathan se voit donc désormais confronté à plusieurs problèmes : ramener les survivants coincés dans la dimension Oblivion et éviter que son invention mortifère tombe entre de mauvaises mains, c’est beaucoup pour un seul homme !

Parallèlement aux mésaventures de Nathan Cole, on suit celle de son frère, Ed, que Nathan a ramené d’Oblivion. Errant sans but, sans ami, sans repère, Ed est devenu un étranger dans cette ville où personne ne prend soin de personne et où des milliers d’humains se côtoient dans une totale indifférence. Après des années passées dans une dimension certes dangereuse mais où les humains prennent soin les uns des autres, Ed est complètement déstabilisé par ce qu’il voit et ne se sent plus à sa place, comme un soldat revenu du front et qui ne parvient pas à se réadapter à une existence civile. Tout l’agresse et le choque et on peut tenter de se mettre à sa place assez aisément : il suffit de se promener dans la rue et de regarder les humains que nous croisons, tous le nez perdu dans l’écran de leur téléphone, marchant tête basse sans faire la moindre attention à ceux qu’ils croisent. Et si les vrais zombies n’étaient pas forcément où on les attend ? C’est ce que semble nous dire furtivement Kirkman. Le choix d’Ed de retourner à Oblivion et de rester vivre là-bas, malgré les espèces dangereuses auxquelles il doit se confronter, malgré l’absence du confort moderne que nous connaissons montre son désir de retrouver l’essence d’une humanité qui n’existe plus dans nos grandes cités démesurées où toute nature et toute relation personnelle semble avoir disparu, absorbées par le béton et un quotidien abrutissant. Retrouver Oblivion, c’est retrouver une humanité perdue, reconstruite dans un esprit coopératif où la compétition individuelle n’a plus aucun sens. Ed semble nous dire que pour se retrouver soi même, il faut accepter de se dépouiller de tout le superflu de nos sociétés contemporaines, vivre en harmonie avec une nature sauvage et dangereuse mais également grandiose et magnifique. Oblivion est perçue par Ed comme une chance unique de donner naissance à une nouvelle humanité. Un seul problème : Ed ne semble pas avoir envie de donner le choix aux individus coincés dans Oblivon. Comme un messie moderne, il semble vouloir les guider à travers ce qu’il considère comme une Terre Promise.

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Nathan et Ed sont les deux faces d’un même personnage : l’un est un scientifique qui, malgré la catastrophe qu’il a provoquée, croit en la science malgré tout. Il souhaite que tout revienne comme avant et que rien ne change. Il est plombé par le passé, par ses erreurs et a du mal à aller de l’avant. Son frère, Ed, est l’image même de la résilience, il a vécu un véritable choc, il a également dû se réadapter à un nouvel univers dont il a décidé d’adopter les codes et de réinventer une nouvelle vie, basée sur de nouvelles valeurs. Il représente un monde naturel contre un univers artificiel mais il est aussi dogmatique que Nathan et est persuadé qu’il sait mieux que l’autre ce qui est bien pour tous ce qui n’est pas sans rappeler certains gourous de secte ou fanatiques religieux.

Certains personnages sont intéressants et montrent que le monde est loin de se résumer en un affrontement binaire entre le bien et le mal. On voit finalement beaucoup moins Oblivion dans ce deuxième volume. Même si les incursions y sont fréquentes, elles sont brèves et on aimerait bien voir comment les humains y évoluent réellement car on n’a finalement que la parole d’Ed sur ce monde qu’il présente comme étant idyllique. Si notre monde n’est pas parfait, Kirkman présente toutefois de vrais héros qui aident Nathan soit par amour soit par altruisme tandis que d’autres se jettent au devant du danger sans penser une seconde à leur propre vie.

Graphiquement, on conserve la même équipe, ce qui offre un résultat à la hauteur du premier volume : des architectures d’une grande beauté, notamment dans la dimension Oblivion, lorsque les immeubles sont éventrés et colonisés par une végétation luxuriante. Je regrette toutefois que les décors soient si peu présents car ils sont pourtant réussis lorsqu’ils apparaissent et donne une vraie force à l’univers imaginé par Kirkman. Les animaux fantastiques et effrayants qui peuplent Oblivion sont des explosions de couleurs et il faut vraiment féliciter Annalisa Leoni pour son travail.

Alors, convaincus ?

Ce deuxième volume continue sur la lancée du précédent en privilégiant une étude psychologique fine, un récit fixé sur des personnages principaux torturés, qui doivent faire des choix et combattre un monde qui n’est finalement plus le leur. Le lecteur amateur de baston sera peut-être un peu déçu, même si quelques monstres croquent des humains malchanceux et que des bestioles de science-fiction se font dégommer de temps à autre. On retrouve pourtant tout ce qui fait l’essence de l’écriture de Robert Kirkman : des personnages qui semblent durs, qui ont l’étoffe de leaders mais qui sont profondément mal dans leur peau, des individus habités par leur cause. Le cliffhanger promet un changement intéressant et bienvenu. Notons enfin l’édition soignée de Delcourt qui propose un volume beau augmenté d’une galerie d’illustrations magnifiques.

Sonia D.

 

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