[review] Les nouvelles aventures de Sabrina

Sabrina, la jeune sorcière, est de retour sur les écrans par l’intermédiaire de la plateforme Netflix, mais aussi en version comics chez l’éditeur français Glénat. N’ayant pas encore eu le loisir de regarder la totalité de la série télé, le titre m’intriguait puisque je suis assez friande de récits sur la sorcellerie et la magie. N’ayant aucune idée de ce qui pouvait m’attendre, j’avais un peu peur de lire un titre un peu mièvre, or, c’est loin d’être le cas pour mon plus grand bonheur.

Un résumé pour la route

Sabrina_1Les nouvelles aventures de Sabrina sont scénarisées par Roberto Aguirre-Sacasa, directeur artistique d’Archie Comics, qui est aussi le showrunner de Riverdale et supervise la série télé Sabrina. Les dessins sont signés Robert Hack. Le volume édité chez Glénat en 2019 dans la collection Log-In reprend les épisodes #1 à 5 de la série The Chilling Adventures of Sabrina.

Le 31 octobre 1951 est une date funeste pour la famille de Sabrina. Alors que l’enfant est âgée seulement d’un an et qu’elle vit dans le sombre manoir de son père, Théodore Spellman, à Westbridge, Massachussetts, ce dernier semble vouloir l’offrir au démon qu’il sert en tant que grand prêtre de l’église de la nuit. C’est sans compter sans la ténacité de Diana, la mère de la petite qui refuse de se plier à cette tradition au péril de sa propre vie. C’est donc sous les auspices de la magie et dans la terreur que commence l’existence de la petite Sabrina, fille d’un sorcier et d’une mortelle.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Ayant un vague souvenir de la série télé humoristique des années 1990, j’ai été très agréablement surprise par l’ambiance très sombre qui se dégage de ces nouvelles aventures de Sabrina. Graphiquement, Robert Hack nous donne tout de suite l’impression de feuilleter un comic-book d’horreur de la belle époque d’EC Comics. Les yeux des protagonistes sont écarquillés par l’épouvante, les ombres sont menaçantes, les araignées rampantes et l’ambiance délicieusement satanique.

Le récit commence le 31 octobre 1951 alors qu’Edward Theodore Spellman se prépare pour une cérémonie. Spellman est un sorcier et plus exactement un grand prêtre de l’église de la nuit. L’homme est donc dévoué à Satan. Mais, tout grand prêtre qu’il soit, Spellman a épousé une mortelle. C’est un peu l’histoire de Roméo et Juliette au pays des sorciers : deux jeunes gens que tout oppose qui brisent les règles par amour, cela ne pouvait que mal finir. Diana, jeune épouse de Spellman, tente de fuir loin de son sorcier de mari afin de sauver son bébé de l’Enfer qui l’attend. On se croirait par moment dans le Rosemary’s Baby de Polanski. Diana est le jouet de forces qui la dépassent et qui préparent un avenir bien obscur à son enfant. Contrairement à Mia Farrow qui finit par accepter le destin de son bébé, Diana fuit son mari et son monde de sorcellerie. On voit donc dès le début tout le drame qui se joue pour cet enfant qui est déjà tiraillé entre deux cultures dès son premier anniversaire. Si Roberto Aguirre-Sacasa nous présente une secte satanique intransigeante, on pourrait tout aussi bien appliquer ce récit à toute religion établie. C’est la tradition du dominant, sa culture qui s’impose à un enfant qui ne peut encore exprimer un choix tandis que sa mère lutte pour lui éviter d’être embrigadée malgré elle dès sa plus tendre enfance… sans succès.

Sabrina_2

On défile ensuite toute la difficile jeunesse de la petite Sabrina, privée de sa mère qui a payé sa résistance à la tradition paternelle, puis de son père sans qu’on ne sache vraiment pourquoi. La petite fille est alors élevée par ses deux tantes, Zelda et Hilda qui l’élèvent à la fois dans le respect de la sorcellerie mais en la préservant du mieux possible de son passé douloureux. Sabrina est aussi accompagnée d’un familier ayant pris l’apparence d’un chat et de son cynique cousin Ambrose qui sera un peu son confident. Si Sabrina va à l’école publique aux côtés des simples mortels, elle reste environnée par la sorcellerie et la magie et on flotte toujours dans une ambiance effrayante où les esprits rôdent, pour un peu, on se croirait parfois dans l’Exorciste ou La Malédiction mais sans que Sabrina ne soit victime d’une quelconque possession. Les démons sont pourtant bien présents, à commencer par l’effrayante et vénéneuse Madame Satan, un personnage extrêmement bien écrit qui poursuit Sabrina et les siens de sa haine multiséculaire. Franchement, Madame Satan donne des frissons rien qu’à la regarder quand elle sort de la Gehenne, même si elle sait prendre une apparence sulfureuse et sexy.

Sabrina_1Les nouvelles aventures de Sabrina sont, certes, une histoire de démons et de sorcières mais,comme de nombreux récits horrifiques, le titre raconte aussi le moment douloureux et compliqué du passage de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte. Le cœur de l’histoire se déroule au moment où Sabrina doit choisir si elle veut recevoir le baptême obscur ou rester vivre comme une mortelle. C’est désormais à elle de faire ses propres choix alors que jusque là, elle était protégée et préparée par ses tantes. Un véritable dilemme au moment où la jeune femme connaît l’amour et ses premiers émois, où elle semble bien intégrée dans son lycée. Doit-elle tout quitter pour jouir de ses pouvoirs de sorcière et obéir à la tradition ? L’auteur interroge ce monde des sorcières et sa vision féministe : comment un mouvement persécuté par les hommes, dans lequel les femmes ont été puissantes et pourchassées pour leur esprit anticonformiste a-t-il pu se muer en une église aussi rigide que celle qui a voulu l’anéantir ? Le monde des sorciers est devenu aussi réactionnaire que celui qu’il combattait et s’est enfermé dans ses rites, excluant à son tour celles et ceux qui ne sont pas jugés dignes. J’ai personnellement trouvé cet aspect passionnant et traité avec finesse et intelligence, cela donne matière à réfléchir quand le persécuté devient aussi rigide que son persécuteur. Sabrina apprend le deuil et la manière dont elle le gère aura des conséquences importantes pour la suite.

L’histoire est assez glauque et, hormis Sabrina et son petit ami Harvey, tous les personnages ont une part d’ombre et un côté manipulateur ce qui se marie parfaitement avec l’aspect démoniaque du titre. On voit que l’auteur s’est documenté sur le sujet, puisqu’on trouve les grands classiques du genre comme le bouc prénommé Baphomet, les références à Aleister Crowley ou tous les rites et incantations sataniques. Tout s’imbrique parfaitement en donnant une impression de grande authenticité sans fausse érudition. Une autre bonne idée est d’intégrer les jeunes de Riverdale version sorciers avec Archie, mais aussi Betty et Veronica. Au début, j’étais sceptique mais c’est réalisé intelligemment sans qu’Archie et ses potes ne soient trop présents et ne volent la vedette à Sabrina.

Les nouvelles aventures de Sabrina n’est pas un ouvrage à l’eau de rose, loin de là. Les dessins de Robert Hack, faussement simples par moments, sont parfois extrêmement crus, montrant le sang et l’horreur dans toute son acception et sans réelle censure. Le titre est vraiment sombre et campe des personnages vraiment intéressants, qu’il s’agisse d’une Sabrina en train de devenir adulte, de ses tantes protectrices et énigmatiques, de son cousin Ambrose tout en ambiguïté ou de son chat familier. Mais que dire également de Madame Satan, figure forte et terrible toute aussi séduisante que mortifère !

Alors, convaincus ?

Je ne m’attendais absolument pas à aimer ce titre. Les nouvelles aventures de Sabrina sont une réelle bonne surprise aussi bien par son esthétique faussement rétro et glauque à souhait que par son scénario qui rappelle les bons films d’horreur des années 1970. Il n’y a aucune fausse note dans ce récit qui met en avant des thématiques classiques des histoires horrifiques en sachant en tirer le meilleur. Je conseille vraiment ce titre aux amateurs d’horreur qui seront, je l’espère, conquis par Sabrina et ses acolytes.

Sonia D.

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. J’ai vraiment envie de découvrir ce comics. En plus j’ai vu que c’était dans l’édition Comics traditionnel de l’éditeur et non dans l’édition d’Archie ce qui est une très bonne chose ! Le style graphique est en décalage avec ce que l’on voit actuellement et ça me plait, je vais tâcher de lire soit en VF ou VO. Merci pour ta chronique !

    J'aime

    1. Sonia Smith dit :

      Glénat t’a entendue et a abandonné son format souple apparemment ^^, franchement, ce titre est une super surprise !

      J'aime

    2. Ahahah certainement ! Je pense que pas mal de gens ont dû se plaindre, ou alors ils ont simplement réaliser que c’était super facile. Mais du coup, la suite de Archie continuera avec la même édition ou comme celle de Sabrina ?

      J'aime

    1. Sonia Smith dit :

      Merci pour le lien 🙂

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s