[review] Captain America : Steve Rogers, Le procès de Maria Hill

Après un premier tome sombre, je me demandais bien comment allaient se poursuivre les aventures de ce héros qui a mal tourné dans Le procès de Maria Hill.

Un résumé pour la route

Captain_America_1Tout comme Captain America : Sam Wilson le scénariste est Nick Spencer (Bedlam, Secret Avengers). Par contre, il y a plus d’un dessinateur par épisode comme dans les revues X-Men Legacy et X-Men Extra : Jesùs Saiz, Javier Pina, Andres Guinaldo,  Ted Brandt, Ro Stein, Kevin Libranda, Rod Reis, Phil Noto, Raffaele Ienco et Szymon Kudranski. Un seul encreur Scott Hanna et peu de coloristes sont sans doute chargés d’unifier l’ensemble. Ce deuxième volume publié en France par Panini comics en juillet 2018 rassemble les épisodes publiés par Marvel 7 à 11 de la série Captain America : Sam Wilson de 2016 et Civil War II : The Oath en 2017.

Steve Rogers est le rêve américain fait homme, l’Avenger au cœur pur. Mais, manipulé par Crâne Rouge, l’incarnation vivante du Cube cosmique, Kobik, a réécrit le passé de Rogers. Il est désormais un agent double de l’Hydra qui n’hésite pas à tuer le super-héros Jack Flag. Pour réaliser le projet d’Hydra, Steve manipule tout le monde y compris Crâne Rouge.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

On voit progressivement deux plans se mettent en branle. D’un côté, Crâne rouge a tout organisé depuis très longtemps. En Sokovie, il dirige une armée de l’Hydra mais il ne veut pas gagner. Il veut créer un réduit pour faire venir ses adeptes puis constituer une armée encore plus forte – comme en Syrie aujourd’hui. D’un autre côté, Steve Rogers veut créer son propre projet, plus fidèle à l’idéal d’Hydra. Avec la Veuve noire, il libère un ancien général démocrate pour être le symbole du mouvement anti-Hydra avec le dictateur. Je n’ai rien suivi du crossover Civil War II mais Panini a eu la bonne idée d’inclure un épisode. Seul avec Tony, Steve explique son projet politique – seul Steve sait ce que le peuple veut alors que les héros (l’élite) sont coupés du monde et méprisent le peuple qui est mûr pour un changement. On croit lire les mots d’un populiste de la réalité. Il veut détruire toutes les institutions pour créer dans le sang et les flammes un monde plus fort. Dans son discours d’inauguration, les paroles de Rogers sont comprises comme un appel à l’unité de tous après la division et à l’action pour un idéal…. sauf que dans la tête de Steve, cet idéal est totalitaire. Le projet dépasse la Terre. L’épisode huit commence par une attaque d’extraterrestres dans l’espace contre la Division Alpha avec Captain Marvel. Au départ, on a du mal à voir le rapport avec le plan global. Steve a organisé l’attaque de Chitauri pour tester Quasar. Il reprend la théorie du Fantôme rouge – organiser une invasion extra-terrestre pour nettoyer le monde et accéder au pouvoir par la peur de l’autre. Je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec les idées xénophobes de Trump. Il y a deux exutoires à la haine populaire – les chitauris pour les migrants et l’Hydra pour Al Qaida.

Captain America cherche à briser son isolement. Il utilise le procès de la directrice Maria Hill leader du S.H.I.E.L.D. pour l’affaire Pleasant Hill. Son témoignage est déterminant pour la faire virer. Maria Hill s’enfuit pour rejoindre Captain Marvel. On espère la création d’une résistance. Steve pousse en avant Sharon à la place mais elle refuse car elle s’en sent incapable. Elle propose Steve – le stratagème fonctionne. Cap est redevenu chef du S.H.I.E.L.D. mais avec des pouvoirs renforcés. L’enterrement de Jack Flag est encore un moment pour élaborer son plan où Cap recrute Rick Jones.

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Spencer poursuit son organisation globale en commençant chaque épisode par quelques pages sur le passé. Les personnages sont tous gris et quelques éléments en couleurs donnent un sentiment global. Autrefois en rouge, ce sont désormais des taches vertes pour montrer la transformation du passé de Steve. On y suit l’éducation du jeune Steve dans un pensionnat de l’Hydra par le docteur Fenhoff. Là-bas, Helmut Zemo serait intervenu quand Steve se faisait frapper. On suit également le passé de l’Hydra pendant la Seconde Guerre mondiale. Lors d’une réunion des leaders de l’Hydra se réunissent, on retrouve des personnages qui ont marqué le passé de Steve. Elisa, sorcière, avait convaincu sa mère de l’Hydra, le docteur Fenhoff, le baron Zemo. Les hommes pensent qu’Hitler est celui qui va permettre l’accession de l’Hydra mais Elisa sait par des visions que c’est Steve le sauveur et le leader prédestiné de l’Hydra. Plus tard, il a été renvoyé aux U.S.A. pour tuer le scientifique du projet de super soldat et devenir Cap.

La construction scénaristique par épisode est brillante. L’épisode neuf commence par une attaque de Steve au Royaume-Uni contre une secte mystique et c’est seulement dans les dernières pages que l’on comprend l’attaque. L’action de Steve vise à révéler à la secte la corruption d’un ministre anglais pour le gaz de schiste, le faire tuer par ce groupe et donc faire perdre une voix favorable à Hill voire plus en montrant le danger du terrorisme.

J’ai aussi trouvé tout un travail sur l’idéalisme et en particulier sur les discours. Steve décrit comme en voix off – parfois un peu trop présente – ses opinions. La guerre est positive car il y a fait l’expérience de la solidarité. Ces idées se retrouvent assez souvent dans les fondateurs du fascisme et du nazisme dans les années 1930. Dans son passé réécrit, les mots de Steve sur la témérité démocratique deviennent dans un autre contexte du fanatisme pour l’Hydra. La preuve en est que, pour rentrer dans le projet super-soldat, Steve reprend des mots de l’Hydra. Lors du procès de la directrice Maria Hill, les paroles des témoins de l’accusation puis de la défense montrent que chaque personnage est ambivalent. Le mensonge est partout. La mort de Jack Flag est présentée comme le sacrifice patriotique d’un héros alors que tout est faux. Seule l’amitié avec Helmut est vraie. J’ai découvert un personnage inconnu. Fils du baron Zemo, il a été traumatisé par son héritage mais a aussi fondé les Thunderbolts. Récemment, il est devenu le chef de l’Hydra. C’est lui qui a tué le scientifique du projet super-soldat quand Steve s’est montré trop faible. Dans le présent, Rogers a besoin de lui pour continuer son programme. Il est isolé et a besoin un allié pour réaliser son idéal. Spencer reprend les principes du récit héroïque mais le pervertit car l’idéal final est dictatorial.

Au contraire, Sharon est une personne honnête qui utilise sur les peurs – des attaques pour le peuple et de perdre une élection pour un politicien – et la popularité de Rogers pour convaincre un sénateur honnête qui s’inquiète des dérives possibles de la loi S.H.I.E.L.D. – pour les libertés individuelles et la souveraineté des États-Unis. Tous s’inquiètent de la loi mais comme c’est Steve ça passe… Il ne faut jamais faire confiance en un homme providentiel. Alors que Sam Wilson cherche à être un modèle. Le scénariste montre ici le danger de ce rôle. Il construit un projet impressionnant à deux faces – le versant positif avec Sam et le versant négatif avec Steve. Spencer dénonce les dangers de l’idéalisme alors qu’il le vante dans Sam Wilson. Les Sokoviens sont séduits par l’Hydra car oppressées par le dictateur, ils veulent du changement. Le peuple soutiendrait l’idée d’un mur énergétique contre les extra-terrestres.

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Spencer intègre dans son récit la géopolitique ancienne ou contemporaine. L’Hydra dirigé par Crâne rouge envahit la Sokovie, un ancien pays communiste dirigé par le dictateur Kamil Novoty où les villes sont ravagées. Ce pays nous fait penser à la Tchétchénie. Le leader terroriste fait une « marche triomphale » comme Mussolini jusqu’à Rome en 1922. Maria Hill fait une leçon de la politique extérieure des États-Unis – le S.H.I.E.L.D. soutient celui qui représente le moins de danger pour eux. Lors de son procès, elle ne se défend pas sur les fautes du passé mais propose son projet : un bouclier – shield en anglais – autour de la planète qui empêche toute intrusion. Toute entrée sera validée par le S.H.I.E.L.D. qui devient un corps planétaire de garde-frontière. Elle justifie les actes liberticides du passé par le contrôle migratoire et utilise la pression populiste pour convaincre ces politiciens. On ne peut que penser à Trump. Au contraire, l’accusation espère que les nations émergentes qui soutiennent l’économie intergalactique votent contre elle. Il fait le parallèle avec la politique actuelle de ces nations à l’O.N.U. Il donne aussi une explication de la démocratie par le bicamérisme – face à la Chambre des députés, le Sénat américain temporise les passions.

Avec un turn-over de dessinateurs, les deux Captain America sont des séries de scénariste mais j’ai dû mal à comprendre l’intérêt de Marvel de changer si vite ses dessinateurs ? – Est-ce volontaire ou les stars du pinceau partent très vite en indépendant ? Ces dessinateurs ont un style commun. Le dessin est très photo-réaliste et des corps très musclés même Crâne Rouge. Malheureusement, le sommaire ne permet pas vraiment de savoir quel dessinateur réalise quel épisode. Dans Civil War II : The Oath, a un style qui m’a rappelé Sienkiewicz mais en plus sage.

Alors, convaincus ?

Je suis à nouveau totalement conquis Captain America. Spencer a tout un discours politique qui m’a passionné. Je conseille de lire plusieurs tomes en continu car il est dur de s’y plonger sur un tome. Les deux périodes chronologiques s’entremêlent pour montrer dans les deux cas la construction d’un plan – dans le passé faire de Steve Captain America et la prise du pouvoir dans le présent par Steve. On sent le drapeau de l’Hydra se hisser peu à peu.

Thomas S.

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