[review] Captain America Sam Wilson 2 Civil War II

Après avoir beaucoup aimé Captain America Steve Rogers et Sam Wilson, j’ai poursuivi avec un peu de retard l’histoire de ce sidekick devenu le héros principal de la série.

Un résumé pour la route

Sam_Wilson_1Dès l’annonce du choix du Faucon pour remplacer Steve Rogers, des débats ont enflammé la population – un afro-américain peut-il être le symbole des États-Unis ? De plus, Sam Wilson a mis en avant son rôle de porte-parole des minorités. Pour ne rien arranger, suite à Avengers : l’affrontement, Steve Rogers a retrouvé sa jeunesse. Sam Wilson est-il condamné à retourner à son rôle de Faucon ?

L’ensemble de ce volume est scénarisé par Nick Spencer (Captain America Steve Rogers) mais les dessinateurs tournent avec Angel Unzueta (Star Wars : Poe Dameron) puis Daniel Acuña (Uncanny Avengers) à partir de l’épisode onze. Ce volume rassemble les épisodes neuf à treize de la série Captain America Sam Wilson publiés par Marvel en 2015 aux États-Unis et par Panini en juin 2018.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dans les premiers volumes, j’ai beaucoup aimé sa manière adroite et engagée de présenter la place du nouveau Captain America. Cependant, avec l’arrivée du crossover Civil War II que je n’ai absolument pas suivie, je me suis demandé si le scénariste allait réussir à mener son histoire au bout ? La moitié de l’épisode onze est intégrée dans Civil War II. Non seulement cela n’a aucun intérêt mais cela interrompt le récit global. Spencer tente d’intégrer ses idées dans le schéma global – par le discours de Captain Marvel sur sa vision du leader idéal. Elle a une vision à long terme et ne cherche pas à plaire en fonction des sondages. Il m’a semblé que la confusion de Sam sur le choix entre les deux camps correspond à celle du lecteur de ce crossover. Dans l’épisode treize, Sam s’est fait implanter un puce pour utiliser les oiseaux comme un réseau de surveillance. Ce système a été fait par Tony Stark qui a pourtant changé de camp dans Civil War II et prône le respect des libertés individuelles. Il y a donc une légère contradiction…

Malgré tout, Spencer continue à développer ses propres idées. Il ne se contente pas d’un personnage mais crée un nouvel univers autour de Sam comme avec Misty. Il réussit à conclure chaque épisode par un cliffhanger qui pousse à dévorer la suite. Le scénariste fait une dénonciation très acide des médias conservateurs – Fox News sans jamais être citée – qui prônent le départ de Sam depuis que Steve a rajeuni. Des présentateurs vedettes ont en effet créé #rendlebouclier. Ils reprennent les idées de l’extrême droite américaine – le rejet des pseudos élites, le refus du politiquement correct et du progressisme présentés comme des « opinions anti américaines ». Sam ne cesse de réfléchir à l’impact médiatique de ses actions. Il veut faire le bien et que cela se voit mais il tombe dans des impasses ou de mauvaises interprétations. Rejetant la course au buzz, Spencer ne montre que des mains qui tendent les micros lors de la conférence de presse sur la police. Dans l’épisode douze, le présentateur radio manipule la vérité en résumant les actions de Sam seulement dans le négatif. Ce storytelling masque la réalité.

Sam dénonce toutes les formes d’injustice – Maria Hill du S.H.I.E.L.D. s’en sort alors que des Noirs sont poursuivis automatiquement. Ces injustices poussent à la récidive par l’exemple de Chance – super-vilain mineur qui se venge de Pleasant Hill car personne n’a été jugé.

Le scénariste pose à nouveau la question de la représentativité de Sam. Il commence par l’argumentation des racistes blancs dans les médias. Ces derniers centrent sur un détail – Sam n’a pas fait l’armée – pour le discréditer et surtout pour ne pas dire que le problème est la couleur de sa peau. Après une tentative d’attentat bien étrange contre lui, Steve Rogers présente Sam comme Captain America. Il y a donc deux Captain ce qui correspond à une vision d’un pays très divisé entre une moitié progressiste symbolisée par Sam et une moitié fanatique symbolisée par Steve, agent infiltré de l’Hydra. Spencer est aussi assez direct dans la représentation – On voit le corps nu de Sam puis il retrouve Misty. J’ai aussi trouvé très forte la double page avec les principaux héros noirs de Marvel – Luke Cage, Tornade, La Panthère noire, le nouveau Nick Fury, le Docteur vaudou et Spectrum. Cela m’a vraiment poussé à me questionner sur la diversité dans les comics. On découvre qu’il existe un groupe de soutien de héros noir. Ils sont réunis ici pour la mort de War Machine. Pendant la cérémonie, toute la foule est en brun.

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Plus loin, la question du symbole d’un groupe se complexifie avec l’apparition d’autres modèles : Rage et U.S. Agent. Rage, jeune noir des quartiers, voit Sam comme un vendu, un membre de l’establishment qui a oublié la vraie vie des quartiers. Lui qui est prêt à tout pour empêcher les bavures policières est-il un meilleur symbole des Noirs que Sam qui cherche la concorde entre les communautés et refuse la violence ? On a l’impression de voir l’opposition entre les Black Panthers et Martin Luther King. U.S. Agent – un autre ancien Captain America dans les années 1980 – agit à l’étranger pour chasser les terroristes. Je n’étais pas fan de ce personnage dans les Vengeurs de la Côte ouest  mais le traitement est ici passionnant. Il est un symbole négatif des États-Unis – l’interventionnisme américain brutal et borné. Il est pourtant complexe car il préfère se salir les mains et assumer la violence plutôt que d’utiliser des drones. Un député, un industriel et un présentateur télé responsable d’Americops – et symbole de l’establishment conservateur – font revenir U.S. Agent au pays pour qu’il redevienne le nouveau Captain America à la place de Sam. Si on a lu Steve Rogers, on sait qu’ils sont d’Hydra. Il y a une multiplication des Captain qui crée une confusion pour le lecteur mais cela me semble volontaire. Dans un pays très divisé politiquement, chacun veut son symbole pour représenter son Amérique. Dans l’épisode dix, les Americops représentent la privatisation de la police. Spencer s’intéresse ici aux quartiers marginalisés où les jeunes subissent le harcèlement policier. John Walker – U.S. Agent – est conservateur. Il soutient l’idée d’Americops nécessaire pour « nettoyer les quartiers ». Cependant, il représente les républicains classiques car il refuse d’intervenir contre Sam. Il faudra lui montrer les images manipulées insistant sur l’aide de Sam au criminel Rage pour qu’il agisse. Le combat entre U.S. Agent et Sam est le combat de ces deux Amériques mais avec les commentaires par Fox News ce qui rend l’épisode assez amer. J’ai simplement regretté que ce combat soit un peu court.

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J’ai aussi apprécié la double lecture de chaque épisode. Steve Rogers manipule Sam pour se débarrasser de Hill. Le lecteur de cette série est placé au même niveau que le héros et ignore que Steve est un agent infiltré de l’Hydra alors que celui qui lit les deux séries a un échelon de compréhension en plus. Mais les deux lecteurs peuvent suivre le récit. C’est très habile. Sam admire le charisme de Steve mais le lecteur des deux séries y voit une manipulation d’un héros et comment un homme peut manipuler les foules.

J’apprécie de plus en plus le personnage de Sam Wilson. Loin d’être un dieu comme Thor, Sam est persuadé qu’il ne fait que tout compliquer. Il se victimise souvent. C’est lors des funérailles de War Machine que Sam accepte d’être le symbole des minorités opprimées en prononçant l’éloge. J’ai parfois l’impression que visuellement des allusions sont faites à son passé – et à celui de la culture afro-américaine. Il porte le médaillon d’origine du Faucon – cela fait très Isaac Hayes. Par un flashback dans l’épisode douze, dans le passé, on voit Captain America libérer Sam de prison. Le Faucon avait été arrêté par erreur mais en fait c’était du racisme – le Piégeur, blanc, ne pouvait être que le super-héros alors que le noir ne pouvait être que le cambrioleur aux yeux des policiers. Spencer réécrit le passé du comics en réinjectant du politique. Ce nouveau Captain n’arrive jamais à dialoguer avec les autres que ce soit les médias, Rage ou U.S. Agent. Est-ce à l’image des U.S.A. minés par les divisions ou parce qu’il est noir et donc les stéréotypes raciaux l’empêchent d’être audible ? A la fin de ce volume, il accepte son rôle de Captain car Steve lui a laissé la place.

Cette série est aussi l’occasion de développer les possibilités du pouvoir de Sam. Par son pouvoir sur les oiseaux, il fait construire un nid autour de lui ce qui empêche les Americops de le tabasser et lui laisse du temps pour se libérer et fuir sans avoir à frapper des policiers – ce qui serait médiatiquement désastreux. J’ai redécouvert son pouvoir sur les oiseaux et c’est passionnant. Lors du combat contre U.S. Agent, il emmène John dans un tunnel car grâce aux hiboux autour il voit dans le noir. Cela lui permet d’équilibrer ce combat bien qu’il n’ait pas le sérum du super-soldat. Sans caméra, il peut aussi se lâcher car aucun média ne le voit. Les paroles de Sam montrent qu’U.S. Agent représente tout ce qu’il déteste. US Agent voit Sam comme un progressiste trop sûr de lui et donc arrogant. Pourtant Spencer n’en fait pas un super-vilain mais un patriote qui ne comprend pas la réalité. De plus, on comprend dans les dernières pages qu’U.S. Agent n’a pas été convaincu par le trio conservateur mais en fait par Steve.

J’ai regretté le nouveau changement de dessinateur. Angel Unzueta fait le job mais sans être au niveau du texte. Son style réaliste se lit agréablement mais est plus convenu que le texte. Heureusement, à partir de l’épisode onze, Daniel Acuña revient. J’apprécie son dessin avec une matière dense comme s’il dessinait à la craie grasse. Ses couleurs sombres correspondent bien au récit. La mise en scène de ses pages est efficace et agréable à lire mais je ne suis pas soulevé de plaisir. Je regrette par exemple les visages trop esquissés.

Alors, convaincus ?

Malgré un changement assez décevant de dessinateur, j’ai à nouveau beaucoup apprécié cette série. Adorant les comics sociaux, chaque case m’a intéressé et m’a donné envie d’écrire. Spencer arrive à trouver une nouvelle manière d’écrire une bd engagée. Ce n’est plus un épisode à thèmes comme dans les années 1970 mais plus subtilement des allusions politiques sur quelques cases ou au fil du récit autour de la question du symbole. L’action est rarement au centre mais on trouve bien plus des réflexions du héros sur l’injustice. Les deux grilles de lectures – entre celui qui sait que Steve est un agent de l’Hydra et celui qui l’ignore – sont très bien faites.

Thomas S.

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