[review] Britannia les aigles perdus de Rome

J’avais été conquis par les volumes un et deux du comics historique publié par Bliss et c’est avec une certaine hâte que j’attendais la suite des aventures de ce centurion devenu détective pour Néron. Les aigles perdus de Rome est sorti fin mars.

Un résumé pour la route

Britannia_3_1Peter Milligan scénariste britannique (X-Statix, Hellblazer) et Robert Gill (Batgirl, Eternal Warrior) se chargent entièrement de la partie graphique des quatre épisodes de Britannia : The lost eagles of Rome. La série a été publiée aux États-Unis chez Valiant entre juillet et octobre 2018 et en France par Bliss Editions.

Antonius Axia, ancien légionnaire, est devenu le premier enquêteur de l’histoire grâce à ses talents de déduction et son alliance avec les vestales, prêtresses de Rome. Dans le volume précédent, il s’est réconcilié avec son fils et en plus de son esclave affranchi Bran, il a une nouvelle alliée, Achillia, la puissante gladiatrice.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Comme chaque volume de cette série, on suit une enquête historique qui peut se lire sans rien connaître avant. A la suite d’une défaite en Germanie, une légion a perdu ses étendards. Banal, pensez-vous. Pourtant, cela déclenche des émeutes à Rome. En effet, l’empereur dirige aussi par son aura d’invincibilité et la perte des aigles brise ce mythe. Retrouver ces aigles est politiquement essentiel. Ce volume est une vraie enquête plus qu’un prétexte à l’action. Antonius et Achillia commencent par rendre visite au neveu du général qui a perdu le combat. Après cette humiliation, il n’a pu se suicider car un ennemi lui aurait coupé la main mais, par l’observation de la blessure, ces deux spécialistes de la guerre découvrent ses mensonges. Devant partir en Germanie, le héros de Bretagne a peur de ces régions froides et sauvages alors qu’Achilia est heureuse d’être libre et de vivre une aventure. Antonius est un personnage toujours aussi attachant par son humanité – il refuse de profiter d’Achillia, l’esclave alors que c’est banal. Antonius veut attendre la libération de l’esclave. Il n’hésite pas à désobéir à Néron en allant en Égypte car il suit les indices. Le déceleur est un héros car il écoute son cœur et agit avec raison. Achillia est une belle figure de femme indépendante.

Après la province de Britannia et les bas-fonds de Rome dans les volumes précédents, Milligan nous fait découvrir cette fois la fertile vallée du Nil. Classiquement, l’Orient est le pays du mysticisme. En débarquant, le duo d’aventuriers croise la réincarnation du pharaon Ramsès XII. Ce dernier veut lancer la libération du pays mais, étrangement, la légion laisse faire. Plus loin, une malédiction protège des chambres avec des hiéroglyphes. Comme dans un polar, on ne comprend pas tout au début et tant mieux – l’équipée part dans le quartier juif d’Égypte pour délivrer un message secret de la vestale de Rome. L’enquête se finit dans une mare de sang pour les coupables mais tout se révèle dans les dernières pages. Pour l’avenir de Rome ne fallait-il pas plutôt échouer ?

Britannia_3_2

Dans les premières pages, l’enquête sur des fausses pièces montre que Néron bascule encore plus dans la folie – le but n’est pas d’arrêter des faux-monnayeurs mais d’empêcher que des pièces avec un profil trop gros se diffusent. Néron veut même devenir une vestale pour échapper à la colère populaire. Ce puissant craint le peuple et s’inquiète sans arrêt de sa popularité – tel un homme politique contemporain de sa cote dans les sondages. Comme dans les deux premiers volumes, on découvre une intrigue politique autour de l’ancien général des légions défaites en Germanie, Verres.

Sans en avoir l’air, Les aigles perdus permet au lecteur d’en apprendre beaucoup sur Rome. Un général illustre la morgue du patricien face à l’enquêteur plébéien. Pour montrer la complexité du pouvoir impérial, Antonius fait la liste des guerres civiles. On voit comment l’information se diffuse – par des plaques dans la rue, des crieurs publics et surtout la rumeur que Néron veut contrôler. En Égypte, qui occupe une place centrale dans l’empire, on découvre l’antisémitisme et l’incendie criminel dans la bibliothèque d’Alexandrie. A Rome, les persécutions contre les premiers chrétiens sont lancées par Néron.

Le dessinateur a changé car Juan José Ryp a laissé sa place à Robert Gill. Son style réaliste et simplifié est très agréable mais il n’est pas aussi brillant que Ryp. Il a un trait plus classique et moins lumineux. J’ai surtout trouvé les couleurs ternes comme au crayon de Villarubia, Rodriguez et Dallhouse. L’encrage de Brian Thies et Juan Castro est très léger comme au crayon gris. Cela laisse une impression d’inachevé – la grande vestale a un nez rouge – qui ne va pas avec l’empire.

Comme à chaque fois, l’édition de Bliss est de qualité avec les couvertures alternatives et des croquis avant colorisation. Ce sont ces pages qui m’ont permis de comprendre que le style de Gill est très joli mais c’est surtout une erreur de colorisation. La première page intérieure copiant une célèbre photo de la Deuxième Guerre mondiale est décorée par la couverture du volume quatre.

Britannia_3_3

Alors, convaincus ?

Ces quatre épisodes d’un récit complet sont très agréables à lire et poursuivent une série passionnante. J’ai adoré cette nouvelle enquête mais ce qui marque l’esprit, ce sont les personnages. De plus, sans que cela ne soit lourd, cette série bien documentée nous apprend beaucoup sur Rome.

Thomas S.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s