[review] Mes héros ont toujours été des junkies

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Encore Ed Brubaker me direz-vous ! Eh bien oui, qu’y puis-je si l’auteur est prolifique et si Delcourt Comics enchaîne avec bonheur les sorties des titres de cet auteur ? Cette fois, il s’agit d’une nouvelle liée à l’univers de Criminal. N’ayant pas encore lu la série principale, j’avais un peu peur d’être perdue mais finalement, ce récit peut se lire de manière totalement indépendante.

Un résumé pour la route

Junkies_1Mes héros ont toujours été des junkies est une nouvelle écrite par Ed Brubaker illustrée par Sean Phillips. A ce duo de choc vient s’ajouter le coloriste Jacob Phillips. Aux Etats-Unis, le titre sort chez Image Comics en 2018. En France, le récit est publié par Delcourt Comics en 2019.

Ellie se retrouve en centre de désintoxication au milieu de junkies tentant de décrocher. Les groupes de paroles l’ennuient et elle n’a pas l’air très motivée pour s’en sortir. C’est là qu’elle rencontre Skip, un jeune homme bien décidé à remonter la pente qui, contrairement à elle, joue les bons élèves. Leur relation risque fort d’être explosive voire néfaste, mais pour qui ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Junkies_2Ellie, le personnage principal est une junkie qui cherche à justifier son addiction en se référant à des modèles. Elle puise ainsi ses références dans la musique avec David Bowie, Lou Reed ou Billie Holiday et Gram Parsons qui la fascine malgré leur destin tragique. Elle va même jusqu’à faire un pèlerinage dans la chambre où Parsons est mort à Joshua Tree. Ellie parle aussi avec passion des écrivains qui l’ont marquée comme Jean-Paul Sartre  ou William Burroughs ou des peintres inspirés par des substances illicites comme Van Gogh qui carburait à l’absinthe et la digitaline. La jeune femme a vite fait d’en tirer la conclusion que c’est par l’expérience de la drogue qu’on transcende son talent. A travers Ellie, on peut sentir les interrogation d’Ed Brubaker qui réinterroge les génies du siècle à l’aune de leurs expérimentations diverses et variées. L’auteur montre également combien son personnage se sert de ces modèles pour justifier sa propre addiction. Contrairement à ses comparses de la cure de désintoxication, Ellie ne se montre absolument pas coopérative, elle ne fait même pas semblant d’avoir envie de s’en sortir puisqu’elle n’est pas là de son plein gré et voit bien plus d’avantages à la drogue que d’inconvénients. Brubaker offre un panorama des types d’individus qui peuvent se retrouver en cure, mêlant l’affabulateur au bon élève désireux d’en finir avec ses démons.

L’intérêt du titre se trouve aussi dans la relation qu’Ellie noue avec Skip, un jeune homme sage en apparence qui a l’air de vouloir se sortir de cette cure au plus vite en se montrant coopératif. Brubaker montre à travers cette relation empoisonnée le long processus de destruction auquel Skip va être confronté et les dangers auxquels son manque de volonté va l’exposer. Les deux personnages vont s’engager dans une cavale à la Bonnie and Clyde mais sans violence, ils cherchent avant tout la discrétion… et la drogue. Si on voit venir les ennuis, on est carrément surpris par un final tout en finesse concocté par un Brubaker au mieux de sa forme. On retrouve une ambiance digne des meilleurs thrillers dont il sait si bien maîtriser les ficelles.

Junkies_3Enfin, la relation qu’Ellie entretient avec le souvenir de sa mère disparue est un autre point fort du récit. La fascination morbide que la jeune femme entretient avec les drogues n’est-elle finalement que la reproduction de ce qu’elle a pu voir dans son enfance ? Est-on fatalement amené à reproduire les gestes de ses parents ? Quelle substance peut-elle arriver à apaiser l’absence de l’être aimé et la douleur infinie qu’elle engendre ?

Pour servir son récit, Brubaker reprend sa technique habituelle : le récit est à la première personne, l’histoire est racontée par Ellie qui dévoile des bribes d’indices de temps à autre et alterne le récit au présent et les voyages dans son passé douloureux. Pour marquer le passage de l’un à l’autre, Sean Phillips passe de la couleur au noir et blanc. J’ai d’ailleurs une petite faiblesse pour les pages en noir et blanc qui sont douces et très réussies. Les couleurs utilisées par Jacob Phillips jouent sur un registre pastel qui donne une étonnante impression de tranquillité et de douceur à un récit pourtant finalement assez sombre. La construction du récit en épanadiplose est une réussite et finalement, c’est au lecteur d’imaginer la fin qu’il souhaite ce que j’apprécie en tant qu’adepte des fins ouvertes. On notera aussi le clin d’oeil à la série principale Criminal avec l’apparition du personnage de Léo.

Alors, convaincus ?

Mes héros ont toujours été des junkies est un récit court et percutant, mêlant introspection et intrigue au suspense étouffant. Comme souvent, Ed Brubaker nous propose un personnage principal à la fois irritant et attachant, déchiré par son passé douloureux et conduit à des choix délicats. On détestera autant Ellie qu’on l’aimera. L’ambiance est celle d’un bon thriller mais on est loin du titre sanguinolent, Brubaker livre un récit tout en finesse très bien servi par Sean et Jacob Phillips qui forment un duo convaincant au dessin et à la couleur. Que vous ayez lu Criminal ou non, si vous êtes adeptes de Brubaker ou tout simplement des histoires écrites avec finesse, vous prendrez du plaisir à cette lecture.

Sonia D.

 

 

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