[review] Doctor Mirage

Comics Have The Power a un gros faible pour l’univers de Valiant mais cela ne nous empêche pas de conserver notre objectivité. Sorti en février chez Bliss Editions, ce docteur va-t-il nous envoûter ?

Un résumé pour la route

Doctor_Mirage_1Doctor Mirage est scénarisé par Jen Van Meter (Captain Marvel) que je ne connaissais pas avant d’ouvrir ce comics. Au contraire, après Shadowman j’ai complètement craqué pour le dessinateur Roberto de la Torre (Daredevil) qui assure l’essentiel des épisodes. Il est aidé par Diego Bernard, Tom Palmer, Al Barrionueva, Brian Level pour quelques pages. Ce volume rassemble deux mini-séries Death-Defying Doctor Mirage 1 à 5 et Death-Defying Doctor Mirage : Second lives 1 à 4 publié par Valiant entre septembre 2014 et mars 2016 et en février par Bliss Editions.

Le docteur Mirage est un médecin des esprits. Pouvant voir les défunts depuis l’enfance, Shan est devenue une scientifique de l’occulte. Son mari Hwen est mort mais pourtant, elle n’arrive pas discuter avec son fantôme.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le titre de docteur est dû au talent de communiquer avec les défunts et de faciliter le deuil – une touchante image des défunts enlaçant leur épouse le prouve. Elle n’est pas une sorcière mais une scientifique. Par ce personnage, j’ai eu l’impression que Valiant voulait moderniser son catalogue – cette héroïne est une métisse américano-coréenne – après Faith et Secret Weapons. Ils ont de plus confié à une femme le scénario. Cependant, ce n’est cependant pas un récit féministe – Hwen qui a le savoir et la force, domine la relation et Mirage est une apprentie pour l’instant assez soumise.

Dans les deux mini-séries, l’action démarre par la rencontre d’un client du docteur. Dans la première, Shan est engagée par Linton March, un milliardaire veuf et ancien soldat d’une une opération secrète – l’armée voulait recruter des occultistes avant les nazis. Je ne peux m’empêcher de penser à Hellboy. Pour montrer le mysticisme du milliardaire, de la Torre dessine une balade dans son manoir mexicain où chaque case intègre un artefact. Le doctor Mirage profite de ces objets pour réaliser son rêve – retrouver son mari. L’épisode se termine par son départ dans le monde des morts. Doctor Mirage est une série romantique au sens littéraire du terme : une passion tragique. Le premier récit revisite le mythe d’Orphée en l’inversant. C’est l’amoureuse qui part en enfer chercher l’âme de son époux. Son arrivée fragilise la frontière entre les deux mondes. Par cette brèche, les démons veulent arriver sur terre pour se nourrir. Ce danger va contraindre Shan à choisir entre l’amour et son devoir pour sauver la terre. Hélas, le choix est fait trop vite. Tout le reste de la série sera une double course poursuite en enfer – pour retrouver son époux – et sur terre – des milliardaires cherchent le corps du Doctor.

Le mystère est omniprésent dans le premier récit. March a caché un secret – un être mystique prisonnier qui s’est aussi relié à lui. Le milliardaire est menacé par un mystérieux club alors que le docteur et son époux ont été formés dans un institut secret. Ce mystère devient une menace sur terre et en enfer. Mirage est poursuivie par les démons rouges car elle est une nourriture pour eux. La conséquence de ces mystères omniprésents est le mensonge. Dans les mondes froids des enfers, le Docteur ne peut se fier à personne même aux enfants qui la guident. Le mystère vient de l’ignorance. Cette méconnaissance est celle des soldats – dont cupidité les pousse à agir sans rien savoir et de ce fait ils risquent de détruire le monde – mais aussi celle du Docteur qui connaît très mal le monde des morts et du lecteur – par des expressions obscures : la Vieille voie ? On ne comprend pas toutes les paroles surtout quand les démons parlent. Le scénario est à la frontière floue entre mystère et confusion. Dans la seconde série, le pasteur loue son église hantée mais n’y connaît rien – il force les esprits à hanter sans leur demander et en les faisant souffrir.

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Ce mystère se lève en partie. On comprend que la troupe de soldats ont fait venir le démon pour obtenir tout ce qu’ils voulaient. Shan explique le rôle de son costume dès le premier épisode – son mari y a placé des protections mystiques. Pour obtenir une aide, il y a trois monnaies en enfer – on peut payer par l’âme, en rendant un service ou en racontant une histoire. Ce dernier paiement illustre la puissance du récit, permet d’intégrer des histoires dans l’histoire et également de percer le passé de la magicienne – dans l’épisode deux, elle raconte sa première rencontre avec Hwen puis, lors d’un combat avec un monstre, sa mort par arrêt cardiaque et celle de son mari, noyé. Pour une autre transaction, elle raconte son enfance quand elle ne pouvait contrôler la venue des fantômes.

Dans une grande partie du premier récit, on découvre différentes parties du monde des morts – assez différent de Shadowman. Il faut passer par la douane de l’au-delà puis le docteur parcourt différents mondes qui ont chacun leurs règles. C’est un superbe terrain jeux pour le dessinateur – tout d’abord des colline nues et des démons classiques puis une salle abandonnée et encombrée dans un monde post apocalyptique. Le voyage passe devant une cabane en ruine pour suivre un chemin de sel – un peu comme Le magicien d’Oz. Dans le palais de la Pale Maîtresse, souveraine des âmes de la mer, Shan retrouve son mari inconscient jouant sur un piano en os. Prête à tout, elle passe un marché avec la Maîtresse. Les lieux sont importants – le palais puis le manoir de March mais aussi la maison du Docteur qui se défend pour protéger l’enveloppe du docteur. On pense au Docteur Strange. Dans le second récit, de nouvelles maisons hantées sont importants : la boutique Art nouveau des Nesthauser à Barcelone et un club sportif à Los Angeles.

La seconde histoire est une enquête policière pour arrêter un esprit tueur. Elle trouve le criminel en utilisant son énergie résiduelle, ses empreintes. Le lecteur voyage à Barcelone mais aussi dans le temps car de Walt est un magicien sexuel des années 1920. On découvre la médecine sexuelle mystique – l’abandon ondine, l’état d’extase synthémique mais hélas on ne voit rien ;). Globalement, se toucher entre amoureux est au centre du problème. Les gestes et mots tendres entre les amoureux sont touchants – pour Hwen « Finalement, ce n’est une mauvaise chose que je ne puisse pas te toucher. Je te serrerais si fort que je t’étoufferais. » Shan est la seule à voir Hwen et l’entendre et ne peut pas le toucher comme dans une relation virtuelle. La haine d’une victime permettra à l’amour de triompher.

Doctor Mirage est assez moral. Il faut aussi se méfier des apparences – tous les démons ne sont pas mauvais et les humains sont loin d’être bons. Les fantômes protègent le monde d’entités plus redoutable. S’engager dans un pacte est dangereux et offrir est meilleur que demander ou payer.

Tout ne tourne pas autour de Shan comme le troisième épisode sur sa vie d’aventurière en couple. Après une aventure individuelle en enfer, on suit le duo – Doctor Mirage et le fantôme Hwen – puis une équipe avec l’agent de Shan. Sortie des enfers, la série trouve un côté prosaïque mais moins que dans la série d’Aaron puis Cates. L’agent est vénal. Il veut refaire une émission de télé sur le paranormal mais comment montrer Hwen aux caméras ? Au contraire, Hwen est la caution morale. L’agent a trouvé un acteur jouant Hwen – encore un substitut au réel. L’humour est subtilement plus présent. March le milliardaire de la première histoire n’arrive plus à dormir car ses anciens alliés – drôlement pathétiques – le harcèlent. L’acteur ajoute une touche d’humour par sa prétention à jouer au héros mais aussi les blagues sur les potions. Heureusement, l’humour est très discret.

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Dès que j’ai vu la superbe couverture de Jelena Kevic-Djurdjevic – déjà croisée dans Eternity , j’ai été emballé et encore plus par les dessins de Roberto de la Torre. J’adore son style qui me fait penser à des esquisses juste mises en couleur – l’artiste n’a pas effacé des traits préparatoires mais les encre. Son style très réaliste – par exemple pour les architectures comme si elles étaient copiées d’une photo – contraste avec un encrage brut très présent et des couleurs. Le dessinateur se révèle dans le monde des morts car la texture envahit toute l’image et amène le dessin ailleurs. Il y ose plus – quand Shan se jette dans une prison de bambou, ces parois blanches déchirent la page pour faire ressentir l’enfermement. Dans le second récit, lors du mariage hanté qui tourne à l’anarchie, les fantômes m’ont fait penser à des esquisses passées au papier de verre. Plus loin, un très joli récit dans le passé est en noir et blanc mais avec des éléments ou des blocs de couleur rouge sang puis bleu. Le dessinateur est aussi son encreur ce qui est logique vu la place que prend les textures. Au contraire, la mise en page assez classique – une grille qui varie selon les pages. Cependant, il modifie le bord des cases – comme usées dans le mariage hanté. Dans les deux derniers épisodes, de nouveaux dessinateurs suppléent de la Torres qui a du mal à suivre le rythme mensuel.

Les couleurs vives de David Baron contrastent avec le thème. Loin de la noirceur de la magie noire, il choisit des couleurs souvent vives – dans les premières pages, un ciel tout rouge sur un sol saumon. Une couleur domine souvent par double page mais elle change souvent dans les pages suivantes en fonction du récit plus que de la réalité. Dans la fin du volume, un combat entre fantômes se fait par une colorisation numérique bleue et rouge lumineuse. Bliss propose à nouveau un beau livre avec une superbe couverture intérieure mais aussi des bonus avec une galerie de démons, de nombreuses couvertures et des pages avant colorisation de de la Torre.

Alors, convaincus ?

J’ai beaucoup aimé ce premier récit plein de mystères. Au point que j’ai été triste de quitter ce voyage dans les enfers. Heureusement, le deuxième récit sur terre est tout aussi bon. Mirage et Hwen cherchent un moyen de se matérialiser. L’enquête fonctionne très bien. Avec ces deux histoires, le Doctor Mirage a le profil d’une bonne série à long terme.

Thomas S.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Une série que je guette, et avec cet article, l’envie devient plus forte. L’illustrateur est en effet bien doué, un grand merci pour avoir fait passer cette envie au sommet de la pile des autres envies!

    Aimé par 1 personne

  2. thomassavidan dit :

    Merci de votre commentaire. En effet, c’est visuellement magnifique et il faut le lire dés je soir sinon je vous envoie des fantômes 😉

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