[review] Doctor Strange, Le dieu de la magie

Après avoir suivi le récit d’Aaron et de Bachalo, je me demandais comment se ferait la transition avec la nouvelle équipe créative dans ces cinq premiers épisodes publiés par Panini comics en février 2019.

Un résumé pour la route

Strange_1L’équipe créative est assez stable puis que l’ensemble du volume est écrit par le scénariste montant de la Maison des idées Donny Cates (Redneck) qui est en charge de Venom et de sa création Cosmic Ghost Rider. Le dessinateur est le très original Gabriel Hernandez Walta (Vision). Le volume rassemble les épisodes 381 à 385 de la série Doctor Strange. Ces épisodes ont été publiés en 2018 aux États-Unis par Marvel et par Panini Comics en France.

Stephen Strange était un médecin réputé mais lors d’un accident de voiture qui handicape ses mains, il perd tout. Dans l’intégrale de Ditko, on découvrait comment il était devenu un magicien. Dans les quatre volumes d’Aaron, il a dû faire face à l’empirikul qui a détruit l’ensemble de la magie sur Terre. Amoindri, Stephen avait pourtant continué sa charge de maître des arts mystiques.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Ayant beaucoup aimé le cycle précédent de Jason Aaron, je me demandais si le nouveau scénariste allait tout changer. On retrouve dès le début Wanda – la très drôle bibliothécaire qui représente la jeunesse – elle utilise twitter. Elle n’est plus une naïve découvrant la magie mais une magicienne non négligeable et elle introduit un nouveau client – ses yeux seraient envoûtés mais chacun par un démon différent. On retrouve l’esprit de cette série mêlant, comme le film, magie et humour. Cates fait plusieurs allusions aux aventures récentes de Stephen – il y a toujours une contrepartie physique à la magie – ou plus anciennes de Marvel – Loki utilise les M16 de l’Exécuteur créées par Simonson – et intègre les nouvelles idées. Le scénariste garde l’idée du prix à payer mais contrairement à Aaron on ne voit pas le coût moral ou physique.

On revisite la maison mais des phrases de dialogues semblent nous dire que quelque chose a changé – des serpents parlent du « nouveau maître », la plus grande bibliothèque des « dix royaumes ». Loki est devenu le sorcier suprême. Le lecteur suit à la fois les pas du nouveau sorcier suprême et le changement de vie de Stephen Strange. Loki cherche à devenir une meilleure personne mais le naturel semble plus fort. Dans le bar des sorciers, Loki propose d’annuler le tribut de chaque magicien car sa constitution divine est plus solide que celle d’un homme. Il réclame juste qu’un sorcier lui donne le sort de l’exil de Singhsoon en échange. Les autres se moquent d’un dieu de la ruse qui ment si mal
. Il s’énerve et efface le bar quand les sorciers refusent. Le lecteur ne cesse de se demander si le dieu du mensonge ruse ou s’il est ce dieu maladroit qui veut changer.

Strange_2

Lors d’un tournoi, Strange a perdu le titre mais il explique qu’il ne compte rien faire – par déprime ou soulagement ? Stephen est redevenu médecin. Enfin on le croit jusqu’à ce qu’un plan large nous montre qu’il est vétérinaire. Il refuse de revenir car la magie n’était pas son but au départ de sa formation chez l’Ancien. Sa déprime rend ce personnage autrefois mystérieux déconcertant d’honnêteté et donc très drôle pour le lecteur – à des patients qui se demandent pourquoi son chien parle, il annonce qu’il a été radié par l’ordre des médecins pour son manque de pratique et qu’il est magicien. Son basset Bats aura d’ailleurs un rôle déterminant et très drôle tout au long du livre –un espion pour le docteur, le déclencheur de sa colère, une offrande, un annonciateur de la victoire. Dès l’épisode suivant Strange grimpe à mains nues une montagne pour demander de l’aide. Pourquoi a-t-il changé d’avis ? « Il a eu une mauvaise journée ». En fait, l’ancien sorcier s’inquiète pour ses amis car il a caché le sort de l’exil de Singhsoon dans l’esprit des gens qu’il aime. Lors du tournoi des Vishanti, Stephen a gagné mais les dieux ont refusé car il ne serait plus au niveau. Il veut donc aussi sauver le monde jeu d’une menace encore inconnue de tous.

Le dieu de la magie est le récit sur deux raté. Loki est un dieu mauvais qui veut se repentir – il a réparé la cape de Strange – et le prouver aux autres mais maladroitement. Dans un sms à la bibliothécaire Zelma après l’incident du bar, il raconte son erreur : « je crois que je me débrouille mal. » Stephen en écho dit « un jour, je mettrais au point un plan qui fonctionne. » Stephen a tout perdu – sa maison, son manteau, son job et son amie – mais on ne le ressent pas assez car l’humour est trop présent. Cates cherche à apporter de manière maladroite une modernité dans la magie –Loki portait des écouteurs et un iPhone.  Sans pouvoir, Strange a prévenu Wong par mail et sms.

Strange_3

Le récit est assez trouble moralement. Stephen manipule tout le monde sans réfléchir aux conséquences. Il va à Asgard pour chercher Odin et a recruté Sentry pour faire peur. C’est lui qui a abattu Asgard dans le crossover Siège. Il veut obtenir le pouvoir par Ygddrasil, l’arbre des mondes, pour devenir puissant. Lorsque le combat entre les deux magiciens arrive, on ne sait pas qui est le bon. Strange transmute toute une dimension maléfique en un jardin d’éden sans souffrir car le prix est payé par Sentry. C’est malin de la part de Cates mais cela supprime tous l’aspect tragique de l’utilisation de la magie. Stephen assez méprisable comme Lando. A la fin, il ouvre la porte scellée que Loki voulait connaître et libère Void. Au contraire, Loki sort grandi du combat. Il restaure la puissance de tous les magiciens sur terre. Il s’efface même et permet un retour au statu quo : Loki voulait faire de Strange un sorcier plus fort en annonçant les grands bouleversements à venir chez Marvel – la guerre des royaumes, l’enfer sur terre, la réunion des pierres de l’infinité, l’hôte ultime.

Walta, comme dans Vision, a une matière très originale. Dense, le dessin est moins photographique que celui de bien d’autres artistes. Le trait est plus brut et inachevé. L’artiste ne vise pas la réalité mais cela change des dessins numériques car ici on voit les traces de feutre. Il donne à Stephen un costume de prêtre viking blanc et or venu de son nouveau pouvoir. Je suis cependant moins fan que Bachalo car je trouve parfois le visage de Loki très laid.

Alors, convaincus ?

Le dieu de la magie est une bonne porte d’entrée pour un néophyte car il marque le début d’un nouveau cycle. Panini a aussi la bonne idée d’inclure quatre pages sur les origines du sorcier suprême de Marvel. On suit à la fois Loki qui débute et Stephen qui veut retrouver son pouvoir. Cette lecture est agréable mais j’en attendais plus. Cates écrit-il trop ?

Thomas S.

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Ayant une forte aversion pour le travail de Chris Bachalo, je ne me pencherai pas sur ce run. Au vue de cet article, de toute façon, tout cela ne m’enchante guère. Merci en tout cas pour le résumé!

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  2. thomassavidan dit :

    Dommage parce que le début du run de Bachalo est vraiment bien mais je peux comprendre si c’est une allergie graphique. On te conseille par contre le run d’Aaron sur Thor. C’est brillant.

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