Captain Marvel le film : le combat des rédacteurs

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Toute l’équipe a vu Captain Marvel et chacun a son avis sur le sujet, nous avons donc décidé de faire un post commun avec nos trois avis, c’est notre premier article à six mains et ce qui est sûr, c’est que nous avons tous une opinion plutôt différente – enfin, surtout Siegfried, mais on l’aime quand même ! Alors, à vous de vous faire votre propre avis et surtout, attention avant de nous lire : cet article est bourré de spoilers.

L’avis de Thomas S

Captain Marvel reprend la recette des films Marvel – une bande-son redoutable, une action qui ne cesse jamais, un humour parfois trop présent – sauf Fury et le chat… mais le film propose aussi des pistes nouvelles.

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L’action se déroule dans un passé proche – euh enfin pour moi : les années 1990. L’humour du film joue sur ce décalage temporel – attendre de longues et pesantes minutes l’ouverture d’un fichier numérique. Ce passé est visuellement reconstitué mais aussi musicalement. J’ai été touché par ces affiches de R.E.M., de P.J. Harvey, de Leonard Cohen et des Foo Fighters, le t-shirt Nine Inch Nails et par les extraits de Garbage, Hole ou Elastica. Certains morceaux ne sont pas seulement un voyage sonore dans le passé mais certains sont en lien avec l’histoire – Come as you are de Nirvana quand Carol découvre son identité et Just a girl de No Doubt quand une femme combat contre des hommes affirmant ainsi son indépendance. Le passé est très présent également par les lieux où une partie de l’action se déroule dans le Sud des États-Unis – pays de tradition (guerre de Sécession, esclavage et plantations, jazz et blues).

Dès les premières minutes, j’ai été touché par ce personnage principal qui ne cesse de revivre le même traumatisme – la mort d’une amie dans un nuage de poussière brune. Cette super-héroïne – dans la grande tradition des personnages de comics Marvel a donc une faille. Brie Larson joue d’ailleurs très bien. Pendant tout le reste du film, elle ne cessera de chercher son identité perdue dans le passé. Comme la mémoire de Carole est fragmentée et incomplète, elle a besoin d’autres moyens pour trouver ses souvenirs. Cette quête est donc l’occasion de parcourir les différents moyens de conserver et de lire le passé – des documents papiers publics ou personnels dans des couloirs d’archives, des cd-rom avec un piste sonore. Le film suivra Captain Marvel dans sa quête du passé mais il se révélera aussi une reconstruction des débuts de l’univers cinématographique Marvel.

Captain Marvel est un film féministe car plusieurs personnages importants sont des femmes – Carol, une scientifique et une collègue de l’armée et la jeune Monica Rambeau. J’ai d’ailleurs apprécié l’allusion à cette autre Captain Marvel. Sur Terre, Carol a dû dès l’enfance lutter pour l’égalité et réaliser son rêve – le mépris de ses parents, les critiques constantes quand elle fait du sport, du kart, à l’armée et dans l’aviation. Elle devient pilote d’essai car les femmes ne peuvent être au combat. Au contre, dans l’armée kree, elle est au combat et est traitée comme les autres soldats. Cependant, ce thème n’est pas le centre du film. Captain Marvel est une héroïne comme les autres qui a simplement plus durement fait ses preuves.

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Captain Marvel doit lutter contre les mensonges de la mémoire, du physique – les skrulls peuvent se transformer en n’importe quoi et même le chat cache un secret – et de la politique. J’ai d’ailleurs apprécié la vision plus nuancée des skrulls. La découverte de soi passe par la transformation de son uniforme kree – elle abandonne le vert et reprend les couleurs américaines. J’exagère peut-être mais j’ai aussi vu un message politique dans le film – comme dans les comics. Les krees sont la parabole du communisme – une intelligence collective unique dirige comme un dictateur et nie l’individu – alors que les États-Unis sont le pays où chacun peut vivre sa vie et réaliser son rêve. Carol devra en effet rejeter la froideur d’un ordinateur et se reconnecter à ses émotions présentes ou passés, positives ou négatives.

Pour conclure, j’ai donc beaucoup apprécié ce récit des origines d’une héroïne qui est elle-même en quête des origines. Mon seul bémol – comme pour tous les films Marvel – est le manque de personnalité visuelle du film. Contrairement au Batman de Burton, les réalisateurs n’arrivent jamais à affirmer une identité d’auteur. Le MCU me fait penser à une reconstruction des films de studios dans le Hollywood classique. Dans les comics, quand on touche au sublime, il y a une perfection du scénario et des dessins.

L’avis de Siegfried « Moyocoyani » Würtz : Captain Marvel, le film le plus moyen du MCU ? (sans spoilers lourds)

Avec des enjeux propres, Captain Marvel représentait pour Disney un défi créatif presque égal à celui d’Avengers : Infinity War. Sortant un mois et demi avant Avengers : Endgame, il se justifie par la promesse d’introduire le personnage le plus puissant à ce jour, et donc un élément clef de la victoire contre Thanos. Là où Ant-Man et la Guêpe comportait sans doute des détails importants pour la suite, son intrigue restait relativement parallèle aux grands événements secouant l’univers, et il ne faisait ainsi pas figure d’indispensable, contrairement à Captain Marvel, présenté comme un film à voir pour envisager et comprendre Endgame. Captain Marvel est par ailleurs le premier film-préquelle du MCU, puisqu’il se déroule en 1995, des années avant la création de l’Avengers Initiative. Créativement, c’est une piste à ne pas négliger, on pourrait tout à fait imaginer à l’avenir d’autres retours en arrière similaires pour présenter le background méconnu de certains héros sans leur faire rencontrer tout de suite les mille autres demi-dieux peuplant leur univers. Techniquement, le défi est également de taille, Captain Marvel promettant d’introduire Nick Fury ou Coulson des années avant qu’on les rencontre dans les autres films. Enfin, il s’agit du premier film solo Marvel consacré à une super-héroïne, un défi supplémentaire tant il est évident qu’il a pour mission de répondre au succès de Wonder Woman. Et il est attendu au tournant : il était plus que temps qu’après vingt films, un studio aussi soucieux de représentativité sociale que Disney s’intéresse à une femme !

Je ne vais pas vous faire lambiner plus longuement : à mon avis, Captain Marvel ne tient aucune de ces promesses – sauf en ce qui concerne la prouesse technique de rajeunir numériquement un acteur très présent dans l’intrigue. Et pour m’expliquer, il faut peut-être commencer par la question du féminisme. C’est vrai, la protagoniste est une femme forte qui ne se laisse pas abattre, la base. Mais même là… À vrai dire, on ne s’en rend compte que dans une séquence du film, quand vers le début des Skrulls fouillent ses souvenirs pour y dénicher l’information qu’ils recherchent. Est-il utile de dire à quel point le procédé est médiocre pour légitimer une succession interminable de flash-backs sur l’enfance de Carol, dans l’une des plus paresseuses et fastidieuses (et incohérentes) manières possible de créer du background ? Encore que l’idée pouvait être bien exploitée, notamment avec cette idée de triturer les souvenirs pour y découvrir des indices, à condition de ne pas livrer « comme par hasard » au spectateur tout ce qu’il a besoin de savoir sur son héroïne sans que cela puisse représenter le moindre intérêt pour ses ennemis. Toujours est-il que dans ces souvenirs, on la voit beaucoup échouer face aux mâles qui la méprisent. Elle se relève bien… mais on ne la voit pas ensuite réussir ce qu’elle échouait auparavant (à la Mulan). Ce que je comprends par là, c’est qu’effectivement elle n’est pas aussi forte que les mâles, que sa volonté ne l’amène pas à les dépasser, ce qui est quand même bof comme message.

Pourtant, il y aurait eu des choses à montrer : elle devient tout de même pilote dans l’armée, ce qui, on l’imagine, n’est pas évident pour une femme… et jamais cette « réussite » n’est présentée comme telle. Au contraire, Carol ne devient réellement supérieure aux mâles que quand par l’arbitraire le plus complet elle obtient ses pouvoirs. Le film essaye bien de nous faire croire qu’elle les mérite, au moins un tout petit peu, enfin c’est peine perdue, elle n’avait aucune réelle raison d’être là, fait ce que n’importe qui aurait fait, et n’obtient même pas sa force grâce à sa robustesse ou sa volonté, seulement parce qu’elle était là. On aurait au moins pu succomber au cliché du personnage qui souffre terriblement de ce qui lui est arrivé, qui manque mourir et ne survit que parce qu’elle en veut. Même pas. On doit donc admirer sa force, sans admirer les qualités auxquelles elle serait due. Concevant l’insuffisance de son héroïne, Marvel décide de la rendre « cool ». Soudain, la pauvre femme perdue, manipulée, traquée, devient la plus spirituelle blagueuse de l’univers, et ce qui est pire que tout, elle rencontre une petite fille qui lui dit à quel point elle est cool.

Il est temps de parler un peu de Wonder Woman. Le film ne m’avait pas profondément enthousiasmé, mais je comprenais que des petites filles se déguisent en Amazone pour aller le voir pour la dixième fois. C’est qu’il osait se montrer féministe, à chaque seconde on voyait son héroïne forte prendre des décisions, se positionner dans un monde d’hommes, évoluer, et cela malgré des pouvoirs constants que Patty Jenkins n’a pas eu besoin de gonfler artificiellement au cours du récit. Ce n’était peut-être pas toujours heureux, à trop en faire il était naturel que certaines démonstrations féministes paraissent outrées voire ridicules, pourtant dans l’ensemble cela fonctionnait parce qu’on sentait que c’était sincère, que c’était une bonne manière de rappeler que Wonder Woman était par essence une égérie féministe. Elle n’avait pas besoin de susciter l’admiration de petites filles, DC savait qu’elle serait un assez bon personnage pour susciter cette admiration dans la vraie vie si le personnage et le film étaient bons. Et si elle fonctionnait si bien, c’est qu’elle donnait aux mâles désespérés le désir de la suivre, elle était exemplaire dans sa détermination et dans sa capacité à galvaniser les autres avant de l’être dans sa force, un domaine où de toute manière elle était hors de portée pour les simples mortels.

Dans Captain Marvel, Carol doit être admirée d’en bas, par des gens qui ne peuvent pas la suivre, voler, briller et balancer des lasers avec les mains. Elle est juste forte et ne donne aucune raison de l’admirer pour autre chose. Même quand elle est supposée affronter une menace terrible, elle y va imbue de sa propre puissance, avec le sourire, demandant à de simples mortels dont elle n’a aucun besoin de risquer leur vie en l’accompagnant (dont une n’a même pas envie de venir, et formule d’excellentes raisons de ne pas s’exposer), parce qu’elle se sait au-dessus de tout le monde, extra-terrestres compris, y compris à un stade de l’histoire où elle est supposée être vulnérable. Est-ce que Captain Marvel est un film féministe ? Oui, bien sûr. Mais seulement parce qu’il capitalise sur son féminisme, parce que Brie Larson et les réalisateurs ont clamé à chaque fois qu’ils en avaient l’occasion qu’ils faisaient du personnage une icône pour les nouvelles générations, un argument marketing peu honorable à mon avis quand on voit qu’ils cherchent avant tout à supplanter Wonder Woman avec une héroïne bien moins travaillée. Et quand cela se combine avec l’injonction « Make her a hero » des trailers, difficile de ne pas y lire la quasi-obligation pour une femme d’aimer ce personnage si elle tient à sa liberté.

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Soyons cependant francs : on accordera plus de crédit à ce féminisme revendiqué si on adhère au personnage incarné par Brie Larson. Après tout, celle-ci campe une héroïne à l’arc fort, une amnésique en quête de réponses, à qui chaque révélation fait un peu plus perdre ses repères, et dont il est intéressant de découvrir qu’elle est si paumée qu’elle n’est pas une narratrice fiable : comme elle ne sait pas qui elle est, le peu même qu’on nous en dit et qu’elle nous en montre n’est peut-être pas vrai. Ainsi, le film est bâti autour d’une énigme dont on est évidemment curieux de connaître la solution, et surtout sur un principe psychologique plutôt qu’un antagonisme, et il est bienvenu qu’après Infinity War (et Ant-Man et la Guêpe) et avant Endgame, on assiste à un Marvel plus soucieux du développement de son personnage (enfin du personnage à défaut de son développement) que du sempiternel affrontement final. Je dois cependant confesser n’avoir jamais rien ressenti pour cette Carol Danvers, et j’ai bien conscience que c’est parfaitement subjectif, surtout quand je lis d’autres avis de spectateurs fortement identifiés à l’héroïne. Peut-être le fait que les réponses lui tombent dessus sans qu’elle les cherche a-t-il joué ou, comme on le disait, la juxtaposition très artificielle de son caractère brisé et de la guerrière abusivement sûre d’elle, ou de l’humaine qui aime rire et plaisanter et de la soldate absolument dénuée d’émotions, paradoxe qui ne m’est pas apparu comme construisant un personnage complexe mais comme une facilité d’écriture selon les besoins du scénario. Il faut dire que ceux-ci se font lourdement ressentir, par exemple dans les vies que Captain Marvel décide d’ôter. Il lui arrive parfois de massacrer allègrement ses ennemis, et parfois (quand ceux-ci sont davantage personnalisés), de se contenter de timides coups de poings sans véritable effet ou de menaces, dans une retenue qui expose civils et alliés, et qui est bien commode pour des bagarres sans enjeu de dix minutes qui pourraient être achevées en une.

L’identification est ordinairement favorisée par les relations entretenues par le héros avec son entourage. Et dans Captain Marvel, les pistes abondent : dès le début, on nous met sur la voie d’un lien fort entre Carol et une femme mystérieuse qui lui apparaît dans ses souvenirs (Annette Bening), ou entre Carol et son mentor Yon-Rogg (Jude Law). Plusieurs scènes et indices font comprendre que les scénaristes croient sincèrement avoir établi quelque chose d’émotionnellement fort, bien à tort, absolument aucun courant ne passe quand l’émotion devrait être à son comble. Si je regrette la sous-exploitation dramatique de Jude Law, le cas de Maria Rambeau (Lashana Lynch) est le plus emblématique quand on ne veut pas spoiler : on nous bombarde d’images pour donner l’impression de la plus grande des amitiés entre elle et Carol, mais comment pourrait-on y croire quand après leurs retrouvailles on se concentre plutôt sur la fille de Maria, celle qui est justement là pour que les petites filles s’identifient à son admiration pour Marvel, et que c’est justement cette dernière qui demande à sa grande amie de l’accompagner dans une mission suicide où elle n’aurait aucune utilité ?

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Reste Nick Fury, le compagnon accidentel et faire-valoir comique de ce buddy movie. En soi, l’idée est assez bonne, on sait déjà à quel point le personnage est sérieux et compétent, le montrer complètement dépassé par sa découverte d’une existence extra-terrestre est amusant et permet à Samuel L. Jackson d’accumuler les plaisantes plaisanteries – au risque de trop en faire et de le décrédibiliser sur certains points. De plus, il sert de liant avec le reste de la saga, et si son apparition tient évidemment du fan service, c’est un fan service tout à fait acceptable, peut-être trop léger compte tenu de la gravité des dangers, mais on n’est plus à ça près chez Marvel. De même, on sait que l’omniprésence d’un chat veut flatter l’amour de la race humaine du XXIe siècle pour ses seigneurs félins et multiplier les memes, c’est un peu poussif mais dans l’ensemble assez amusant. Seulement, ils ne sont pas les seuls éléments de fan service de Captain Marvel, et c’est là que le bât blesse. Tout d’abord le film a lieu dans les années 1990, et compte bien jouer sur la nostalgie que l’on peut avoir de ces temps un peu ridicules, avec pas moins de deux blagues sur l’évolution de l’informatique, une longue allusion à Happy Days, et une autre appuyée à True Lies (d’où l’on évince Schwarzenegger au profit de Jamie Lee Curtis), une mention du Prince de Bel-Air, un magasin Blockbuster à côté d’un RadioShack, des bornes d’arcade à tous les coins de rue, de bar et de vaisseau spatial… Je n’étais pas encore immergé dans la culture consumériste de mon temps en 1995, et ne saurais donc pas juger de la pertinence de ces références et de leur capacité à faire vibrer la fibre nostalgique de spectateurs un peu plus âgés, cependant cet appel à la nostalgie m’a paru mené très lourdement, bien moins habilement que celui des Gardiens de la Galaxie. Au fond, ces références sont tellement superficielles que c’est à se demander si Marvel n’a pas demandé une révision du script déjà achevé juste pour l’en saupoudrer, sans que cela touche jamais l’intrigue principale. Et ceux qui reprochaient à Solo (qui traitait mieux la relation complexe héros-mentor) sa tendance à la surexplicitation en seront pour leurs frais : vous serez ravis d’apprendre que Captain Marvel porte ce nom (plutôt que celui de Mar-Vell) grâce à « Please Mr. Postman » des Marvelettes. Vous saurez aussi comment le SHIELD a mis la main sur le Tesseract, pourquoi pas. Et pourquoi Fury porte un cache-œil. Et pourquoi les Avengers s’appellent ainsi. Et même pourquoi Fury veut créer les Avengers… En somme, Carol est l’alpha et l’oméga du MCU, une proposition risquée – elle peut nuire à l’importance des autres membres de l’équipe – et qui peut sembler d’autant plus excessive que le film est loin d’être inoubliable.

On sait Marvel très friand de faiseurs, de réalisateurs sachant utiliser une caméra et à peu près diriger une équipe réduite, qu’un studio multi-milliardaire peut donc facilement et complètement plier à ses désirs. Le duo Ryan Fleck – Anna Boden s’inscrit entièrement dans cette logique. Il ne s’agit pas de remettre en cause la qualité de leurs précédentes réalisations (Half Nelson avec Ryan Gosling, Mississipi Grind déjà avec le génial Ben Mendelsohn), enfin on se doute bien qu’ils ne sont pas passés d’humbles drames humains à 8 millions de dollars (leur plus cher avant Captain Marvel) à un blockbuster au budget estimé de 150 millions (plus le marketing monstrueux) sans promesse d’être épaulés et guidés par ce qu’il faut de supervision. Seulement 150 millions, pourraient tiquer les fans de méga-productions à 250 millions ? Alors qu’il y a tant de lasers, de galaxies lointaines, d’extra-terrestres, de vaisseaux… ? Le studio est en effet parvenu à faire des économies en limitant autant que possible les effets spéciaux pour un film que le scénario peut rendre plus terre-à-terre que spatial. On nous présente deux planètes lointaines ? De l’une on verra un défilé rocheux baigné d’une brume de sable, de l’autre une mégalopole une petite seconde, vite ramenée à l’échelle d’un métro et d’intérieurs de SF plus faciles à créer. Les Skrulls vous paraissent impressionnants ? Les autres extra-terrestres sont des humains avec de la peinture bleue sur la peau, et encore, même pas tous (Jude Law, Djimon Hounsou), et le maquillage de Ronan l’Accusateur ne m’avait pas paru aussi cheap dans les Gardiens. Par ailleurs, Captain Marvel est peut-être le film du MCU qui déploie l’imagerie la plus… moyenne. À part la jolie arrivée des Skrulls sur une plate états-unienne, que vous avez dû remarquer dans la bande-annonce, rien ne flatte jamais la rétine, ni un éclairage, ni un mouvement de caméra un peu ample. Tout est photographié et monté avec la banalité d’un film de commande tourné rapidement sur lequel on n’a pas le temps, les moyens et la motivation de s’investir plus que cela. Même Thor 2 avait quelques images fortes, et même Iron Man 2 avait des combats moins mous. Ici, on ne sent aucun impact, on n’admire aucune chorégraphie, ça valdingue juste arbitrairement dans tous les sens, et il est vraiment frappant que les réalisateurs osent la référence appuyée à The French Connection et à sa mythique course-poursuite entre un métro aérien et une voiture… Jusqu’à la scène de bagarre sur un train en mouvement la moins inventive que j’aie jamais vue, sincèrement.

Tout cela avec quelques musiques pas du tout inspirées pour tenter de rendre ça artificiellement classe quand rien à l’écran ne l’est. Le mauvais usage de la bande-son mérite d’ailleurs une mention spéciale, les non originales étant souvent placées à des moments où on ne les attendrait pas vraiment, et interrompues beaucoup trop vite, comme si elles devaient simplement meubler une scène qui sans cela aurait été trop ennuyeuse, et les originales de l’inconnu Pinar Toprak parfaitement communes, le genre de choses que Giacchino compose les mauvais jours (qui sont nombreux), avec cette affreuse propension à abuser des violons pour tenter de suppléer à l’absence d’émotion du film. En fait on comprend qu’une scène est supposée être triste parce qu’on comprend que la musique est supposée l’être.

Malgré toutes ces déceptions, Captain Marvel a nourri deux espoirs, deux idées qui me semblaient prometteuses et dont j’avais hâte d’assister au déploiement. La première, c’est l’intrigue centrale autour de la guerre entre Krees et Skrulls, naturellement passionnante du fait de la capacité de ces derniers à prendre la forme de leur choix. On peut ne pas aimer le degré auquel cela a été exploité dans les comics Marvel, il n’empêche qu’inspirer au cours du film la paranoïa sur l’identité réelle des personnages à l’écran avait quelque chose de séduisant. On est d’autant plus choqué que les Skrulls meurent comme rien, même d’un petit accident de la route, ce qui n’en fait pas des adversaires très redoutables, ou que le premier personnage dont on se dit avec malice « tiens, c’est probablement un Skrull » dévoile aussitôt son identité en se lamentant sur le cadavre d’un ami. On ne dévoilera pas la suite, qui propose un traitement finalement assez original de la lutte, que l’on peut une seconde croire assez subtil si l’on accorde encore du crédit à un film si rarement capable de finesse, dans ses situations au mieux correctes ou ses dialogues souvent affligeants. En fait de subtilité, Captain Marvel gagne simplement en manichéisme au fur et à mesure que les minutes passent, alors que l’on commençait à croire le studio revenu de ses « grands méchants » de jadis, et tout cela en donnant quelque part la sensation de sacrifier tout ce que l’on aurait pu attendre des Skrulls à l’avenir au profit d’une œuvre avant tout anti-Trump… La deuxième idée que je voulais voir davantage traitée était celle de la société apparemment collectiviste Kree. Carol est ainsi dès le début formée par Yon-Rogg, qui lui apprend à se détacher de ses émotions pour faire passer le Tout avant soi, et qui appelle « mourir » « rejoindre le collectif ». Aurait-on trouvé l’équivalent Marvel des Vulcains ? Du coup, je ne sais pas comment interpréter la prise d’indépendance de Carol (qui épouse sans surprise ses émotions et son humanité). Comme un éloge de l’individualisme libéral à l’états-unienne contre la rationalité communiste ? Ou juste comme une évolution ne se prêtant à aucune explication, après tout, les Krees ne semblent jamais appliquer les préceptes supposés guider leur action, soit qu’ils ne soient décidément pas très disciplinés, soit que ces prétextes soient mensongers, soit que les scénaristes n’aient su que faire de cet élément de background, classieux mais encombrant.

Curieusement, je n’ai pas détesté Captain Marvel. Disney a atteint un tel niveau de compétence que leurs films les plus négligés, plats et banals savent rester dans une honnête moyenne, et celui-ci comme d’autres se regarde de bout en bout sans ennui et sans vrai déplaisir. Par ailleurs, je conçois volontiers que le cadre des années 1990 en touche d’autres plus que moi, ou que le MCU manque à ce point de super-figures féminines que beaucoup seraient prêts à se jeter sur la première venue à avoir son film (et en l’occurrence la seule à ce jour). Après tout, à force de s’entendre dire et répéter « comme elle est classe », « comme elle est forte », « comme elle est cool », il est aisé de se laisser séduire par le personnage et le moment qui nous est offert. Je ne livre donc pas cette critique sévère pour massacrer le film, seulement pour tenter d’expliquer en détail pourquoi je n’y ai personnellement pas été sensible, pourquoi je n’ai pas trouvé à ses deux heures l’agrément minimal attendu d’un blockbuster contemporain, pourquoi il s’agit à mes yeux du Marvel le plus moyen (peut-être le moins sincère) jamais réalisé, pourquoi je déplore profondément qu’il s’apprête à rivaliser avec les chiffres de Wonder Woman comme s’il s’agissait d’un succès féministe, alors que beaucoup ne vont sans doute le voir que parce qu’il est présenté comme un indispensable pour comprendre Endgame (spoiler : ce n’est pas le cas).

Si vous avez eu la patience de lire ce long développement jusqu’à la fin, j’espère donc de tout cœur que vous aurez celle de répondre à au moins un des points que je soulève pour m’expliquer votre désaccord !

L’avis de Sonia D 

Disons le tout de suite, je suis loin d’être une grande critique de cinéma, j’en connais peu le vocabulaire et j’offrirai donc ici une analyse plutôt sur le contenu que sur la technique et la réalisation. Par ailleurs, j’aime à préciser que, lorsque je vais au cinéma voir un film de super-héros, je sais par ailleurs que je vais voir un film à grand spectacle et un divertissement, je n’ai donc pas les mêmes exigences que pour un film d’auteur. Cela paraît évident mais cela va mieux en le disant tant on plaque sur ce type de films des analyses qui, à mon sens, n’ont guère de raison d’être.

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Bref, j’ai aimé Captain Marvel pour de très nombreuses raisons, la première étant mon affection pour le personnage de Carol Danvers qui, comme de nombreuses super-héroïnes de chez Marvel, a pas mal morflé depuis des décennies dans les pages de nos comics. Que Carol Danvers soit la tête d’affiche d’un film du MCU était donc pour moi une très bonne nouvelle. Brie Larson incarne plutôt bien ce personnage et n’en fait pas trop tout en restant crédible. On lui a beaucoup reproché de ne jamais sourire ce qui a eu le don de profondément m’énerver… d’une part, on ne reproche pas à Captain America de faire tout le temps la gueule ou à Thor de se la péter mais là, évidemment, une femme qui ne sourit pas, mince, c’est pas normal, comme si c’était un devoir de sourire tout le temps, pire, une injonction sociale. Mais sérieusement, elle vit sur Hala au milieu d’un peuple semi fasciste qui passe son existence à se bastonner avec la moitié de l’univers, elle ne sait plus qui elle est et, quand elle le découvre, elle se rend compte que sa vie passée est loin d’être rose. Et Black Panther, il ne fait pas toujours la tronche lui non plus ? Mais là, c’est normal, c’est un homme et c’est un roi, il n’est pas là pour plaisanter. Brie Larson incarne aussi bien la guerrière intrépide que la terrienne pleine de doutes et je trouve sa prestation plutôt juste.

L’opposition Kree / Skrulls est traitée de manière assez originale et permet de se rappeler qu’il faut éviter de juger selon les apparences et que ce n’est pas parce que tu es vert avec un menton tout ridé que tu es forcément plus mauvais qu’un Kree svelte et beau gosse. Certes, la morale est facile mais on a tellement l’habitude de voir des skrulls plus retors les uns que les autres dans les pages des comics que ce point de vue est une jolie bouffée d’air frais. La volonté d’hégémonie des Krees rappelle le communisme à Thomas, j’y vois également, pour ma part, une allégorie d’un monde fasciste et totalitaire qui ne révère que la force et ne vit que pour exterminer ce qui lui paraît différent ou inférieur mais ce sont, après tout, deux faces d’un même mal. On peut aussi y voir une forme de théocratie dans laquelle il faut oublier son identité propre et se noyer dans un collectif sans âme au profit d’une entité suprême qui rappelle la divinité monothéiste quel que soit le nom qu’elle porte. La seule différence avec une religion monothéiste telle que nous la connaissons est que l’Intelligence Suprême prend l’aspect de ce à quoi on tient et laisse donc un peu de liberté dans l’interprétation qu’elle offre à chacun.

Faut-il vraiment se positionner sur le fait que Captain Marvel soit un film féministe ? Si on considère qu’il met – enfin – en avant un personnage féminin comme élément principal de l’histoire et qu’il permet de réfléchir sur la condition féminine et les blocages auxquels les femmes font face dans leur carrière et leur existence, alors oui, on peut le qualifier de film féministe. Dès le début, on voit la relation entre Yon-Rogg et Vers comme celle d’un mentor et de son élève mais également comme celle du dominant et du dominé. C’est uniquement quand Carol se libère des chaînes avec lesquelles la société kree l’a entravée qu’elle réalise tout son potentiel. Elle n’écoute plus les arguments de ceux qui la maintiennent dans sa condition de subalterne et devient enfin celle qu’elle devait être : une héroïne surpuissante, capable de faire plier les Accusateurs à elle seule et d’empêcher le pire. Il suffit parfois qu’un seul individu se lève pour éviter un drame et c’est le cas avec Captain Marvel.

Les flash-back, parfois un peu longs, permettent de rappeler les obstacles que la jeune femme a dû affronter dès son enfance en surmontant le mépris de ses parents, de ses camarades puis de ses instructeurs à l’armée pour devenir enfin pilote de chasse, à l’égal de ses camarades masculins. Carol ayant eu pour modèle le docteur Lawson devient elle-même celui de la jeune et pétillante Monica à laquelle elle passe le flambeau. Le plus beau est de savoir que de nombreuses petites filles pourront s’identifier à Carol en sortant du cinéma et pouvoir ainsi s’appuyer sur un modèle de femme forte et invincible qui les changera un peu des princesses soupirant devant leur éternel chevalier. Le film n’en fait pas non plus des tonnes et le sous-texte féministe est plutôt bien amené sans être artificiellement plaqué sur le récit. N’oublions pas quand même d’où vient le personnage de Carol Danvers, qui revendiquait haut et fort son féminisme dans les comics, rien d’étonnant donc à ce que le film y fasse discrètement référence. Mais, si l’on y réfléchit, le traitement de Captain Marvel n’est pas très différent de celui d’un Captain America, la seule variante étant qu’une femme se trouve sous le costume.

Le duo formé avec Nick Fury fonctionne à merveille, Samuel L. Jackson jouant parfaitement les seconds rôles. L’origin story de Captain Marvel devient aussi celle de Fury, les deux personnages grandissant ensemble en s’appuyant l’un sur l’autre. J’ai évidemment apprécié la scène se déroulant au cœur des archives avec des dépôts parfaitement agencés et relativement réalistes loin des clichés habituels du métier. Carol Danvers n’étouffe pas les personnages secondaires et les met, au contraire, bien en avant, chacun s’apportant quelque chose sans faire de l’ombre aux autres. Jude Law fait un Yon-Rogg assez crédible avec son air méprisant et condescendant et je ne suis pas mécontente que Carol lui mette une bonne pâtée. On retrouve un Coulson pataud et inexpérimenté qui tranche avec le grand professionnel qu’on connaissait jusque là. Cette origin story est bienvenue et permet aux fans d’en espérer d’autres, évitant ainsi une fuite en avant incessante et permettant d’explorer plusieurs époques. Je le souhaite en tous les cas !

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Les références aux différentes incarnations de Captain Marvel sont bien amenées, même si le docteur Lawson est devenue une femme ce qui fera sûrement pleurer dans quelques chaumières. On a donc ainsi une lignée féminine de Mar-Vell à Monica Rambeau en passant par Carol Danvers qui fait le trait d’union entre toutes ces figures féminines qui forment ainsi de manière symbolique les trois âges de la vie. L’apparition furtive de Kelly Sue Deconnick rend hommage aux autrices avec subtilité. On ne peut évidemment pas ne pas parler de l’hommage discret mais présent à Stan Lee qui fait aussi un caméo où il lit le scénario de Mallrats, le film de Kevin Smith dans lequel il faisait une apparition en 1995. Les nostalgiques de la période apprécieront sans doute le voyage dans les années 1990 qu’il soit esthétique ou musical, ce n’est pas forcément ma période favorite mais l’ambiance générale est plutôt respectée notamment avec la bande son, les amateurs de cette époque seront ravis et j’ai retrouvé avec nostalgie les bornes d’arcade de mon adolescence et avec sourire la lenteur des téléchargements des ordinateurs de l’époque. J’allais oublier de parler de Goose, le… chat que d’aucuns trouveront inutile et très « disney » mais personnellement, il m’a fait rire quand il le devait et a donc rempli son office – oui, je suis bon public et j’assume.

En conclusion, on peut toujours trouver le même type de défaut aux films du MCU : le formatage scénaristique, l’humour parfois un peu forcé, le côté épique qui en met plein les yeux mais ce qui a marché avec moi sur les films précédents a également parfaitement fonctionné avec Captain Marvel. J’ai toujours rêvé quand j’étais gosse de voir mes héros au cinéma, je refuse donc de m’en lasser et de faire la fine bouche quand l’occasion se produit de voyager sur Hala et de voir évoluer une Carol Danvers au meilleur de sa forme. C’est un film que je reverrai avec plaisir comme c’est le cas avec la plupart des films du MCU et j’attends le prochain comme j’attendais mes comics chez le buraliste quand j’étais gosse : avec impatience.

 

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