[review] Intégrale Captain Marvel 1967-1969

Alors que sort sur les écrans le film consacré au personnage éponyme, Panini Comics sort une intégrale des premières aventures de Captain Marvel alors qu’il était encore un guerrier Kree du nom de Mar-Vell. C’est la première fois que je lis ces épisodes même si je connaissais le personnage grâce au travail de Jim Starlin et de quelques lectures dans les titres Lug, il y a longtemps. Mon amour pour les comics vintage m’a donc poussé à acheter ce titre et à redécouvrir ce personnage.

Un résumé pour la route

Captain_Marvel_1Captain Marvel intégrale 1967-1969 reprend les récits parus dans Marvel Super-Heroes #12 et 13 ainsi que les numéros #1 à 12 de Captain Marvel. C’est Stan Lee et Gene Colan qui donnent vie au guerrier Kree mais dès le deuxième épisode, Stan Lee cède la place à Roy Thomas au scénario auquel succède Arnold Drake. Au dessin, on retrouve Gene Colan pour les six premiers épisodes. Ce dernier cède sa place à Don Heck puis Dick Ayers. On retrouve aussi plusieurs encreurs dont le grand Vince Colletta.

Mar-Vell est un capitaine de l’armée Kree envoyé sur Terre comme espion par le colonel Yon-Rogg. Il doit observer les humains avant d’envisager leur éradication. Le colonel Yon-Rogg espère que Mar-Vell échouera dans sa mission car ils sont tous les deux amoureux de la même femme, le docteur Una. C’est donc dans un milieu très hostile que Mar-Vell évolue et tente d’assurer au mieux sa mission. Pourtant, le capitaine Kree va peu à peu s’attacher aux Terriens, ce qui complique encore sa tâche !

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

En 1967, l’âge d’or de la Science-fiction est déjà derrière nous mais il a laissé un héritage bien vivant et bien exploité dans le monde des comics. L’arrivée dans l’orbite de la Terre d’un vaisseau extra-terrestre n’a donc rien d’exceptionnel dans un titre de cette époque. Stan Lee et Gene Colan mettent en avant la race des Krees, des extra-terrestres humanoïdes scientifiques hors pair et guerriers farouches, un peuple rationnel au sang plutôt froid en apparence qui prend la Terre pour un terrain d’expériences scientifiques. Dès les premières pages, un trio amoureux assez classique apparaît : deux hommes : le colonel Yon-Rogg et son subordonné le capitaine Mar-Vell et la femme pour laquelle ils se battent : le docteur Una, une histoire vieille comme le monde qui rappelle notamment l’amour ravageur du roi David qui envoie à la mort Urie pour lui prendre son épouse Bethsabée. Les crispations incessantes entre le colonel et Mar-Vell sous-tendent tout le récit et y instillent une bonne dose de tension. Au delà des aventures de Mar-Vell sur Terre, c’est cette relation entre les trois personnages qui fait le sel de ce récit avec un dénouement dramatique qui aura des conséquences indélébiles sur l’état d’esprit du capitaine Kree. Yon-Rogg représente le militaire corrompu par la jalousie, qui passe ses préoccupations personnelles au premier rang tandis que Mar-Vell représente l’homme de devoir, qui fait passer sa mission avant son bien-être.

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Pour mener à bien sa mission d’infiltration de la planète Terre, Mar-Vell doit se fondre parmi les Humains. La thématique est d’actualité puisque, en 1967, sort la série télévisée Les Envahisseurs dans laquelle le fameux David Vincent est témoin de l’arrivée d’extra-terrestres prenant l’apparence des humains. Mar-Vell prend donc l’identité d’un chercheur, le docteur Walter Lawson, spécialiste des systèmes de guidage de missiles. C’est donc sous le nom de Walter Lawson qu’il fait la connaissance de la chef de la sécurité de la base militaire : la belle et tenace Carol Danvers ! C’est donc très vite qu’apparaît dans le récit celle qui, de nos jours, porte le nom de Captain Marvel. Carol est loin d’être une femme effacée, on lui reconnaît une grande compétence et elle ne se laisse pas berner par l’étrange attitude du docteur Lawson. N’oublions pas qu’on est en pleine période de lutte pour les droits des femmes – en 1966, Betty Friedman vient de créer le mouvement Now – et que les femmes fortes peuplent désormais les pages des comics. Carol Danvers est aussi le pendant du docteur Una, cette dernière représentant la femme certes scientifique mais obéissante et dévouée. Le caractère bien trempé de Carol n’empêche pas de voir naître une romance entre elle et Mar-Vell (qui a décidé d’américaniser son nom en Marvel, passons… )

Les sujets abordés sont notamment l’Intelligence artificielle avec l’apparition de nombreux robots surpuissants et insensibles à la pitié. Dans les années 1960, on est en pleine expansion de la recherche sur le sujet grâce aux financements importants du département de la Défense tandis qu’Isaac Asimov publie son cycle sur les Robots. Il n’est donc pas étonnant de voir notre Kree lutter contre une Sentinelle – un robot sans cervelle comme elle se définit elle-même – mais aussi contre l’immonde Quasimodo, l’ordinateur vivant. Marvel rencontre aussi un robot assassin né du cerveau du Numéro Un d’une organisation criminelle puis dans une dernière aventure, le terrible « Homme Tueur » dont on ne sait pas, en fin de volume, qui l’a créé. Aux côtés de ces êtres robotiques, Marvel doit également faire face aux conséquences d’une science parfois sans conscience. Il doit lutter contre le Métazoïde, un homme transformé en monstre par des expérimentations hasardeuses des Soviétiques ou affronter Solam, une créature photo-cinétique, une énergie convertie en masse vivante et violente.

Si le danger est bien souvent le fruit des expérimentations mal maîtrisées des savants et ingénieurs humains, Marvel doit également affronter d’autres espèces extra-terrestres. C’est ainsi qu’apparaît le Super-Skrull, représentant féroce des ennemis de toujours des guerriers Kree. Marvel doit ensuite affronter les Aakon, autres ennemis récurrents des Kree. Cette rencontre aura des conséquences terribles pour Marvel et ses proches et provoquera in fine une mutation profonde du héros Kree. Dans un autre ordre d’idée, Marvel aura également affaire au Prince des Mers dans un combat dantesque.

Captain_Marvel_2Si cette intégrale met Marvel aux prises avec un bon panel d’adversaires reprenant les préoccupations de l’époque à laquelle écrivent Stan Lee, Roy Thomas et Arnold Drake, les scénaristes se penchent également sur la psychologie de leurs personnages. Ils montrent l’évolution du capitaine Kree qui s’attache peu à peu à l’espèce humaine jusqu’à passer pour un renégat aux yeux de son peuple et être mis en accusation par le terrible Ronan. Avec ces épisodes, on est loin d’une happy end : Marvel fait souffrir celle qui l’aime en se rapprochant de Carol Danvers. Una se sacrifie malgré tout pour son amour provoquant la révolte d’un Marvel désormais écrasé de chagrin et perdant le goût de la vie. Arnold Drake décrit fort bien les étapes du deuil auquel est confronté Marvel et la manière dont cela transforme le personnage en profondeur : l’esprit de vengeance a désormais envahi totalement notre héros et, à la fin du volume, on a affaire à un personnage plus froid et plus déterminé à détruire celui à qui il doit tous ses malheurs. Marvel est donc un personnage finalement très humain qui ne peut pas dépasser sa douleur personnelle et n’est mu que par un terrible sentiment de haine.

Graphiquement, je me suis vraiment régalée avec le style puissant de Gene Colan qui utilise avec brio les pleines pages afin de mettre en valeur l’action et le corps de ses personnages. Les batailles nous permettent d’admirer des individus virevoltants et on ressent particulièrement bien le mouvement. Malgré une mise en page classique, on est loin d’un univers statique. J’ai particulièrement apprécié la pleine page dans laquelle Marvel cogne sur Namor qui représente très bien cette notion de surpuissance associée à une grande élégance. Ses personnages sont expressifs et Carol Danvers a une classe folle. Don Heck reprend le flambeau avec habileté instillant son propre style tout en conservant ce qui a fait la force des épisodes précédents. Il reste un degré en dessous de Gene Colan sans que la passation entre les deux soit catastrophique. Son style s’affine peu à peu et Don Heck finit par plutôt bien sentir ses personnages jusqu’à ce qu’il cède la place à Dick Ayers qui est, à mon sens, un niveau en dessous avec des personnages plus statiques et aux expressions plus rigides.

Alors, convaincus ?

L’intégrale Captain Marvel 1967-1969 est un joli voyage dans le temps et rappelle avec bonheur les origines de ce personnage. Nous voyageons dans les problématiques des années 1960 et faisons connaissance avec le capitaine Kree au destin funeste et avec celle qui lui succédera et qui n’est alors que la chef de la sécurité d’une base militaire : Carol Danvers. Nous avons donc réunies dans un même volume les origines de ces deux personnages qui, chacun à leur manière, marquent l’histoire de Marvel comics. Il faut évidemment apprécier les dessinateurs de cette époque qui peuvent éventuellement rebuter des nouveaux lecteurs. Mais, pour les amateurs des comics de cette période, ce Captain Marvel est réellement bienvenu.

Sonia D.

 

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