[review] Bloodshot Salvation tome 2

Après l’intégrale et le premier tome, j’ai continué à suivre une des séries phares de Valiant avec le deuxième tome de Bloodshot Salvation qui marque également la fin de ce long run de Jeff Lemire.

Un résumé pour la route

Bloodshot_Salvation_2_1Ce volume regroupe les épisodes six à douze de la série Bloodshot Salvation plus quelques épisodes inédits. Ces sept épisodes ainsi que les quatre épisodes bonus sont tous écrits par Jeff Lemire (Descender, Animal Man). Les dessinateurs sont Renato Guedes (X-O Manowar), Doug Braithwaite (Imperium, X-O Manowar) et Juan José Ryp (Britannia) et il faut à nouveau saluer l’édition de Bliss qui propose un sommaire précisant toujours l’ensemble des équipes créatives. Panini devrait prendre exemple. Ces épisodes sont publiés entre février et août 2018 par Valiant entertainment et en France en janvier 2019 par Bliss comics.

Ray Garrisson a été transformé par le Projet Rising Spirit en une machine humaine de guerre en utilisant des nanites. Son corps se reconstitue à la moindre blessure et il a également été doté d’une force et de sens aiguisés. Dans le tome précédent, le lecteur suit deux lignes temporelles. Dans le présent, Ray a vu sa vie calme de nouveau père de famille avec Magic se désagréger. Ray part à la recherche du père de Magic qui menace sa famille alors que son bébé est contaminé par les nanites. Dans le futur, Ray ayant disparu, sa femme et sa fille enfant sont menacées par Rampage.

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L’opposant principal est OMEN – un conglomérat privé et public qui pense que le monde est en déclin. Ils ont créé Rampage – un Bloodshot au négatif – pour le sauver. De plus, dès le début, la tension monte. On se demande comment Ray va sauver sa fille Jessie contaminée par les nanites. Il combat pour sauver sa famille dans les deux lignes temporelles comme souvent chez Lemire. Dans le futur, Rampage a capturé Jessie pendant que, dans le présent, Magic, Ninjak et Bloodshot se retrouvent à l’hôpital du G.A.T.E. pour tenter de sauver son bébé. Les médecins sont dépassés mais Ninjak propose une solution désespérée : aller dans le monde des morts. Bloodshot y accepte le marché proposé par le Baron Samedi – tuer quelqu’un contre la vie de sa fille. Comme tous les dieux vaudous, Samedi tient sa promesse tout en la trahissant. Jessie revient dans le monde des vivants mais elle a brusquement vieilli. Elle ne sait pas pourquoi elle a grandi. Déjà âgée d’une dizaine d’années, on se rend alors compte que c’est la Jessie du futur. Elle peut tout lire et, comme LiveWire, elle se connecte mentalement à internet – Le grand tout.

La victime désignée par Samedi est un futur opposant du baron mais il n’est encore qu’un père de famille. Les armes font très science-fiction des années cinquante. De manière assez classique, Ray rencontre son moi du futur alors que dans le présent, les anciens Bloodshot viennent sauver la plus jeune. Bloodshot du futur n’arrive pas à le voir si froid alors que Ray assume sa nature profonde – « On est des tueurs. C’est ce que l’on a toujours été et ce qu’on sera toujours. » J’ai trouvé le dénouement moralement douteux. Avant que je comprenne, j’ai trouvé le design du futur Bloodshot assez laid – un trou à la place du cercle rouge et le corps tout rouge sauf la tête blanche. Dans le récit 4001AD en fin de volume, on comprend que Ray est mort mais les nanites ont été recueillies et exposées dans un musée. Lors de la chute de néo-Tokyo, elles se sont réveillées et ont voulu créer un nouveau corps mais un incident a permis de former simplement la tête. Ce Bloodshot veut accomplir sa dernière mission que l’on découvre à la dernière page – enterrer le corps de Ray là où il a été le plus heureux.

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La famille est le seul rempart sûr. Pour Lemire, on ne peut jamais faire confiance à l’entreprise ou à l’État mais seulement à la famille. Comme dans le premier volume, on retrouve le thème du héros. Est-il celui qui va lutter à l’extérieur – Ray part tuer le père de Magic – ou celui qui reste pour sauver son enfant ? Ray était perdu mentalement dans les arcs précédents et ici dans le temps. Impuissant en tant que Ray, il se sent invincible comme Bloodshot mais ce sentiment de puissance ressemble à une addiction. Il n’arrive pas à dépasser son traumatisme et recherche toujours une raison de se venger. Il se considère comme supérieur, part seul dans le monde des morts et empêche Magic d’y aller. Son épouse reproche à Bloodshot son départ. Elle est plus une héroïne car elle a su dépasser son traumatisme familial et avait une vie qui lui convenait. Magic et Jessie doivent fuir car le service du GATE est obligé de livrer les nanites au Projet Rising Spirit. Dans le dernier épisode, Jessie fait de plus en plus peur. Elle pirate le projet Omen héritier du Rising Spirit et se libère. Cet enfant sombre m’a fait penser à la fille d’Animal Man de Lemire.

Toutes ces aventures sont racontées en voix off et en flashback. On a donc au départ l’impression de suivre trois lignes temporelles – le passé récent, le présent en voix off et le futur. Dans l’épisode dix, les deux lignes temporelles se rejoignent et on réalise que ce n’était une différence que de quelques semaines. Cela explique pourquoi Magic n’a pas vieilli. Dans les derniers épisodes, on revient sur les événements du « futur ». On voit ce qui se passe du côté de Bloodshot quand Punk Mambo l’a contacté. En reprenant les cases du début de l’arc, on comprend que Bloodshot n’a pas abandonné sa famille mais qu’il était seulement dans le futur.

Ce volume marque la fin d’une saga entamée il y a six volumes. Pour Bloodshot, le monde n’est que souffrance et violence en fin d’arc. Seule la famille et le regard d’un enfant valent de se damner. Lemire est aussi négatif que Remender. Dans le futur, tout semble aboutir à un désastre et Ray se reproche tout.

Lemire ose tout. Tout l’épisode sept est en noir avec juste les dialogue – comme dans TNT en Amérique où Jochen Gerner avait noirci les cases d’Hergé. On a parfois des flashs de brouillard numérique. Cette audace est seulement possible chez Valiant. J’ai été bluffé par cet épisode car, en plus, ce choix est lié à l’histoire. Dans le monde des morts, les nanites sont en panne. Bloodshot doit se baser sur les autres sens. Le texte est très prenant car l’esprit crée les monstres – on sent le sol en os, les bêtes sortent de ses pieds, il perd sa fille. Bloodshot retrouve la vue dans l’épisode suivant pour combattre des monstres qui l’entourent.

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Dans cet épisode, Bloodhound devient un chien guide d’aveugle. Contrairement à Pluto pour Superman, le chien de Bloodshot n’est pas anecdotique. L’épisode neuf raconte même les origines du chien. Cet épisode est très bien vu même s’il coupe le récit. Tout commence par l’image frappante de deux cadavres fossilisés de soldats anglais dans la Somme en 1916 avec des rats dans la bouche ouverte. Des chiens de combats sont créés par le docteur Henry Fullbright pour terminer la guerre plus vite. On retrouve des thèmes souvent utilisés pour la Première Guerre mondiale – l’absurdité de la guerre, l’inutilité de victoires, les morts inutiles. Plus neuf, un général regrette le passage d’une armée humaine à une armée scientifique froide. Les paroles de ce gradé mettent bien ces idées en avant – « Réussite et raison n’ont rien à faire ici. C’est juste un abattoir à ciel ouvert. On participe à la guerre ultime. Celle qui mettra fin à toutes les autres. » En fin d’épisode, on se rend compte avec surprise que tout vient d’un rêve du chien. En 4002, son chien lui parle car son corps a été pris par un esprit serviteur du Baron Samedi. Ce Bloodhound est très drôle par ses sarcasmes – à Bloodshot « Samedi ne t’a pas choisi pour ton intelligence ».

Alors que dans le premier volume, il y avait deux dessinateurs correspondant aux deux lignes temporelles, malgré la présence de de grands artistes, j’ai trouvé qu’il y avait un peu trop de changements dans ce tome. Dans l’épisode six, on retrouve Renato Guedes croisé dans X-O Manowar. J’aime son style hyperréaliste dans les visages et les corps tout en laissant les décours et la colorisation dans le flou. Tout est peint à l’aquarelle. C’est beau mais dans cette série d’action cela donne un effet un peu trop déteint. Dans le monde exotique des morts, Renato Guedes est l’artiste parfait. Dans ces mondes différents, il change son style – plus flou dans le monde des morts et plus réaliste dans le futur – j’ai pensé à Alex Ross. Guedes réalise lui-même l’encrage et change selon l’épisode. Dans l’épisode neuf, l’encrage plus fin et la colorisation numérique renforcent le réalisme. Il a de brillantes idées visuelles comme ces taches d’aquarelle rouge pour des taches de sang. A partir de l’épisode dix, Doug Braithwaite le remplace. J’ai été moins touché. Les visages et les paysages sont bien rendus mais le dessin est plat et beaucoup de lignes me semblent inutiles. Un encreur serait peut-être utile. Dans les derniers épisodes, les couleurs m’ont semblé un peu ternes – on ne distingue pas les gris de Rampage. Cependant, les meurtres faits par Jessie font l’objet d’une double page impressionnante avec le chef d’OMEN qui fixe le lecteur d’un regard incrédule.

Bliss nous gratifie comme toujours de plusieurs bonus mais cette fois-ci ce ne sont pas des illustrations mais des épisodes entiers. En plus de 4001AD, Book of Death est une série de one-shot qui imagine la fin des différents héros de Valiant par la même équipe artistique que la fin de l’arc. Le début est assez improbable – Bloodshot devenu un pirate avec Armstrong. Ce récit en voix off de science-fiction est sympathique mais il n’apporte rien au récit. On retrouve en fin un court récit du Free Comic Book Day et l’ensemble des couvertures alternatives.

Alors, convaincus ?

Blodshot Salvation m’a frappé par le scénario brillant avec les deux lignes temporelles tout au long de l’arc qui se rejoignent à la fin alors que ces lignes n’étaient en fait éloignées que de quelques semaines. Lemire a eu raison de partir. Il fait de plus en plus ressembler le héros à un Punisher qui aurait gardé sa famille et je n’aime pas du tout ces personnages assoiffés de vengeance. Ce récit m’a donné envie de découvrir plus ce ninja dont une nouvelle série arrive en avril. De la même manière, Shadowman a changé d’aspect depuis l’intégrale mais on ne sait pas pourquoi. J’ai hâte de lire la suite des aventures de ce héros.

Thomas S.

 

 

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Blondin dit :

    Merci pour cette longue chronique détaillée. J’ai été aussi déçu graphiquement et s’il y a en effet de très bonnes idées j’ai trouvé l’ensemble bien moins maîtrisé que le t1, un peu facile. Pour ninjak j’ai moi même enchaîné sur ses aventures et ait été un peu déçu par une histoire très orientée fantastique qui ne colles avec le perso d’agent secret. J’attends bcp le nouveau ninja-k et le nouveau shadowman surtout, personnage le plus solide avec bloodshot

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  2. thomassavidan dit :

    En effet, Lemire a fait un super travail sur le personnage et même si ce volume est très agréable à lire, ce n’est peut-être pas le meilleur. J’ai les mêmes attentes que vous. Ninja-k arrive bientôt chez Bliss mais je n’ai pas encore vu de nouvelles pour Shadowman. Avez-Vous lu notre chronique comme sur ce sorcier vaudou ?

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