[review] Solo tome 4 Legatus

Après la mort de Solo, on ne s’attendait pas forcément à une suite et j’avoue que l’annonce d’un nouveau tome m’a surprise, même si la fin du troisième volume laissait une ouverture à une possible suite. Il s’agit ici d’explorer un univers centré sur le fils spirituel de Solo, Legatus, un chien qui parcourt le monde à la fois rempli de tristesse et d’espoir.

Un résumé pour la route

Solo_4_Legatus_1Solo tome 4 : Legatus est en fait le premier volume d’un second cycle entièrement scénarisé et illustré par l’artiste espagnol Oscar Marin. L’ouvrage sort chez Delcourt en 2019.

Legatus parcourt le monde. Solitaire, il médite sur la perte de son mentor, Solo, hésitant entre un profond chagrin empreint de désespoir et un sentiment de bonheur d’avoir connu un tel personnage qui lui a permis de grandir. Tout à ses pensées, il n’a pas remarqué le vieil ours qui le suit depuis des jours et qui soudain l’arrête pour lui confier ses biens les plus précieux avant de mourir. Désormais dépositaire d’un double héritage, Legatus va devoir suivre son destin.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Solo_4_Legatus_2Âmes sensibles s’abstenir : si vous avez déjà versé une larme lors des volumes précédents, cela ne va pas s’arranger avec ce tome entièrement dévolu à Legatus. Dès la première page, l’auteur montre toute la solitude et tout le poids du chagrin qui pèse sur le chien anthropomorphe. Le texte est absolument magnifique, reprenant un poème de David Harkins, consacré aux sentiments contrastés et violents que l’on peut ressentir après la perte d’un être cher. On est donc tout de suite dans l’ambiance et on sait d’avance que le chemin de Legatus sera difficile et douloureux.

Le parallèle entre le chien Legatus et le Christ est évident du début à la fin du récit et sa rencontre avec l’ours s’apparente déjà presque à la retraite de Jésus au désert. L’ours est le prétexte à la révélation qui présidera désormais aux destinées de Legatus. Dans un monde de violence et d’indifférence, le héros décide d’aller à contre courant et de rechercher ce qu’il y a de bon en l’autre et non ce qui oppose les individus. Legatus commence par la base : respecter le vivant, quel qu’il soit, sans hiérarchie et sans a priori. Peu à peu, comme le Christ, Legatus est suivi par des disciples convaincus par son exemple et par les miracles qu’il accomplit.

Solo_4_Legatus_3Oscar Martin livre un récit particulièrement réaliste malgré la présence des animaux  anthropomorphes. Il montre une société post-apocalyptique qui se nourrit de violence et de  jalousie, de domination sociale et d’exclusion. Les humains sont au sommet de la hiérarchie sociale, même s’ils pratiquent évidemment l’exclusion des plus pauvres d’entre eux. Les riches sont à l’abri de hautes murailles tandis que les pauvres et les animaux sont rejetés hors les murs, se contentant des quelques miettes qu’on veut bien leur laisser. La domination est assurée par la force et par la peur, les humains faisant faire leur sale besogne aux singes. Au milieu de tout ce marasme, Legatus apporte un espoir, celui d’une cohabitation pacifique entre les espèces. Mais, tandis que le chien est habité par sa volonté de changer le monde par l’exemple et par la douceur, certains de ses disciples voudraient en faire un leader politique afin de renverser l’ordre établi. Oscar Martin nous présente donc l’éternel débat qui agite le monde : le changement peut-il se faire sans violence, la bonté est-elle finalement inutile et mortifère tandis que le monde ne serait que régi par la force et la violence ?

Le parallèle entre Legatus et le Christ est omniprésent et les familiers de l’histoire biblique seront comme des poissons dans l’eau dans ce titre d’Oscar Martin. Ceux qui ne connaissent pas la vie du Christ pourront toutefois bien évidemment profiter pleinement de ce récit aux problématiques hélas intemporelles. Avec ce quatrième volume de Solo, Martin use de la parabole pour nous parler de notre monde à travers cet univers post-apocalyptique. L’écriture de Martin est sensible et vraiment belle et je ne cacherai pas que Legatus m’a arraché quelques larmes. Ajoutons que les planches d’Oscar Martin sont également très réussies et sont marquées par son expérience dans l’animation ce qui donne une atmosphère paradoxalement douce à cet univers impitoyable. Cette douceur apparente ne masque pourtant pas longtemps la dureté du monde dans lequel les personnages évoluent non plus que les souffrances qu’ils endurent avec abnégation.

Alors, convaincus ?

Ce quatrième opus de Solo est un récit à la fois vraiment dur et profondément humain. Il montre des personnages marqué par un destin qu’on leur impose ou qu’ils endossent de leur propre gré. Ce titre offre une réflexion sur les relations sociales, sur l’espoir et les illusions qu’il suscite parfois. Oscar Martin propose aussi une alternative à la violence et à la reproduction des inégalités mais montre un chemin difficile et parfois désespéré. Ce titre est aussi beau sur le fond que sur la forme mais attendez vous à refermer l’ouvrage en en ayant gros sur le cœur. Les récits les plus beaux sont parfois les plus tristes, c’est ce que tend à démontrer Oscar Martin avec ce Legatus de bonne facture. Si vous n’avez pas lu les précédents, vous pouvez tout de même vous lancer car le récit peut se suffire à lui-même, même si vous perdez quelques références au passage. Aucune excuse pour passer à côté de Legatus.

Sonia D.

 

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