[review] Shipwreck

Warren Ellis fait partie des plus grands scénaristes de comics et nous l’avons plusieurs fois célébré sur Comics have the Power, que ce soit pour Planetary ou la trilogie Black Summer, No Hero, Supergod ou son étonnant James Bond. Les éditeurs s’arrachent ses titres et c’est au tour de Snorgleux comics de nous proposer un récit de ce Britannique hors normes avec le déroutant Shipwreck.

Un résumé pour la route

shipwreck_1Shipwreck est un titre scénarisé par Warren Ellis, illustré par Phil Hester et colorisé par Mark Englert. Aux Etats-Unis, le récit sort chez Aftershock Comics en 2017 tandis qu’en France, Snorgleux comics publie le titre en janvier 2019. Il s’agit d’un récit complet en un tome.

Le docteur Jonathan Charpentier se retrouve seul, dans un endroit inconnu, après le naufrage de son appareil. Tout, autour de lui, est absolument déroutant et il comprend vite qu’il a échoué dans un monde qui n’est pas le sien. Il semble cependant qu’il ne soit pas le seul survivant de son équipage et qu’un saboteur soit sur ses traces…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Ne soyez pas surpris, vous serez inévitablement complètement dérouté à la lecture de Shipwreck et c’est bien là le but recherché par Warren Ellis. Le scénariste adopte, en effet, le point de vue de John Charpentier, le scientifique échoué qui se retrouve seul dans un univers à la fois familier et inconnu. Le personnage principal dont on ne sait absolument rien rencontre une suite de gens plus étranges les uns que les autres qui lui lâchent quelques bribes d’informations, permettant ainsi au lecteur de saisir des petits morceaux d’histoire que Warren Ellis dissimule dans une logorrhée parfois complètement absconse mais non dénuée d’humour. Si, dans un premier temps, les dialogues paraissent totalement absurdes, on recolle peu à peu les morceaux et tout prend sens petit à petit.

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Shipwreck n’est donc pas un récit facile à appréhender et il n’est pas non plus de tout repos. Le lecteur a vraiment l’impression d’être perdu et ballotté d’événement en événement tout comme Charpentier, Warren Ellis parvient donc à réussir son pari en donnant le tournis à son lecteur qui cherche malgré tout à comprendre où tout cela va bien pouvoir le mener. Comme dans toute l’oeuvre du scénariste britannique, la prouesse ne réside pas seulement dans la forme : l’homme sait instiller un message dans son récit, s’interrogeant sur les conséquences des catastrophes climatiques, de l’inconscience des humains qui bousillent leur planète et ne s’alarment des conséquences de leurs actes qu’une fois au pied du mur. Ellis ne nous présente donc pas un héros parfait aux prises avec des vilains mais un personnage trouble, un scientifique qui participe finalement sans grand scrupule à une véritable expédition de colonisation. Est-on réellement dans un comics de science-fiction lorsque la question posée est celle-ci : pour sauver mon espèce, puis-je aller coloniser un autre monde, quel qu’en soit le prix ?

Par ailleurs, le propos tenu par Ellis est souvent cynique et le monde dans lequel il atterrit n’est pas forcément plus idyllique que la Terre d’où il vient, loin de là ! On y rencontre des cannibales, des gens qui n’hésitent pas à massacrer leur prochain à coup de son de cloche (Liberty bell, nous voilà !). Cette ambiance gore et glauque installe un profond malaise, renforcé par le dessin très cru de Phil Hester dont les personnages très anguleux sont assez effrayants et le monde qu’il nous présente est rempli de lambeaux de chair humaine giclant au travers des cases. Phil Hester affectionne les zooms et les gros plans tant sur les visages tortueux et torturés de ses personnages que sur leurs actions.

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Warren Ellis ne développe finalement qu’un seul de ses personnages, John Charpentier, ce scientifique qui ne sait finalement plus quel est le sens de sa mission. Il fuit son monde au lieu de tenter de remédier à ses maux et participe plus ou moins malgré lui à une tentative de colonisation. Cependant, alors qu’il parcourt son nouvel environnement, il se rend compte peu à peu qu’il ne peut être heureux dans cet univers qui n’est pas le sien. Warren Ellis interroge chacun d’entre nous et nous questionne sur notre responsabilité dans l’état de notre monde. Il montre aussi combien la fuite est une sécurité illusoire et ne rend finalement pas son héros heureux, bien au contraire, il n’a pas les codes du monde dans lequel il a échoué et il est condamné à l’incompréhension et à la tristesse. Si vous cherchez un titre optimiste, c’est plutôt raté mais si vous cherchez un récit qui vous place face à vos contradictions, alors, vous avez trouvé ce qu’il vous faut, Shipwreck remue les tripes !

Alors, convaincus ?

Warren Ellis place son récit dans un univers à l’ambiance post-apocalyptique et s’amuse à perdre son lecteur tout au long de l’histoire et c’est plutôt réussi : dans les premières pages, on est complètement déboussolé au point de se demander ce qu’on est en train de lire. Mais, au fil des pages, le propos s’éclaire et on retrouve son chemin en suivant celui de John Charpentier qui, bien que sinueux, n’est pas dénué de sens bien au contraire. Après un inévitable sentiment de malaise, j’ai vraiment apprécié ce récit même si je trouve qu’il est un peu court et qu’il aurait mérité un peu plus de développement car la fin est un peu rapide à mon goût. Warren Ellis étant parfois un peu touffu dans son propos, on s’habitue à peine à son rythme qu’il faut déjà refermer l’ouvrage ! En dehors de ce petit reproche, rien à redire, ni sur l’édition très soignée de Snorgleux Comics, ni sur la traduction de Cédric Calas qui sont de qualité.

Sonia D.

 

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