Batman v Superman : l’Ultimate Edition sauve-t-elle le « pire film de tous les temps » ?

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Batman v Superman a fait couler beaucoup d’encre, et si on en croit les critiques, beaucoup de larmes de sang. Vite qualifié de « pire film de tous les temps » (avant d’être tout aussi vite destitué de ce titre au profit de cent autres), ses défauts ont été énumérés ad nauseam, et il n’y aurait pas de sens d’y revenir trois ans après les faits. Même en admettant ses imperfections, je conserve pour Batman v Superman une affection qui n’est pas de la pitié, je continue de le considérer comme le meilleur film d’un supposé DCEU et d’être consterné quand, à la dernière Comic Con de Paris , des artistes de l’ampleur de Neal Adams et Frank Miller, s’autorisent à plaisanter de la médiocrité de tous les films Warner/DC à l’exception de Wonder Woman, comme si cette médiocrité était si évidente et si établie qu’il n’y avait plus besoin de la justifier.

C’est que Zack Snyder s’efforçait tout de même de nous proposer quelque chose de plus audacieux que le consensuel Captain America : Civil War, et plus généralement que tous les films de la concurrence. S’il ne s’y était manifestement pas assez bien pris, la promesse d’une Ultimate Edition, donc d’un film étendu d’une demi-heure, devait nous rassurer. Comment cependant, en ne faisant que rajouter des images, peut-on corriger celles qui avaient déplu ? Et prolonger est-il réellement une solution quand un remontage complet aurait pu sembler préférable ? Le débat ne semble pas si dépassé quand je vois le nombre de commentateurs qui clament leur mépris de Batman v Superman sans avoir vu cette version longue. Il est difficile de ne pas les comprendre : quand on a détesté un film, pourquoi se l’infliger plus longuement ? D’un autre côté, n’est-il pas injuste de lui adresser des reproches notoirement corrigés dans un cut qui serait le montage initialement voulu par le réalisateur, avant son charcutage par la Warner ?

Sans faire durer le suspense, il faut admettre que, pour moi, l’Ultimate Edition change la donne. Peut-être le fait de revoir le film en connaissant ses défauts a-t-il également permis de mieux apprécier ce qui y était appréciable (le deuxième visionnage de Man of steel avait eu un effet similaire, même dans de moindres proportions) ? Dans tous les cas, cette nouvelle expérience de Batman v Superman fut assez plaisante et intéressante pour inspirer le désir de le défendre davantage que je ne l’aurais fait en sortant de la salle, et à l’heure où le DCEU semble une cause perdue, déjà supplantée par un vague Worlds of DC, il était enfin temps de rappeler l’existence et l’intérêt de cette version qui propose un propos moral et politique plus pertinent, en même temps qu’une construction dramatique et psychologique plus cohérente. Tout ce qu’il fallait pour me séduire comme cinéphile et comme auteur d’une thèse et d’une chronique sur les enjeux politiques du super-héroïsme.

https://www.youtube.com/watch?v=IUqzSRsMXdk

(pour accompagner votre lecture, le très bon thème de Luthor qui vous rappellera, comme je ne m’en étais pas forcément aperçu au premier visionnage, que Zimmer ne s’est pas contenté de reprendre « An Ideal of hope »)

DES ADDITIONS QUI CHANGENT LE TOUT

Contrairement à ce qu’on nous avait annoncé, la version longue de Batman v Superman n’est pas réellement plus violente que son montage cinématographique, alors même qu’elle a justifié sa requalification en R plutôt qu’en PG-13. En dehors d’une courte scène au début du film, les combats ne sont pas rallongés, et cette scène, pour dérangeante qu’elle puisse être, ne justifie pas vraiment une restriction plus importante du public. Il faut dire que les bagarres entre Batman et Superman, ou Batman et les hommes de Superman dans son rêve/sa vision, ou encore Batman et les sbires de Luthor, étaient déjà agréablement corsées, et qu’il n’était pas nécessaire d’en faire davantage, même pour appâter des spectateurs déçus par l’innocuité des films Marvel.

Le premier mérite de cette demi-heure supplémentaire est en fait de faire gagner en fluidité : Batman v Superman n’est pas un film complexe dans son intrigue ou sa construction, les analepses sont rares et compréhensibles même pour ceux qui ignorent les comics, la trame est linéaire, les plans des personnages assez clairs… Mais Zack Snyder ne prend pas non plus ses spectateurs pour des demeurés, et en dehors de la lourde insistance sur la mère de Bruce Wayne, le fil doit être suivi sans trop de décrochage. Or en raccourcissant certaines scènes et en en oblitérant d’autres, le montage cinématographique posait beaucoup de questions désagréables, parce qu’empêchant d’entrer dans le film et de bien l’appréhender : que s’est-il passé exactement dans le désert ? comment l’enquête de Lois Lane aboutit-elle si vite ? pourquoi Superman n’a-t-il pas vu la bombe ? comment Luthor a-t-il convaincu Keefe de se faire sauter ? quelle est cette menace que Luthor évoque à la fin du film ? et bien d’autres…

Non seulement Batman v Superman répond à toutes ces questions de manière tout à fait satisfaisante, mais il expose aussi plus efficacement les tensions entre Batman et Superman, donnant mieux l’impression que le build-up de leur affrontement est déjà un affrontement : tout ce que font Superman ou Clark Kent (personnage qui existe dans la version longue) les conduisent à voir Batman comme un danger public, et cet aspect manquait cruellement dans un film où l’on ne pouvait pas ne pas se demander pourquoi Superman n’immobilisait pas simplement Batman pour poser les choses. Le fils de Krypton perçoit le Bat de Gotham comme une menace, un nuisible plus dangereux que les criminels qu’il arrête, et c’est ce qui explique qu’il en arrive si vite aux poings quand il combat le chevalier noir.

A contrariole prolongement très important de la scène du désert, qui est en termes de temps l’addition principale de la version longue, rend justice à la complexité du plan de Luthor pour faire haïr Superman, puisqu’on voit la mise en scène du village supposément massacré par l’homme de fer, qu’on assiste aux interviews d’une rescapée… Ces images apportent autant en elles-mêmes qu’elles éclairent des situations qui sans elles paraissaient presque incompréhensibles, et permettent de mieux apprécier la relative intelligence de l’intégration très crédible d’émissions télé (un procédé mis à l’honneur par Frank Miller dans The Dark Knight Returns, après l’American Flagg! de Chaykin, pour fustiger la bêtise des médias tout en apportant une variation de points de vue) ou des petites scènes comme celle où l’employé de Wayne Enterprise prie Dieu tandis que Superman détruit le bâtiment dans lequel il se trouve, ou celle dans laquelle Keefe se prépare chez lui à escalader la statue de Superman. Une préparation dont le crucial arrière-plan présente un article de journal soulignant l’héroïsme de Bruce Wayne (qui lui a sauvé la vie) et une illustration représentant un Superman détruisant une voiture, renversement très pertinent de la couverture du premier comics présentant les aventures de Superman, laquelle voulait mettre l’accent sur sa force admirable, alors qu’il était à mon avis difficile de ne pas être sensible à la brutalité du geste.

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Même l’ajout assez dérisoire d’une scène où deux policiers suivent un match de football américain apporte au film : d’abord parce qu’ils seront interrompus par l’ordre d’aller inspecter une maison où ils se trouveront face à Batman (ce que l’on voyait au cinéma), de sorte que la scène connue est rallongée et donne moins l’impression d’un collage de scènes courtes ; ensuite parce que ce match est une référence régulière du film. Perry White demande en effet à plusieurs reprises à Kent de le couvrir, et ce n’est pas anodin. Ce match oppose Metropolis à Gotham City et peut donc servir de métaphore évidente au combat entre les deux héros. Il faut aussi savoir que Metropolis remporte la victoire haut la main (58-0 !), « comme d’habitude » nous dit-on, et qu’évidemment les Gothamites deviennent violents.

Il y a dans la version longue de Batman v Superman tout un discours social sur Gotham qui serait la banlieue défavorisée de Metropolis, un lieu de délinquance et de désespoir, et Perry White s’autorise même des piques extrêmement méprisantes (qui devraient nous rappeler quelque chose). S’il exige à ce point que Kent couvre le match au lieu d’écrire sur Batman, c’est donc aussi qu’il se réjouit de la victoire de Metropolis sur Gotham (ce qui participe à la construction d’un personnage sans identité dans la version courte), qui assied son mépris de classe (alors qu’il est noir, étonnante dénonciation dans un blockbuster de l’incapacité de certains dominés à faire front commun) tout en lui promettant plus de ventes (les riches habitants de Metropolis achètent plus le journal que les Gothamites), et enfin qu’il soutient, toujours dans une logique commerciale, qu’on écoule mieux en parlant sport qu’en abordant les sujets qui fâchent : le public veut consommer, pas réfléchir, contre la conception naïve qu’a encore Kent d’un journalisme de vérité. Le match n’est donc pas plus insipide que l’addition d’une scène de débat entre White et Kent sur la fonction de journalisme, pour comprendre le film, et plus généralement pour profiter de ces pistes !

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QUI SONT LES SUPER ?

Cela contribue à la frustration de Superman, tout lui rappelant qu’en tant que Clark Kent, qu’homme ordinaire, il ne peut rien faire, et qu’il a donc besoin de son alias de Superman pour confronter Batman. Même quand il accepte de céder aux exigences humaines en intégrant le processus républicain et en allant répondre de ses actes pacifiquement, cela aboutit à une catastrophe, comme s’il ne pouvait réussir que comme Dieu. Cette incapacité à être efficace comme journaliste renforce le personnage de Lois Lane, très faible dans Man of steel et qui n’était guère dans le montage cinéma qu’une ridicule damsel in distress (sauvée trois fois en un film quand même !) doublée d’une abrutie (qui se débarrassait sans raison de la lance de kryptonite, aspect forcément et malheureusement maintenu dans la version longue…).

À l’opposé de Kent, elle est une journaliste reconnue qui obtient ce qu’elle veut de Perry White, mène une enquête assez approfondie lui permettant d’arriver à des conclusions plus fines que Batman ou Superman, trop obnubilés pour réfléchir. On comprend un peu mieux l’intérêt que Superman lui porte : elle est une humaine forte, qui veut changer les choses, une humaine bien plus forte même que ne l’est Clark Kent. Mais cela ne l’empêche pas de n’être qu’humaine : qu’elle ait besoin d’être sauvée trois fois par son cher et tendre n’est pas la preuve d’un sexisme des scénaristes, cela prouve le contraste existant entre la condition humaine et la condition presque divine de Superman, et la vulnérabilité de celui-ci dès lors qu’il s’attache à des créatures humaines. Lois Lane est, avec Martha Kent, la grande faiblesse d’un dieu se voulant homme : elle n’est pas faible comme personnage mais comme être humain, comme n’importe qui le serait dans sa position. Elle représente l’humanité sans cesse menacée, qui a sans cesse besoin du secours de ce Dieu sur terre, et le sacrifice que fait ce Dieu de sa tranquillité, puisqu’il accepte d’aimer assez l’humanité pour revenir inlassablement à son secours, au point de se mettre en danger pour elle.

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On pourrait reprocher à Batman v Superman des références religieuses dénuées de toute subtilité. En fait, surtout si on le compare aux vitraux et bras en croix de Man of steell’idée que la protection de l’humanité représente un sacrifice fait par amour est assez finement exprimée pour un blockbuster dont on n’attendait pas tant. Les discours de Lex Luthor semblent plus grossiers : il commente l’intrigue pour le spectateur en lui expliquant que l’affrontement entre Batman et Superman est celui entre un homme et un Dieu et en insistant lourdement sur cette métaphore évidente. L’est-elle tant que cela, et ce discours retranscrit-il celui du réalisateur ? On peut déjà penser que, si elle est tant répétée, c’est pour que le spectateur l’ait à l’esprit pendant les combats, ce qui n’est guère évident tant on peut être simplement pris par une action épique.

Surtout, il ne s’agit guère que de la grille de lecture de Lex Luthor, qui n’est pas réellement un commentateur extérieur lucide, c’est le cas de le dire : le Luthor de Batman v Superman est maladivement obsédé par le fils de Krypton. Les scénaristes ont fait le choix de se distinguer radicalement des Luthor tels qu’on les connaissait, que ce soit dans les comics ou dans la série Smallville, la tendance actuelle étant plutôt de le présenter comme un chef d’entreprise calculateur et froid. Lex Luthor (Jr. précise-t-il) redevient ici un scientifique intelligent, mais surtout jeune, avec des tendances paranoïaques et mégalomaniaques grandissantes. Il n’est donc plus caractérisé par sa lucidité, mais par son exaltation, son emportement et sa monomanie.

Finalement, il est extrêmement humain, et cela a quelque chose de rafraîchissant. On a trop l’habitude, sous prétexte de réalisme, de voir dans les blockbusters et les films d’action en général des super-vilains, donc des personnages badass, forts, beaux, intelligents, largement supérieurs à la commune humanité dans tous ces domaines. Alors que nous nous trouvons dans un film de super-héros, le Luthor présent ici n’est qu’un homme complètement dépassé par les circonstances (l’arrivée dans notre monde d’un être aux pouvoirs presque divins) et qui va tenter de lutter à son échelle, c’est-à-dire en profitant de son argent pour mettre en place un plan complexe mais assez crédible (contrairement à la plupart des plans de super-vilains qui ne fonctionnent que parce que le scénariste le veut), pour rétablir un ordre rassurant. En cela, il n’est pas si différent d’un homme ordinaire, spectateur écrasé par la révélation de puissances supérieures capables, si elles le voulaient, de le balayer en un instant. Et le parallèle entre Luthor et Bruce Wayne/Batman n’en est que plus saisissant.

UNE NOTION-CLEF : L’ÉVOLUTION DES PERSONNAGES

Une grande partie des critiques adressées au film est liée au caractère des personnages : Lex Luthor est un psychopathe stéréotypé, Batman est trop violent, Superman monolithique… C’est que le film joue avec finesse sur une chose trop rare dans le cinéma mainstream, l’évolution des personnages. Il est tentant de mettre toutes les images de Lex Luthor que l’on voit dans un même panier pour le caractériser en quelques adjectifs, mais rien ne serait plus dommageable à la compréhension de sa psychologie. Il sourit un peu trop au début, peine lourdement à émettre un discours cohérent lors de l’inauguration de la bibliothèque, c’est qu’il n’est pas habitué à l’exercice du contact social et joue de son excentricité. Il ne parle qu’en métaphores mythologiques et religieuses, c’est qu’il a été ébranlé par l’arrivée de Superman dans lequel il voit un démon menaçant le monde (sans doute les restes d’une éducation assez rigoureuse), et qu’il connaît l’existence des méta-humains, apparemment ignorée de la plupart de ses contemporains à ce stade, ce qui en perturberait plus d’un.

Luthor n’a rien rien d’un psychopathe au début du film. Il ne s’enfonce dans la folie qu’au fur et à mesure de l’intrigue, en s’enfonçant dans des projets qui le compromettent toujours davantage et constituent autant de points de non-retour, d’autant que sa paranoïa croît avec ses connaissances quand le vaisseau kryptonien lui enseigne ce que nul homme ne sait. Le double-déclencheur de la folie pure que l’on constate à la fin du film dans la prison est la libération de Doomsday pour vaincre Superman et surtout (scène coupée de la version filmique que je vous propose de découvrir en bas) l’enseignement qu’il reçoit de l’arrivée de Steppenwolf, un Néo-Dieu dont la ressemblance avec un diable est volontairement frappante

On a déjà parlé de l’évolution de Superman, qui tente de lutter en tant que Clark Kent avant que la frustration de ne pas parvenir à résoudre pacifiquement les problèmes, et de se sentir impuissant quand il tente de participer à la vie de la cité, ne lui fassent comprendre qu’il doit se donner entièrement pour être enfin reconnu comme un héros. L’épisode avec Doomsday, fondamental pour le propos quoiqu’il puisse légitimement paraître amené artificiellement, ne résout cependant pas que cette intrigue, il apporte aussi une solution à l’autre question fondamentale du récit, celui de la violence de Batman.

Il faut bien comprendre que rien ne nous dit dans Batman v Superman que le chevalier noir était aussi brutal avant. Qu’il ait toujours été intimidant et relativement violent est un fait, mais qu’il marque une victime au fer rouge est une nouveauté, et son manque total de considération pour la vie des mercenaires de Luthor qu’il massacre allègrement n’est pas nécessairement son quotidien depuis vingt ans. Au contraire même, Alfred s’étonne de cette noirceur grandissante, que Wayne explique par son pessimisme (depuis vingt ans qu’il est Batman, il n’a jamais vu une bonne volonté rester incorruptible, il faut donc être efficace) et la nécessité de trouver au plus vite une solution au danger Superman, qui incarne un monde nouveau auquel il faut adapter ses méthodes de répression pour continuer de protéger la ville.

Ben Affleck incarne un Batman usé, œuvrant dans un Gotham City qui continue d’être rongé pas le crime malgré ses actions, et qui s’aperçoit qu’il doit se remettre en question de façon urgente et radicale – voyez aussi à ce sujet le final de Titans. Il est las de ne toujours pas être perçu comme un justicier et éprouve lui aussi un sentiment d’impuissance face à l’arrivée du dernier fils de Krypton, impuissance personnelle et impuissance de toute l’humanité. Alors qu’il se met sans cesse en danger, dès le début du film pour aller trouver ses employés et sauver une fillette, l’invulnérabilité de Superman effraie, et il faudra qu’il prouve son humanité (il a une mère, il peut saigner) pour trouver le salut à ses yeux. Tout semble indiquer un retour à des pratiques non-létales à la fin du film, où il s’autorise enfin à sourire (dans d’autres circonstances que pour jouer l’ivresse) : sa frustration est évacuée par la confiance qu’il accorde désormais à Superman, et donc sa foi (le terme n’est pas employé à la légère) revenue dans l’héroïsme, raison pour laquelle il renonce à tuer et même à marquer Luthor.

CONCLUSION : UN SUPER-FILM ?

La version longue de Batman v Superman n’est pas parfaite. Certaines légères additions peuvent apparaître comme d’affligeantes fautes de goût, en particulier à la fin, quand aucun spectateur n’avait besoin d’assister plus longuement au ridicule enterrement sur fond de cornemuse, et que l’on nous fait subir de surcroît une homélie terrible et une allusion déplacée sur le prix des obsèques. Certaines erreurs de la version courte sont conservées, une troisième partie un peu faible, l’introduction très grossière des méta-humains destinés à former la Justice League… Ce qui ne doit pas faire oublier qu’il s’agit du montage original voulu par Snyder, et qu’il n’a donc pas pris en compte les reproches des spectateurs pour retourner des scènes ou remonter le film. La différence de qualité entre ce montage original et le montage cinématographique est donc d’autant plus frappante et force le respect pour le réalisateur. Batman v Superman n’est toujours pas le chef-d’œuvre espéré, mais il faut admettre que la plupart des maladresses font désormais mieux sens, et que le gain en fluidité esthétique et dramatique permet de mieux apprécier et accepter même ce qui avait pu déplaire lors du visionnage cinématographique du film.

Dans Batman v Superman : Dawn of Justice, trois orphelins veulent marquer le monde en l’orientant dans la direction qui leur paraît la meilleure pour l’avenir des hommes, à la mesure de leurs moyens. La frustration engendrée par les obstacles à ces désirs les transforme profondément, pour le meilleur et le pire, et nous permet d’assister à un film étonnamment humain pour une production super-héroïque. Si la réflexion religieuse s’avère seule assez pauvre, tout en motivant une imagerie intéressante, Batman v Superman est donc un jalon prometteur dans son traitement des personnages et du rapport entre build-up et action, dans des enjeux assumés jusqu’au bout (et pas évacués par facilité dramatique, n’est-ce pas Civil War) dans sa mise en scène (même si Snyder n’est pas à son meilleur), dans ses prétentions réalistes, pour la suite de l’Univers Étendu DC et sa compétitivité face à Marvel. Il est le premier film contemporain à bien penser l’arrivée des super-humains dans notre monde réel, et si Suicide Squad en nie toutes les bonnes intentions, tandis que Wonder Woman se contente de suivre une trajectoire singulière à la manière d’un action movie plus classique, c’est à Justice League de montrer si vraiment les efforts de Batman v Superman ont été vains. Spoiler (si vous vivez dans une cave), oui et non.

Siegfried « Moyocoyani » Würtz

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Blondin dit :

    Intéressant (long) article. Pour ma part je trouve que la version longue corrige en effet beaucoup des effets des exigences du studio de présenter en salles une version action. Je reste convaincu que DC est la cause majeure de la qualité des films de même que kevin Feige est responsable de celle du MCU. La version ciné de batman vs superman me donne le même sentiment que les films de Ridley Scott qui fournit une version studio avec la garantie de pouvoir sortir sa version en bluray.

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