[Keep comics alive] Les débuts d’Image Comics : Darkness

Profitant de congés, j’ai pris le temps de relire d’anciennes revues et en particulier des débuts d’Image comics en France. Pour commencer, j’ai relu les comics de la compagnie créée par Marc Silvestri : Top Cow productions. Après un article sur Cyberforce, j’ai relu mon autre série de Silvestri : Darkness. 

Une petite présentation

darkness_1En fouillant dans le stock familial de comics, j’ai retrouvé les numéros 1 et 2 de la série Darkness écrite par Garth Ennis et dessinée par Marc Silvestri. Ces épisodes sont publiés en 1996 aux États-Unis et traduit en 1997 par Semic éditions en France.

Jackie Estacado est un tueur sans conscience de la mafia qui semble très heureux de sa vie mais le soir de ses 21 ans, une force magique prend possession de lui. Il devient The Darkness et se retrouve pourchassé par diverses sectes. Jackie loin de s’enfuir va chercher à pleinement profiter de son nouveau pouvoir.

Ce comics a-t-il le Power ?

A l’époque, j’avais raté les débuts fracassants de Witchblade et je voulais voir ce que donnait la nouvelle série dessinée par Silvestri. J’étais tout de même sceptique et j’y voyais un dérivé masculin de Witchblade.

Les dessins de Silvestri sont bien meilleurs que sur Cyberforce. Le plus frappant est le progrès de l’encrage et des couleurs numériques superbes. La mise en page est aussi plus variée, moins horizontale. Silvestri laisse plus d’espace vide dans la case. Cela concentre le regard sur le dessin qui paraît plus fin, encore plus découpé et précis. Le design de Darkness est très réussi avec des lianes terminées par des gargouilles. Silvestri dessine de superbes anges noirs parsemés d’éclats jaune brillant. Sur les doubles cases, l’organisation est plus réfléchie et originale. Silvestri a modernisé son dessin – par exemple des cases dont les formes sont déformées par les coups. L’écriture brillante d’Ennis stimule le dessin de Silvestri qui aborde des contrées mystiques et gore assez nouvelles pour lui.

Dès les premières pages, une voiture fonce directement sur un homme. Sans un mot, un homme de main de la mafia italienne fait son job puis va faire la fête. Les dialogues drôles, percutants ou informatifs sont très bien écrits. Un monde apparaît en quelques pages avec violence, humour mais aussi plus de profondeur que Cyberforce. Les éléments mystiques du récit arrivent très bien à se marier à l’histoire de mafia. Ennis pointe le danger de l’utopie. En effet, lord Sonatine, chef de la Confrérie de l’ombre, veut aider Jackie Estacado et l’utiliser pour détruire le monde alors que l’Angelus veut le tuer. Les deux camps veulent recréer le monde à leur image alors que Jackie s’en fout et l’aime tel qu’il est.

Il n’y a pas de texte inutile et le scénariste sait camper très vite le caractère du personnage principal comme un homme froid, égoïste – il drague une actrice mannequin en lui promettant de la figuration dans les Simpson – et ignorant des conventions – il demande un verre de lait au bar. Jackie Estacado découvre qu’il détient un pouvoir occulte héréditaire mais ce qui est très original, c’est que cela ne change rien pour lui. Jackie ne pense qu’à lui, rejette le projet de son ancêtre et donc la confrérie. Cela en fait un personnage drôle, un enfant pourri, immature et violent. Doté d’un pouvoir fort, il se croit sans limite et sans règle mais Darkness ne peut agir s’il n’y a pas d’ombre. On découvrira dans l’épisode quatre les liens avec la serveuse. Ils ont vécu ensemble une enfance triste à la Dickens.

darkness_2Avec l’épisode trois, Ennis se lâche plus avec un humour méchant plus présent. Avec une amulette, Lord Sonatine peut changer des souvenirs. Il fait croire à un héros du dimanche que sa mère était une prostituée et son père le mac. Jackie vit à l’étage 69. Ramenant une conquête d’un soir, notre tueur a oublié qu’un nettoyeur est dans la baignoire qui déborde de sang et d’immense ailes des anges. Le plus drôle est la limite au pouvoir du Darkness : s’il met une femme enceinte, il meurt. Comme Sonatine dit à Jackie : « tu connais une contraception sûre à 100% ? ». Estacado préfère alors mourir plutôt que de se priver de sexe. Il n’accepte de reprendre le combat qu’à partir du moment où Sonatine lui trouve une solution – Darkness peut se créer des femmes. Ennis se moque des stéréotypes sur les mafieux.

Cette série m’a questionné : pourquoi s’attache-t-on à ce connard ? Ses défauts nous rappellent sans doute les nôtres. La violence ne choque pas car elle est drôle – un chef d’un clan ennemi est tué aux toilettes par Darkness mais on ne voit plus que les jambes sortir du trône, Jackie fait sortir le squelette d’un homme de son nez.

Je voulais me tenir à mon principe de départ en n’achetant aucun nouveau comics et relire mes anciens comics avec un œil actuel. Mais cela m’a donné envie d’en lire plus. J’ai donc acheté la suite – ainsi que le numéro un de La légende de Darkness – mais aussi DV8, Ascension et Weapon Zéro dont je ferai sans doute un article.

A partir de l’épisode cinq, hélas, Silvestri ne dessine plus seul. Il est aidé par Cédric Nocon et le dessin est bâclé dans les dernières pages du premier arc. La série continue à se questionner sur le bien et mal dont aucun n’est pur – le Bien représenté par l’Angélus est totalitaire. Chaque action se situe dans une zone plus ou moins grise. L’Homme possède le libre arbitre entre les deux. Jenny, l’amie de Jackie, part pour ne pas voir son idéal plonger dans la noirceur. Darkness par Ennis est une série amorale mais très jouissive grâce aux dialogues : « J’irais cracher sur ta tombe Wenders » « Tu as vu la Guerre des étoiles ? Le Darkness c’est pire que la force ». Darkness peut savoir si quelqu’un ment en installant un monstre dans un coin sombre du corps de quelqu’un – le caleçon d’un assistant de Sonatine. Ce dernier n’arrête pas de regarder sa braguette pendant tout l’épisode. Ennis ne respecte pas les codes – il ridiculise les groupes mystiques et la plupart des mafieux. Le père de Jackie était un tueur sadique mort dans les bras d’une prostituée. L’Angélus est lesbienne dans une version assez classique de la vamp.

darkness_3

Hélas passé le premier arc, la série baisse fortement de niveau. On retombe hélas très vite dans le travers fréquent d’Image comics à l’époque avec des changements très rapides des équipes créatives. Il y a même une certaine confusion avec parfois quatre dessinateurs par épisode. Ces dessinateurs souvent très mal connus ont un style copié sur Silvestri mais plus vulgaire.  Dans l’épisode huit, Joe Benitez apporte son style – des formes plus rondes avec des gros plans. Avec lui, Darkness est une armure plus dense et épaisse. De l’épisode sept à l’épisode onze, de nouveaux scénaristes, David Wohl et Christina Z, arrivent. On reste dans le style d’Ennis mélangeant un récit de mafia avec l’humour. Dans l’épisode huit, des yakuzas interviennent dans la lutte des clans mafieux. Le scénario tente de retrouver l’humour mais il devient vulgaire – à la séance de groupe d’addiction au sexe, Jackie est le seul homme – l’autre est un menteur – entouré de cinq bimbos. Les pouvoirs de Darkness évoluent. Ses monstres lui parlent désormais. Sans sexe, il ne lui reste que la violence. Il est conscient de la misère de sa situation. Chez lui, Jackie conserve une boîte de kleenex (sic). Alors qu’Ennis arrivait à l’éviter, on tombe dans la caricature misogyne des années 90 – des femmes à moitié nues avec des gros seins.

Le crossover attendu avec Witchblade arrive dès l’épisode neuf mais il me manque le début et ce n’est pas donc pas facile à suivre. En même temps, je vais être honnête, ce que j’ai lu ne donne pas envie de lire la suite – des dialogues dignes d’une mauvaise série télé de mafia autour d’un complot mystique secret et d’intrigues de mafias pour le pouvoir. Les dessins médiocres n’aident pas : Sonatine veut voler le Darkness pour le confier à un Nottingham plus manipulable mais il est difficile de les différencier car ils ont le même visage. Des choix artistiques me laissent perplexe – comme dans une usine, on partage les tâches : Benitez dessine le Darkness alors que Silvestri et son assistant se chargent du reste de la page. Tout se termine par un combat entre les deux héros suite à un quiproquo comme souvent à l’époque. Je n’ai pas la conclusion du récit et je ne vois donc que les défauts.

Avec l’épisode onze et le retour d’Ennis, le cocktail explosif du début revient. J’ai beaucoup ri de certains dialogues avec le retour très drôle de Wenders – l’assistant de Sonatine émasculé – « je croyais que tu avais finis choriste chez les Bee Gees ». Avec la fille du boss de Jackie don Franchetti, Appolonia, éduquée en Europe qui déteste Frankie, le scénariste écrit le récit d’une famille dysfonctionnelle – la mère en fauteuil roulant traumatisé quand son mari a torturé son amant devant elle, la fille prête à tout pour devenir la seconde de son père et Frankie comme fils adoptif. Découvrant le monde mystique, Appolonia veut devenir le nouvel Angelus.

La légende de Darkness est une série dérivée d’une série dérivée qui permet de découvrir les Darkness des siècles précédents. On peut craindre MAIS les dessins sont de Whilce Portacio dont je suis fan. Le scénario est de Brian Harberlin et Malachy Coney. L’ambiance est totalement différente dès la dédicace par une citation sinistre d’Alexander Pope puis Lucrèce et Le roi Lear. Le récit est raconté par des extraits du journal de bord du premier officiel Sela du cargo spatial. On est donc dans un récit de science-fiction associé à l’horreur comme Aliens. Darkness est l’Alien, l’être qui fait peur à tous mais il est aussi un pirate qui perçoit un droit de péage pour laisser passer les vaisseaux spatiaux. Il dirige un empire et est vénéré comme un dieu. Son vaisseau est techno organique, une extension de son corps comme Alien. Avec le temps, les créatures issues du Darkness acquièrent une personnalité – la jalousie de la créature féline amante de Darkness. Cependant, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre le sens du journal de bord. Sela est un agent double de la lumière qui cherche à tuer Darkness ou à lui faire l’amour.

Depuis Marvel, le style de Portacio a changé avec moins de traits, plus épuré et l’intégration d’images numériques. La mise en page est assez simple mais le fond des pages est occupé par de grandes images numériques sombres de l’univers ou du corps de Darkness sans bord blanc, ce qui crée la claustrophobie. Avec son style, les créatures de Darkness ressemblent moins à des mini-démons qu’à des gargouilles ou des personnages de cartoons. Son dessin reste superbe mais il paraît moins impressionnant. Le passage à la tablette graphique n’est pas encore convaincant.

Alors, verdict ?

Darkness n’a pas vieilli mais reste drôle et percutant. Est-ce en lien avec les racines de Silvestri que je pense que cette série est plus personnelle et moins marketing que Cyberforce ? Aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre pourquoi j’ai arrêté cette série si vite mais que j’ai continué Cyberforce. Est-ce peut-être car c’est très rapide à lire dans un magazine de deux épisodes ? Passé le premier arc avec le départ de Silvestri et surtout d’Ennis cela ne dure hélas pas longtemps.

Thomas S.

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s