[review] Intégrale New mutants

Après les tomes I, II, III de l’Intégrale des X-Men en 1993, Comics Have The Power passe aux New mutants. Au moment où j’ai appris la future publication de cette série, j’ai été fou de joie et impatient de découvrir une série fétiche de mon adolescence. Cette intégrale est aussi l’occasion de me demander comment Claremont a créé un nouveau continent pour sa planète X-Men ?

Un résumé pour la route

new_mutants_1Cette deuxième série a commencé par la mini-série – le Marvel Graphic NovelRenewal en 1982 dessiné par Bob McLeod puis la série New Mutants de mars à décembre 1983. Bob McLeod dessine les premiers épisodes puis il est remplacé par Sal Buscema. L’ensemble est scénarisé par Chris Claremont.

Depuis la reprise des Teen Titans par Marv Wolfman et George Perez, les séries de héros d’adolescents sont très populaires. Marvel doit avoir la sienne.

Le professeur Xavier est effondré par la disparition de ses premiers élèves, les X-Men attaqués par les Broods et des alliés Shi’ars. Ils ont en réalité été téléportés et poursuivent de passionnantes aventures dans l’espace – mais Xavier le ne sait pas. Il refuse de poursuivre sa mission bien que de nouveaux mutants apparaissent chaque jour.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

La mini-série sert à présenter les personnages et à tester la popularité pour une éventuelle série. Le début est classique avec une page par héros et une menace invisible qui les observe. C’est Donald Pierce, membre du Club des Damnés, a voulu les tuer ou les manipuler.

Claremont construit des personnages complexes et dialectiques. Au début, chaque nouveau mutant a une faille mais il ne veut pas la renier. Il cherche à se conformer à cette faille. Rahne subit l’intolérance religieuse mais reste très pieuse. Roberto, métis brésilien subit le racisme bien qu’il soit très riche et une fois dans l’équipe, il est lui-même hautain. Sam est un étudiant brillant contraint de travailler pour permettre à ses frères et sœurs d’étudier. Il déteste son père mort à la mine ce qui le force à devenir mineur à seize ans. Moonstar, indienne intégriste voire raciste, est heureuse dans sa réserve mais, à cause de son pouvoir, elle est forcée de quitter son paradis. Même Xavier est dans une situation paradoxale. Il refuse d’être prof alors qu’il adore ce métier et sait que c’est nécessaire. Sous la pression du docteur McTaggert, il cède.

Dès le premier épisode de la série, le scénariste complexifie les personnages – on apprend que Rahne préfère être une louve car elle découvre le monde plus simplement. Elle est hypersensible alors qu’elle a le pouvoir le plus sauvage. Progressivement, elle se débarrasse de sa morale chrétienne quand elle est louve et se sent alors heureuse. Claremont sait tirer le maximum d’idées d’un pouvoir. Par Rocket, on voit les effets du pouvoir de Karma. C’est prenant et c’est une bonne idée pour organiser une réunion secrète. Rocket est un bon garçon qui se retrouve du mauvais côté. Daniele Moonstar, Psyché, a personnalisé son uniforme en lien avec ses origines et son caractère farouche. Lors du run sur les Broods, elle s’affirme comme la rebelle du groupe face à Sam qui a du mal à rejeter les règles et cite la Bible. Contrairement aux X-Men, Xavier très autoritaire avec ces jeunes pour les (sur)protéger. Il est la figure parentale un peu trop parfaite. Heureusement tout se retourne en un épisode…

Le voyage de l’équipe au Brésil est l’occasion d’en apprendre plus sur Solar, ce fils de la bourgeoisie délaissé par ses parents. Son père, membre du Club des damnés, est obsédé par le pouvoir. Ses parents semblent en conflit et sa mère se fait enlever par le Club. Claremont inverse les stéréotypes sur un pays en voie de développement quand Roberto du Sud parle latin ou en montrant le choc des cultures quand de pauvres occidentaux rentrent dans la bourgeoisie.

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Le scénariste utilise en effet l’actualité de l’époque – Shan est une boat people fuyant le Vietnam. Les jeunes mutants sont allés voir E.T. On baigne dans une ambiance de guerre froide – les mutants sont vus comme des armes qui menaceraient l’équilibre géopolitique. Cela donne parfois des idées surprenantes comme l’intervention de la Team America, des cascadeurs à moto et le Dark Rider. On reste dans le thème de l’amitié mais toute leur intervention est un peu ridicule. Est-ce une tentative de créer une équipe pour une série ? Le choix des vêtements et les décors m’a paru plus daté que les X-Men à la même époque. McLeod est-il plus démodé que Paul Smith ? New Mutants est aussi l’occasion de montrer des problèmes au quotidien par le harcèlement (de la prof de la danse). Claremont par une pirouette montre que le harceleur est une victime – la violence parentale l’empêche de savoir ce qu’est l’amour.

Au contraire, les aventures en Amazonie jouent sur l’exotisme du cinéma hollywoodien ancien – une croisière en bateau entourée de menaces avec les soldats avec des boucliers très africains. L’arrivée d’une légion romaine est ridicule mais j’adore tellement l’idée que tout passe. Je ne peux être objectif car j’ai grandi avec ces personnages qui me sont très chers. Les auteurs s’amusent à créer un péplum. L’intrigue politique oppose les partisans de la République et ceux favorable à un régime autoritaire. Le mari de Séléné veut être empereur comme Jules César. Toute cette partie m’a fait penser à Britannia. La fin est un peu facile – Rahne est désignée comme la descendante des Césars par ses cheveux et de la louve nourricière.

Claremont reprend la recette à succès des X-Men en mêlant la vie quotidienne – le changement de coupe de cheveux pour Karma – les relations humaines entre les membres de l’équipe et l’aventure. Ces mutants sont aussi une équipe plurinationale et multiethnique. On retrouve avec plaisir les mêmes personnages secondaires – la prof de danse de Kitty. Plus loin, des ennemis des X-Men interviennent. Au contraire, certains ennemis propres à l’équipe junior sont encore brouillons. Dans le dernier épisode, j’ai lu avec plaisir la première apparition de Séléné – vilaine promise à un grand avenir. J’ai adoré cet ennemi depuis sa lutte contre Rachel Summers. Pourtant, elle n’est encore qu’une simple prêtresse mais, dès cet épisode, c’est une mascarade pour cacher son pouvoir.

Des lieux et des moments clefs de l’univers des X-Men sont communs – la salle des dangers. Le lien est aussi dans le récit car Claremont intègre les New Mutants dans les aventures spatiales des X-Men mais sans en faire une série secondaire. C’est une série parallèle avec ses propres enjeux. Psyché est au début la seule avoir les Broods. Elle croit devenir folle et songe au suicide. L’épisode des X-Men montre que Claremont navigue très bien entre les deux séries. Cyclope ne peut tuer son mentor comme il n’a pu tuer Phénix mais hélas il le tuera bien plus tard. Quel gâchis ! J’ai vraiment aimé ces nombreux liens entre les différentes séries – la mort du chef du clan Yoshida dans la mini-série Wolverine, ces ennemis asiatiques dans New Mutants puis l’arrivée des X-Men au Japon pour le mariage.

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Pour créer un ensemble original par rapport à sa série phare, New Mutants est une série sur l’adolescence comme Riverdale ou Archie. Rahne est une douce jeune femme qui devient un loup sauvage. Je pense qu’il y a aussi une parabole psychologique – le loup est le côté sauvage de chaque ado. Claremont crée aussi un lien avec les aventures spatiales des X-Men et les New Mutants mais ce n’est jamais une série mièvre. Comme avec un adolescent pendant la puberté, les mutants ne contrôlent pas leur pouvoir dans la mini-série – Psyché a traumatisé un cyborg, Rocket ne se dirige pas. Ils ont aussi des limites fortes – Solar ne peut garder longtemps sa puissance la nuit. Ces ados veulent s’affirmer – Psyché a du mal à accepter les conseils de Xavier. De la même manière, après la possession de Xavier par un Brood, les New Mutants ont désormais peur de Xavier ce qui est très compréhensible après le traumatisme. Claremont ne fait jamais de jeunisme mais décrit très bien les tourments d’un adolescent confronté au monde adulte qu’il a du mal à comprendre et à intégrer. Les épisodes sur les Broods ont un ton sombre pour une série ado. Dans l’épisode sept, on ressent très bien la gêne de Roberto de voir ses parents se disputer devant ses amis.

Très logiquement, Claremont ne nous montre pas tout de suite une équipe qui fonctionne. Les nouveaux mutants sont de vrais débutants qui ne maîtrisent rien – Mirage fait émerger le pire traumatisme de Shan. C’est par petite touche que l’on voit les interactions se faire lors des combats. La première confrontation en duo de Karma et Psyché est un échec. On voit l’enchaînement des petites erreurs qui conduisent au drame – la mort de la petite amie de Roberto. Cet échec s’explique par le manque d’unité et de contrôle. La série se termine par la mise en uniforme des nouveaux élèves et l’intégration de Rocket. A partir de l’épisode deux, ils savent attaquer en équipe mais, lors de l’attaque des Broods, ils s’en sortent de justesse. A partir de l’épisode quatre, ces soldats inexpérimentés ne subissent plus mais agissent en enquêteurs. Cet épisode est clef car ils agissent en équipe et chacun utilise son pouvoir à bon escient. Une équipe se forme. D’ailleurs, il y a une place plus importante du texte sur comment ils agissent. Ce groupe est à la recherche d’un leader et plusieurs candidats cherchent à s’affirmer. J’ai regretté que leurs caractères changent peu malgré toutes leurs aventures.

Cette formation passe aussi par l’école. Le premier épisode est aussi écrit comme une rentrée des classes dans un internat étrange – les élèves changent de style, découvrent les cours et les lieux parfois secrets – les chambres des X-Men disparus. A peine installé, ce nouveau lieu est déjà infecté par des extra-terrestres mais, dans l’arc suivant, j’ai eu plaisir à lire plus de scènes dans l’école. Le récit ne reste cependant pas dans l’école mais les élèves voyage beaucoup. De l’épisode sept à dix, l’équipe accompagne la mère de Roberto dans une expédition archéologique en Amazonie.

Claremont sait très bien prendre le temps de faire monter la pression mais les intrigues se mettent en place dès l’épisode deux de la série. De plus, une fois ce travail fait, il intègre progressivement plus d’action et plusieurs menaces entourent des enfants.

new_mutants_4Dans la mini-série, le dessin de McLeod est bien exécuté mais la couleur – est-elle peinte à l’aquarelle ? – et l’encrage me perturbent. Le style m’a semblé anachronique – ressemblant à du franco-belge comme Michel Vaillant. Dès le premier épisode de la série régulière, la colorisation et l’impressions sont bien meilleures. Je ne suis pas convaincu par la précision de morphologie de Mc Leod – les visages changent souvent d’aspect – mais il réalise de belles pages – dans l’épisode deux sur la chute d’une sentinelle ou la tentation du suicide par Psyché simplement quand elle s’effondre et pointe le couteau vers elle. Il souffre de la comparaison avec Paul Smith dans X-Men 167 dont le superbe dessin est épuré tout en étant précis. A partir de l’épisode quatre, le dessinateur change avec le retour de l’omniprésent Sal Buscema. Bob McLeod reste encreur et cela se voit. Buscema est-il un dessinateur caméléon ou McLeod, encreur très présent, s’est juste déchargé de la mise en page ? Dans ces épisodes, les cases sont plus petites et le dynamisme plus grand. On retrouve plus le style Buscema sans McLeod à l’encrage dans l’épisode suivant mais le dessin est trop inachevé. Dans l’épisode neuf, la superbe Nova Roma – cité romaine cachée en Amazonie – de Bob McLeod ressemble à une reconstitution allemande du XIXe.

Panini réalise comme toujours dans cette collection un travail de qualité avec un volume aux solides aux pages imprimées avec qualité. L’introduction raconte la genèse forcée pour Claremont de la deuxième série de mutants. C’est une bonne idée d’avoir mis l’épisode X-Men 167 car il est très lié à l’épisode précédent et montre la première rencontre et confrontation des deux équipes. La traduction a été revue – Mirage est devenue Psyché. Cependant, certaines images de l’épisode sept sont mal scannées.

Alors, convaincus ?

Je ne connaissais que la mini-série et j’ai donc été très content de découvrir les débuts d’une série adorée. Après une mini-série un peu simpliste, j’ai trouvé que cette série a bien vieilli. Comme pour les intégrales sur Panthère noire ou Iron Fist, on peut dire merci au cinéma qui nous permet de lire ces volumes qui ne seraient jamais sortis sinon.

Une fois ce volume refermé, je n’ai pensé qu’à une chose : vivement la suite !!!!

Thomas S.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Sim Theury dit :

    Très bonne chronique de ces premiers épisodes.
    Par contre, il n’y a pas eu de mini-séries. La série régulière a débuté après le Marvel Graphic Novel (qui était en fait le vrai #1 prévu pour la série mais qui a été transformé en GN pour des raisons de planning)

    Aimé par 1 personne

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