[review] Forgotten Realms, la légende de Drizzt, intégrale 1

Avant toute chose, il me faut vite confesser que l’univers de Dungeons et Dragons m’est hélas totalement étranger, même si j’en connais le nom et quelques grandes lignes. C’est donc en totale néophyte que je découvre cet ouvrage, attirée avant tout par la promesse d’un monde d’heroïc fantasy peuplé d’Elfes noirs, de magie et de créatures fabuleuses surprenantes ou dangereuses. J’imagine que les fans de Dungeons and Dragons doivent être aux anges de pouvoir découvrir cette adaptation et je rassure tout de suite celles et ceux qui, comme moi, ne sont pas familiers du sujet : aucun obstacle ne se dressera sur votre route et vous pourrez savourer ce titre sans avoir l’impression que quelque chose vous manque.

Un résumé pour la route

Forgotten_Realms_Drizzt_1Forgotten Realms, la legende de Drizzt est un titre adapté des romans de R.A Salvatore. L’adaptation en comics est réalisée par le scénariste Andrew Dabb et le dessinateur Tim Seeley. De nombreux encreurs ont travaillé sur le titre. Le titre sort chez Hi Comics en 2018 dans une première intégrale.

Les guerres intestines entre grandes maisons font rage à Menzoberranzan, chacune cherchant à prendre le pas sur les autres pour obtenir les faveurs de Lloth, la cruelle déesse araignée. Tandis que la maison Do’urden s’apprête à éliminer la maison Devir, l’une de ses rivales et à sacrifier son troisième fils pour plaire à la divinité sanguinaire, le petit Drizzt est finalement épargné. En grandissant, le jeune drow – autre nom des Elfes noirs – a bien du mal à trouver sa place dans cette société matriarcale cynique, cruelle et sanguinaire, ne trouvant son réconfort que dans son entrainement au maniement des armes avec Zaknafein, le maître d’armes de la famille qui est aussi son père. Malgré tous ses efforts, Drizzt n’aura d’autre choix que de fuir de Menzoberranzan, poursuivi par l’ire de sa mère et de sa Maison.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Forgotten_Realms_Drizzt_2Avec La légende de Drizzt, le lecteur est plongé dans un univers médiéval fantastique qui lui semble par instants familier : on y croise des Elfes, des Nains ou des Orques, ce qui n’est pas sans rappeler les mondes de Tolkien. Pourtant, on est bien loin de l’univers du créateur du Seigneur des Anneaux. L’auteur présente ici Menzoberranzan, une cité souterraine tenue par les Elfes noirs qu’on appelle également des Drows. La cité est régie par des lois extrêmement dures et un matriarcat impitoyable dans lequel les mâles sont des guerriers ou des mages qui n’ont pas leur mot à dire dans l’administration. Les maisons nobles se font perpétuellement la guerre pour s’éliminer les unes les autres et gagner en importance et en influence auprès de la déesse araignée Lloth qui délivre ses faveurs avec parcimonie. Le massacre entre maisons est autorisé à condition que les apparences soient respectées et qu’on ne puisse établir de lien officielle entre la disparition d’une maison et les faits et gestes d’une autre. Un jeu subtil d’alliances temporaires se met alors en marche, les alliés du moment se couvrant les uns les autres en attendant l’occasion de se poignarder. On dirait un Game of Thrones elfique d’autant que les Elfes noirs ont pour caractéristique de n’éprouver aucune empathie et d’être doté d’un sens du calcul et d’un cynisme extrêmement développés. Ajoutons à cela un goût prononcé pour la cruauté et un manque de scrupule total puisque les membres d’une même maison se servent les uns des autres et peuvent se massacrer entre eux sans aucun remord.

Le monde des Drows est dur et antipathique, aucun ne semble devoir recueillir les faveurs du lecteur à l’exception du maître d’armes de la maison Do’urden, Zaknafein et de son fils et apprenti Drizzt. C’est une manière pour l’auteur de démontrer que, même dans la société la plus cruelle, un individu peut penser différemment. Cela ne le rend pas heureux pour autant puisque cela lui vaut l’inimitié de son peuple, sa famille compris. Penser et se comporter autrement est synonyme d’ostracisme voire de mort… la société drow est-elle finalement si différente de la nôtre ? Drizzt tente bien de s’y faire mais il lui est impossible de changer pour se fondre dans la masse malgré ses prouesses qui font de lui le meilleur guerrier de sa lignée et de tout Menzoberranzan. Bien que plus talentueux et plus habile, il ne se sent pas appartenir à cette espèce si féroce. Il ne peut se résoudre au massacre des créatures qui peuplent l’Outreterre et tente d’épargner ceux qu’il rencontre lors de ses raids.

Devant son impossibilité à se fondre dans une masse fanatique et où la loi du plus fort règne en maître, le jeune Drow choisit l’exil. Ainsi commence le long voyage de Drizzt qui le mène à explorer toutes les cavités souterraines de l’Outreterre à la recherche de la paix, seulement accompagné de Guenhwyvar, une panthère magique. Le lecteur est alors entraîné dans le long périple de Drizzt et croise avec lui de pacifiques hommes-champignons ou de besogneux gnomes des profondeurs. Peu à peu, la solitude le ronge et il craint alors de perdre son humanité et de devenir un chasseur sanguinaire. C’est donc lui-même que Drizzt doit désormais combattre jusqu’à ce qu’il soit accepté par les gnomes qu’il avait autrefois combattus. On se doute bien que le périple de Drizzt va se poursuivre puisqu’il est poursuivi de la haine de son peuple et de sa famille, prête à dévaster la Terre entière pour lui faire payer sa trahison. Renier ses traditions est pire que tout et mérite la mort… là encore, le parallèle entre le monde des Drows et des sociétés crispées sur leur tradition jusqu’à l’absurde est relativement facile à faire.

Forgotten_Realms_Drizzt_3

L’Elfe noir sera pourtant sauvé de ses penchants obscurs par des rencontres décisives qui lui permettront de progresser. Symboliquement, Drizzt va quitter le monde des profondeurs pour gagner la surface et découvrir de nouvelles créatures et de nouveaux peuples comme ceux des humains ou des nains qui ne sont pas exempts de préjugés concernant les Drows tous considérés comme des êtres sanguinaires. Une nouvelle fois, Drizzt va devoir apprendre à vivre seul puis à gagner la confiance de ceux qu’il effraie tout en combattant des êtres magiques voire sataniques. Après la lente acceptation de soi, vient celle des autres, une quête longue et souvent décourageante.

La Légende de Drizzt est d’une grande richesse au niveau des créatures croisées aussi bien dans les profondeurs de l’Outreterre qu’à la surface. On retrouve des références à Lovecraft avec des créatures rappelant les Grands Anciens du mythe de Cthulhu, un esprit follet qu’on croirait tout droit sorti d’une légende celtique ou des loups géants évoquant les mythes nordiques. Le bestiaire est donc particulièrement varié et le trait de Tim Seeley fonctionne très bien dans cet univers d’heroïc fantasy où l’artiste semble à l’aise autant sur les scènes de combat que sur des cases plus contemplatives.

Alors, convaincus ?

Forgotten Realms La Legende de Drizzt a, en ce qui me concerne, parfaitement rempli son contrat. Bien que totalement ignorante de l’univers de Dungeons and Dragons, j’ai pu sans problème me plonger dans ce récit médiéval fantastique, m’attachant immédiatement au héros, Drizzt et à ses compagnons de voyage, tremblant avec eux pendant les terribles combats qui les opposent aux monstres les plus abjects, grelottant de froid avec Drizzt et ressentant son désespoir face à sa solitude. Graphiquement, l’ouvrage est également très réussi et dynamique, maîtrisant tous les codes du genre avec facilité. Ce récit me donne évidemment envie de lire la suite mais aussi de m’intéresser plus avant à cet univers qui a l’air d’une très grande richesse. Pari réussi pour Hi Comics qui livre un bel ouvrage et un titre passionnant.

Sonia D.

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