[review] Manifest Destiny tome 3

L’expédition envoyée par le président Jefferson dans les contrées encore sauvages du continent nord-américain se poursuit malgré les aléas et les pertes subies dans les volumes précédents. Chris Dingess entraîne l’équipage des capitaines Lewis et Clark dans des aventures de plus en plus étranges. On s’enfonce de plus en plus au cœur d’un univers étrange et intrigant qui mêle récit historique et interprétation fantastique.

Un résumé pour la route

manifestDestinyT3Manifest Destiny est scénarisé par Chris Dingess et illustré par Matthew Roberts aidé du coloriste Owen Gieni. Ce volume reprend les épisodes #13 à 18 de la série sortie chez Image Comics sous le label Skybound.  En France, Manifest Destiny tome 3, qui a pour titre Chiroptères et carnivores, est sorti en 2018 chez Delcourt Comics.

En 1804, le président Jefferson envoie une expédition dirigée par le capitaine Lewis et le lieutenant Clark pour explorer les territoires sauvages de ce qui deviendront les Etats-Unis d’Amérique. L’équipage mêle les militaires, les repris de justice et les scientifiques, chacun poursuivant son propre but : étudier, survivre ou conquérir. Mais le monde inconnu dans lequel ils s’enfoncent est parfois bien hostile et les membres de l’expédition se retrouvent face à des dangers inattendus mais aussi face à eux-mêmes, ce qui n’est pas le plus facile !

On en dit quoi sur Comics have the Power ? 

Manifest Destiny se base sur un fait réel : l’expédition Lewis et Clark a bel et bien parcouru les contrées nord-américaines en 1804. Même les personnages secondaires ont visiblement existé comme la guide indienne Sacagawea ou le trappeur Charbonneau. Cette expédition ne s’est d’ailleurs pas déroulée sans mal puisque les explorateurs ont été en butte à la maladie ou à l’hostilité des indigènes et des animaux féroces qu’ils rencontrèrent en chemin.

manifestDestinyT3_2Chris Dingess reste très proche de la réalité de l’expédition en conservant les vrais noms des personnages, leurs fonctions et leur rôle dans l’aventure. L’auteur décide de raconter son histoire à travers les yeux de Clark, le scientifique qui se charge des relevés géographiques ou de l’observation de la nature dans laquelle il prélève des échantillons. Même le titre de l’ouvrage est un rappel de l’histoire américaine : Manifest Destiny (Destinée Manifeste) est la doctrine selon laquelle le peuple américain d’origine européenne est en droit de s’approprier les territoires du pays au détriment des Amérindiens. J’avoue donc une certaine antipathie pour cette expédition qui a finalement eu pour effet de poser le point de départ d’une éradication massive des différentes tribus au profit des Européens.

A partir de ce point de départ historique, Chris Dingess propose un récit qui tend vers le fantastique. Déjà, les deux premiers volumes ont vu nos explorateurs affronter des dangers inattendus. Clark, Lewis et leurs hommes se retrouvent opposés à une flore et une faune plus qu’hostiles. Le lecteur se demande toutefois si cette nature n’est pas finalement en droit de se défendre face à un envahisseur sûr de son bon droit. Dans ce troisième tome, les hommes se retrouvent face à d’immenses arches composées d’excréments et sont confrontés à une espèce animale douée de la parole, d’une intelligence et d’une sensibilité peu communes, un étrange mélange entre un oiseau un peu féroce et une petite peluche tout mignonne. Cette rencontre bouleverse toutes les certitudes des Européens et les oblige à une alliance improbable contre un adversaire qu’on croirait tout droit sorti de l’imagination de Lovecraft.

L’atmosphère du récit est profondément angoissante et le suspense est réellement haletant. Chris Dingess sait fort bien exprimer la peur ou la colère que ressentent ses personnages tandis que les dessins de Matthew Roberts nous font presque ressentir l’odeur de ces forêts touffues ou ce que l’on ressent lorsqu’on foule un sol spongieux de bord de fleuve. Les animaux parlants que rencontrent le groupe sont à la fois effrayants et vraiment touchants. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je m’y suis immédiatement attachée et j’avoue avoir versé une petite larme en fin de récit, les yeux de ces petits animaux reflétant tantôt la crainte indicible que l’être humain est capable d’inspirer, tantôt l’espoir incommensurable en une paix illusoire.

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Avec cette rencontre, Chris Dingess dresse un portrait particulièrement réaliste de l’être humain : il nous montre à la fois son esprit d’aventure, sa curiosité, sa volonté d’étudier le monde qui l’entoure mais également la facilité avec laquelle il s’approprie une terre qui n’est pas la sienne ou son irrépressible besoin de massacrer ce qu’il ne comprend pas ou ce qui lui fait obstacle. Manifest Destiny est un titre terrible dans ce qu’il montre de chacun d’entre nous puisque l’expédition Clark et Lewis se veut un concentré d’humanité. Ce titre nous rappelle également combien l’Amérique restait un monde très méconnu encore au XIXe siècle et combien ces terres indiennes pouvaient alimenter les légendes ou les peurs les plus folles.

Au fur et à mesure que l’expédition progresse, que ses membres subissent tensions internes et agressions, le lecteur plonge avec angoisse et délice dans ce récit oppressant. Chris Dingess sait tout à fait nous mettre dans la peau d’un explorateur avançant dans l’inconnu sans toutefois nous dépeindre un groupe idéalisé. Chaque membre de l’expédition a un caractère bien trempé, sachant faire preuve de colère, d’impulsivité ou de lâcheté. On voit bien les tensions qui se font jour entre le but scientifique de l’aventure qui veut se cantonner à l’étude de l’environnement et la volonté de certains individus d’en découdre avec cet environnement qu’ils ne comprennent pas et qu’ils jugent hostile par nature. Le scénariste n’oublie pas de présenter la vision religieuse du monde à travers le personnage de Pryor qui discourt sur le pont du navire, Bible en main. Pseudo civilisation contre nature, rationalité face à l’inconnu, tout cela s’entrechoque pour le plus grand plaisir du lecteur.

Par contre, une chose semble sûre après avoir refermé ce troisième tome tout aussi réussi que les premiers : le pire des animaux reste malgré tout l’être humain !

Alors, convaincus ?

Manifest Destiny est une série profondément atypique dans le catalogue des titres Delcourt. Ce titre mêle un pan de l’histoire américaine relativement connu à un récit fantastique et déroutant. L’ensemble fonctionne parfaitement permettant au lecteur de ressentir de réelles émotions tout au long des pages et de mieux connaître ce moment particulier de l’histoire des Etats-Unis. L’autre force de ce titre est de nous entraîner dans une aventure qui nous surprend à chaque tome et nous donne envie de lire la suite le plus vite possible tant les questions sans réponse sont encore nombreuses à la fin de ce volume.

Sonia D.

 

 

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