[review] Redneck tome 2

Le premier tome de Redneck présente une famille de vampires plutôt étonnante, les Bowman, en butte à une vendetta multiséclaire. Cette série se concentre avant tout sur les relations familiales complexes, les traumatismes anciens qui se répercutent sur les générations actuelles et l’impossible réconciliation après des décennies de vendetta. Ce second volume continue à explorer ces thématiques en se basant sur les personnages de Bartlett et l’énigmatique petite Perry. Les révélations vont s’enchaîner pour notre plus grand bonheur.

Un résumé pour la route

Redneck-2-Delcourt_1Redneck est scénarisé par Donny Cates, notamment connu pour son travail sur Doctor Strange ou Star Trek. Le dessin est confié à Lisandro Estherren et la couleur à Dee Cunniffe. Ce volume reprend les épisodes #7 à 12 sortis aux Etats-Unis chez Image Comics sous le label Skybound. En France, ce deuxième tome de Redneck sort en 2018 chez Delcourt Comics.

Les Bowman ont dû quitter précipitamment leur refuge de Sulphur Springs après l’énorme tuerie qui a vu certains d’entre eux rester sur le carreau. Accompagnés de leurs acolytes Phil et Evil et de leur nouvelle recrue Landry tout juste transformé en vampire et issu d’une famille rivale. JV, le patriarche, les a emmenés au Texas, à Waco, lieu de sinistre mémoire puisque le lieu fut le théâtre du massacre de ses adeptes perpétré par un gourou, David Koresh en 1993. Espérant mettre son clan à l’abri dans cette contrée maudite, JV va, hélas, vite déchanter.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

avec ce deuxième tome, Donny Cates continue à explorer l’Amérique rurale et entraîne sa troupe de vampires dans un endroit symbolique : Waco, le lieu où périrent 82 personnes en 1993 dans un incendie après l’assaut des forces de police. Waco, un nom qui résonne comme le symbole de l’emprise qu’un gourou comme David Koresh peut avoir sur ses adeptes et sur l’issue inéluctable de ce genre de secte. Pas besoin de vampire pour perpétrer un massacre, les humains dits « normaux » s’en chargent bien tout seuls. C’est donc dans cet endroit réputé maudit voire hanté que la famille Bowman et ses fidèles se planquent, un endroit reculé en plein cœur du Texas.

Redneck-2-Delcourt_2Comme dans le premier tome, l’autorité du père, JV, est remise en question par ses fils qui supportent mal l’inaction et la faim. Le nouveau venu, Landry, ressent très bien ces tensions et sait parfaitement les attiser pour semer la zizanie dans la famille. Redneck joue sur la psychologie de groupe et individuelle, montrant combien les manipulations des uns par les autres peut vite mener à la catastrophe. Entre un chef de famille qui aspire à la paix, ses trublions de fils qui ne veulent qu’en découdre et un Bartlett coincé entre les deux, Donny Cates montre une famille meurtrie et divisée. L’ambiance est d’ailleurs extrêmement sombre puisque le récit se déroule de nuit et Lisandro Estherren en profite pour installer un univers nocturne uniquement éclairé par les flammes des feux de camp.

Outre ces tensions qui règnent au sein du clan, Donny Cates met de nouveau en avant la personnalité de Bartlett qui fait le lien entre tout le monde et sert de mentor à Landry en lui expliquant les règles de la vie d’un vampire, rompant avec certains clichés et évoquant une règle essentielle : pour entrer chez quelqu’un un vampire doit y être invité, un point ésotérique partagé par de nombreuses créatures mystiques. Lorsque JV disparaît, Bartlett doit également endosser le rôle de chef de famille, ce qui ne lui est pas familier, ce personnage prend encore plus d’épaisseur dans ce volume, il est aussi le dépositaire de l’histoire et des secrets de la famille. Dans ce volume, d’ailleurs, le scénariste procède par flash-back pour nous apprendre ce qu’est devenue Meredith, la femme de JV ou comment Phil et Evil sont devenus proches de la famille Bowman. La principale révélation de ce deuxième tome est la vérité sur les origines de la petite Perry avec toutefois une petite incohérence me semble-t-il : Perry lit dans les pensées mais elle ne connaissait apparemment rien de ses origines, ce qui est relativement paradoxal.

Redneck-2-Delcourt_3

Donny Cates rejoue en partie l’histoire de Waco en faisant de Landry un leader mystique totalement incontrôlable, montrant les dangers d’un fanatisme religieux dont il semble difficile de se départir une fois qu’on y a adhéré. L’histoire semble devoir se répéter sur ces terres du Texas lorsque la cabane des vampires est assiégée par les forces du FBI rejouant le drame qui mit fin à l’existence de Koresh et de ses adeptes. L’Histoire est-elle un éternel recommencement ? L’auteur semble accréditer la thèse selon laquelle certaines terres seraient irrémédiablement maudites et imprégnées par les tragédies qui s’y sont déroulées ?

Le récit de Donny Cates est particulièrement haletant, si les révélations s’enchaînent à un rythme soutenu. Sur le plan scénaristique, Redneck est donc une réussite, un récit qui interroge la notion de famille, les questions de vengeance et d’éternel recommencement avec intelligence. J’ai eu plus de mal je l’avoue avec la partie graphique de Lisandro Estherren que je trouve parfois assez brouillonne. Si les ambiances générales sont plutôt réussies – contrastes ombres et lumières notamment qui ajoutent à l’aspect dramatique de certaines scènes ou scènes de combats et de poursuites très mouvementées – le traitement des traits des personnages est parfois un peu rapide à tel point qu’on a du mal à les distinguer les uns des autres ce qui m’a un peu gâché ma lecture à certains moments.

Alors, convaincus ?

L’histoire des Bowman, traqués par les autorités et obligés de se planqués pour survivre se poursuit dans ce deuxième volume avec une intensité accrue. La disparition de Papy n’a mis fin ni aux tensions internes ni aux vendettas entre Bowman et Landry. Les révélations s’enchaînent jusqu’au choc qui bouleversera Perry et changera les relations familiales à jamais. Malgré un traitement graphique qui ne m’a pas toujours convaincue, je m’attache peu à peu à cette famille de vampires atypique rongée par ses propres démons, son passé tumultueux. Une famille de tueurs sanguinaires pourtant fragiles et parfois touchants.

Sonia D.

 

 

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