[review] Walking Dead tome 30

Déjà le trentième tome de Walking Dead ! Rick Grimes et ses troupes ont déjà rencontré, affronté et éradiqué un certain nombre de morts-vivants et d’adversaires bien plus redoutables encore. Robert Kirkman et Charlie Adlard nous ont déjà présenté une belle galerie d’ordures humaines qu’il s’agisse du Gouverneur ou de Negan. On sait donc qu’après une guerre sanglante entre communautés, les auteurs en préparent fatalement une nouvelle mais, au bout du trentième tome, mon addiction reste intacte et j’ai toujours hâte de voir à qui Rick et sa troupe vont avoir affaire. C’est donc parti pour cette nouvelle lecture.

Un résumé pour la route

Walking_Dead_1Wallking Dead est scénarisé par Robert Kirkman et dessiné par Charlie Adlard. On retrouve également Stefano Gaudiano à l’encrage et Cliff Rathburn pour les trames et niveaux de gris. Ce trentième volume, sorti en France chez Delcourt en 2018, reprend les épisodes #175 à 180 publiés aux Etats-Unis chez Image Comics.

Depuis un bon moment, Eugène converse avec Stéphanie par l’intermédiaire de sa radio. Cette femme inconnue appartient à une communauté qui, d’après elle, compte 50 000 personnes ce qui paraît vraiment énorme. Après de longues discussions, Eugène a obtenu de Stéphanie de connaître le lieu où sa communauté se trouve et si elle est pacifique. Rick envoie donc un petit groupe composé notamment d’Eugène et Michonne en reconnaissance mais l’accueil est plutôt frileux et le mode de fonctionnement de leurs interlocuteurs est plutôt surprenant.

On en dit quoi sur Comics have the Power ? 

Walking Dead fonctionne désormais sur un schéma bien rôdé : le groupe de Rick rencontre une nouvelle communauté aux mœurs souvent peu sympathiques. En général, les deux groupes finissent par s’affronter après que chacun ait tenté d’exercer sa domination sur l’autre avec dureté voire sadisme tandis que les morts-vivants dévorent quelques imprudents au passage. La communauté vainqueur absorbe les meilleurs éléments du groupe des vaincus et on repart pour un tour. Or, malgré un schéma qui se répète à l’infini, on ne se lasse absolument pas à la lecture de ce trentième volume.

En effet, chaque nouvelle rencontre est, dans Walking Dead, l’occasion d’explorer les tréfonds du comportement humain. On sait depuis longtemps que les Morts ne sont finalement qu’un décor et l’apocalypse un prétexte à explorer l’âme humaine dans un univers où la société a explosé. La plus grande menace, dans cette histoire, reste son semblable et pas forcément celui qui est devenu différent – le ou les morts qui errent sans but. Comme l’écrit si bien Jean-Paul Sartre dans Huis-Clos, « l’enfer, c’est les autres » et cet enfer peut prendre des formes très diverses.

Walking_Dead_

Cette fois, la communauté que rencontrent Eugène, Michonne et leur escorte n’est pas rudimentaire, elle est installée dans une véritable ville moderne avec de beaux appartements et même des équipements sportifs en état de marche. Tout semble fonctionner comme dans la société pré-apocalyptique, seuls les hauts murs et les hommes en armes rappellent que la menace zombie reste bien réelle. Le ton est d’ailleurs donné dès la couverture du livre sur laquelle on voit une femme vêtue d’un tailleur strict arborant un collier de perles, attablée à un bureau. Pamela – c’est son nom – est entourée de deux hommes au garde-à-vous, armés et casqués qui rappellent presque les stormtroopers de Star Wars. Le lecteur est presque soulagé : va-t-on retrouver enfin une société policée, civilisée, organisée ?

Ce sentiment de soulagement n’est cependant que fugace : est-il réellement possible de faire comme si de rien n’était, comme si les morts n’étaient finalement qu’une menace diffuse ? Cette communauté très hiérarchisée dans laquelle les différences de classe sociales sont manifestes et dont les dirigeants ne sont pas toujours aussi exemplaires qu’ils ne le prétendent est-elle protectrice ou aliénante ? Deux visions du monde s’affrontent et se heurtent dans ce volume : une société relativement égalitaire où chacun travaille pour le bien commun dans les tâches où il est le meilleur et une société où les gens retrouvent le métier et la place sociale qu’ils occupaient dans l’ancien monde.

Comme dans chaque récit impulsé par Robert Kirkman, l’auteur laisse son lecteur méditer sur les avantages et les inconvénients des différents types d’organisations possibles. Chacun est libre d’en peser le pour et le contre et de changer éventuellement d’avis. Un système qui paraît bien organisé et plutôt agréable peut se révéler ensuite un vrai cauchemar pour certains tandis que d’autres y trouveront leur place sans trop de mal. On se pose souvent la question du choix qui serait le nôtre si l’on se trouvait dans la situation de chacun des protagonistes. On a aussi forcément envie de croire que l’être humain est perfectible et qu’il peut changer en bien après une catastrophe, qu’il est capable de coopérer face à une menace commune. Or, Walking Dead nous montre bien que tout n’est pas si simple et que, même sous des dehors lisses et policés, l’être humain reste la pire menace pour sa propre espèce. Kirman explore toutefois au fil des tomes toutes les formes d’aliénation possible et il propose donc ici, avec la communauté de Pamela de réfléchir à la notion de société de classes : est-elle la solution pour faire perdurer une forme de civilisation au milieu d’une barbarie généralisée ? Le statut social d’un individu doit-il rester figé ou peut-il évoluer en fonction des capacités montrées par chacun à survivre depuis l’arrivée des morts-vivants ?

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Ce trentième tome de Walking Dead montre assez peu Rick Grimes et se concentre sur le petit groupe d’Eugène et Michonne. La manière dont chacun appréhende la nouvelle communauté est intéressante et parfois assez touchante car certains personnages vivent des expériences inattendues et bouleversantes qui les conduiront à des choix différents. Ce volume est intéressant à double titre : l’apparition de la communauté de Pamela et la description de son mode de fonctionnement mais aussi les révélations qui impactent des personnages majeurs. Ce trentième tome est vraiment un récit fort qui relance avec vigueur l’intérêt pour le titre.

Sur le plan graphique, Charlie Adlard, épaulé par Stefano Gaudiano et Cliff Rathburn reste fidèle à lui-même en montrant de manière crue les émotions de ses personnages avec des gros plans toujours efficaces. Ses scènes de combats et d’ébats sexuels restent extrêmement réalistes et descriptives dans le style nerveux qui lui est propre.

Alors, convaincus ?

Si certains tomes étaient clairement des récits de transition, ce n’est clairement pas le cas de ce trentième volume sorti chez Delcourt. Robert Kirkman propose une nouvelle rencontre et de nouvelles confrontations. Il fait évoluer l’histoire en profondeur pour certains personnages de premier plan et montre également un univers beaucoup moins primitif en apparence et beaucoup plus policé.

Avec Walking Dead, le lecteur est toujours invité à réfléchir à la notion de civilisation, à celle d’humanité, à la relation que chacun d’entre nous entretient avec l’autre et quelle part d’ombre se cache en chacun d’entre nous. Robert Kirkman nous tend un miroir plus ou moins déformant. Walking Dead est fait pour nous mettre mal à l’aise et c’est profondément addictif. La rencontre entre les communautés de Rick et de Pamela est pleine de promesses et on a réellement hâte de lire la suite.

Sonia D.

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