[review] Klaus tome 1

Des millions d’enfants partout dans le monde attendent Noël avec impatience, et, même si cette fête paraît parfois bien commerciale à nos yeux d’adultes, elle reste précieuse au cœur de celles et ceux à qui elle rappelle l’enfance. Indissociables de cette fête sont le fameux sapin et la figure joviale et joufflue du Père Noël, un individu d’allure bonhomme, tout en rondeurs, vêtu de rouge. Mais, finalement, quelqu’un s’est-il déjà demandé quelles sont les origines de ce super-héros de notre jeunesse ? C’est à cette question que Grant Morrison se propose de répondre dans Klaus, un titre sorti chez Glénat Comics, pile poil à temps pour rejoindre le sapin !

Un résumé pour la route

Klaus_Glénat_Morrison_1Klaus est scénarisé par Grant Morrison et illustré par Dan Mora. Le titre sort en 2018 chez Boom Studio. En France, Glénat comics regroupe les épisodes #1 à 7 dans un volume en 2018.

Un trappeur prénommé Klaus pénètre dans l’enceinte de la ville fortifiée de Grimsvig. L’accueil est plutôt froid, la ville est aux mains de soldats pendant que les civils travaillent sans relâche à la mine et que toute joie est désormais interdite à l’intérieur des murs. Les enfants sont privés de jouets et ne peuvent plus s’amuser tandis que toute la ville tremble à la seule évocation du nom du maître des lieux, le sieur Magnus qui tient la population d’une main de fer et cruelle. Klaus, choqué, porte assistance à un enfant brutalisé mais il est à son tour roué de coups et pourchassé. Mais le trappeur n’a pas l’air de vouloir se laisser faire…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Les origines du Père Noël par Grant Morrison, voilà une sacrée affiche ! Santa Klaus est sans doute notre premier super-héros : un type qui parvient à faire le tour de la planète en une nuit pour livrer des jouets sans oublier personne et sans se tromper, un type qui a un costume qui nous permet de l’identifier immédiatement, un gars capable de passer dans les cheminées de toutes tailles et qui conduit un traîneau conduit par des rennes… pas de doute, c’est un héros. Mais d’où vient-il ce mystérieux barbu ?

Klaus_Glénat_Morrison_3Grant Morrison nous propulse dans un univers médiéval fantastique où l’on croise des loups géants et des esprits aux interventions psychédéliques. Klaus est un homme solitaire, un chasseur qui vit loin des hommes dans une nature à la fois belle et sauvage. Il doit toutefois approcher parfois la civilisation et notamment l’imposante cité de Grimsvig. L’homme qui fait corps avec la nature, qui n’a pour seul compagnon que son loup blanc est en opposition totale avec cette ville austère, surarmée et sans aucune distraction. L’homme seul est serein tandis que la foule est terne ou hostile. Seuls les enfants semblent apporter un peu de vie à ce morne ensemble. Morrison nous livre une vision bien noire de ce Moyen Age fantasmé où la ville est sous la coupe d’un seigneur cruel, d’une femme désespérée et d’une armée partagée entre l’obéissance aveugle et la désapprobation muette. Caricatural ? Certes, mais surtout, n’oublions pas, cet ouvrage est un conte, il faut donc un méchant cruel, des opprimés et un sauveur, Morrison réunit donc tous les ingrédients nécessaires tout en plaçant une critique de l’ultra capitalisme qui confisque richesse et privilèges – comme celui d’avoir des jouets – au profit de quelques uns que la possession exclusive des choses ne rend même pas heureux.

L’auteur évoque par petites touches tout au long de son récit les éléments de la tradition de Noël et en évacue toute référence au christianisme. Le seigneur Magnus a interdit de festoyer au moment de Yule – la fête du solstice d’hiver célébrée par les peuples germaniques. Les enfants sont privés de jouets, non pas parce qu’ils sont méchants avec leurs parents mais parce que tous les jouets doivent servir à tenter de distraire le fils de Magnus, Jonas, toujours mécontent et irascible. Parce que le gamin du seigneur ne trouve pas la joie, tous les autres doivent en être privés. C’est cet état de fait que Klaus refuse : la confiscation générale du bonheur au profit d’un seul à qui cela ne suffit même pas. Pourtant, personne en ville ne bouge, tout le monde obéit ou courbe l’échine. Il faut donc que ce soit un étranger qui remette en cause l’ordre établi au péril de sa propre existence.

Klaus_Glénat_Morrison_2

Hormis l’ignoble Magnus, il n’existe pas de personnages irrécupérables ou réellement mauvais. Grant Morrison présente des lâches, des gens harassés par le travail forcé ou des êtres que l’on dresse à être méchant comme Jonas mais dont le coeur recèle encore une étincelle de bonté. Il suffit que Klaus arrive pour que ce système de terreur se fissure. Klaus et son loup m’ont fait penser à Jon Snow et son loup Fantôme dans Game of Thrones, sauf qu’on ne retrouve aucun marcheur blanc dans cette oeuvre. La cruauté est le fait du seigneur oppresseur, ce qui, là encore paraît un peu simpliste, mais, rappelez-vous, c’est un conte, le personnage détestable est nécessaire pour faire le contrepoids avec la générosité désintéressée de Klaus. Désintéressée ? Vraiment ? L’homme a un passé douloureux à Grimsvig, il n’est peut-être pas ici par hasard !

Morrison sait parfaitement restituer l’esprit des contes de fée, aidé en cela par le talent de Dan Mora dont j’ai déjà dit le plus grand bien dans ma chronique sur Hexed. On sentirait presque les flocons de neige tomber devant nos yeux tandis que les traits et les visages des personnages sonnent justes tout aussi bien lorsqu’il faut montrer des muscles saillants ou des rictus de haine. Dan Mora sait aussi parfaitement rendre certaines ambiances et certaines scènes pendant lesquelles on dirait presque que Klaus est sous acide !

Tout est juste dans Klaus : la ville médiévale est bien décrite sous la coupe de son seigneur aigri et jaloux, Klaus et son fidèle ami canin, de vrais modèles de droiture et de courage, les villageois et leurs enfants pris en étau entre la résignation et l’espoir ténu, la famille de Magnus, elle aussi prisonnière de cet odieux personnage.

Klaus est donc un véritable conte de Noël, accessible à tous et qui reprend tous les grands symboles de cette fête païenne pour notre plus grand bonheur. Grant Morrison a voulu un récit qui puisse être lu par tout un chacun, petit ou grand et une histoire qui mêle les scènes réalistes et le merveilleux dans une ambiance graphique vraiment réussie.

Alors, convaincus ?

Même s’il est inscrit qu’il s’agit là d’un premier tome, le récit se suffit à lui-même. Adepte des contes de fées, j’ai vraiment aimé ce titre qui sait en capter l’essence afin de nous offrir un récit touchant, poétique et réellement beau, sans cynisme, sans circonvolution. Morrison nous offre une histoire avec un vrai méchant et un vrai héros, qui n’a pas besoin de cape pour montrer sa vaillance et combattre l’injustice. Il faut juste un moment retrouver son âme d’enfant et accepter d’être émerveillé par le plus grand des héros : le santa Klaus.

Un titre idéal en cette période de fête, à mettre entre toutes les mains.

Sonia D.

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