[review] X-Men origines

X-Men, origines a déjà fait l’objet de plusieurs publications chez Panini mais je n’avais jamais sauté le pas de l’achat qui ne me paraissait pas forcément prioritaire. Le retour de ce titre en deluxe et le fait que l’on retrouve Jean Grey parmi les X-Men dont les origines sont évoquées m’ont décidée à acquérir ce volume. Pourtant, d’autres choses m’ont fait hésiter, notamment le choix des personnages mis en avant : onze X-Men plus ou moins historiques alors que d’autres, pourtant importants, ne sont pas présents. Reste à voir comment l’histoire de chaque personnage a été restituée dans cette mini-série.

Un résumé pour la route

X_Men_OriginsX-Men Origines est une mini-série en onze numéros parue aux Etats-Unis entre juillet 2008 et septembre 2010. Chaque numéro est confié à une équipe différente avec des ambiances graphiques très diverses et une vision des origines de chacun très personnelle. En France, la série est publiée à plusieurs reprises, la plus récente étant le volume publié par Panini en 2018 dans sa collection Deluxe.

On retrouve les origines de quatre des cinq X-Men originaux : Cyclope, Jean Grey, Iceberg et le Fauve mais aussi celles de Colossus, Diablo, Wolverine, Emma Frost, Gambit, Dents de Sabre et Deadpool.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Revenir sur les origines des mutants iconiques de l’univers Marvel est toujours une bonne idée et ce, pour plusieurs raisons. La première est de permettre à des nouveaux lecteurs de comprendre un peu mieux le contexte de la naissance de leurs héros grâce à des récits courts qui peuvent se lire indépendamment et ne font pas forcément appel à des connaissances approfondies. La seconde raison est de proposer une relecture réactualisée, tenant compte de certains retcons, pour des lecteurs plus connaisseurs qui peuvent aussi apprécier la nouvelle vision apportée par les scénaristes et les dessinateurs des années 2008-2010. Si on peut lire ces épisodes sans avoir besoin de connaissances encyclopédiques, le traitement de certains personnages comme Charles Xavier tient compte de la manière dont ce personnage est vu en ce début de XXIe siècle et le montre comme un individu moins lisse et bien intentionné que ne l’était son alter ego des années 1960.

Un reproche sur l’édition de l’ouvrage dont la qualité technique est au rendez-vous : le travail éditorial minimaliste produit sur ce volume qui consiste en une introduction très rapide et un chapitrage approximatif. En effet, si chaque récit est séparé du suivant par une couverture dont on cite l’artiste, on ne cite pas les scénaristes et dessinateurs, sauf de manière globale en tout début d’ouvrage. Pour savoir qui a bossé sur quoi, il reste à faire des recherches soi-même ce qui est un tantinet agaçant. Par ailleurs, même si ce n’est pas forcément gênant à la lecture, l’ordre originel de parution a été changé : on commence par les origines de Cyclope – récit sorti en 2010 – pour finir par celles de Deadpool. Cela pourrait partir d’une bonne intention et on aurait pu commencer par les origines des premiers X-Men pour suivre ensuite l’ordre chronologique d’apparition. Or, il n’en est rien puisque l’histoire qui suit celle d’Iceberg est consacrée à Colossus. S’il existe une logique, elle n’est pas très claire.

Mais il convient maintenant d’étudier le fond en commençant par les origines de Cyclope mises en scène par Stuart Moore et Jesse Delperdang. Dans ce récit, outre la naissance des pouvoirs du jeune Scott Summers, c’est la relation complexe qui se tisse entre Xavier et son élève qui est étudiée. Loin de l’image de l’élève modèle qui applique les consignes du professeur sans sourciller, ce récit montre un Cyclope torturé, qui doute et se pose des questions quant à l’attitude de son mentor et la manière dont ce dernier lui présente les enjeux. On sent déjà une tension entre les deux hommes avec un Scott Summers prêt à mettre en cause les propos de Xavier. Stuart Moore réécrit aussi la première rencontre entre le jeune Cyclope et Magnéto qui instille le doute chez le jeune X-Man, préfigurant ainsi l’évolution de Scott vers une personnalité plus sombre et plus intransigeante. Jesse Delperdang et le coloriste Matt Hollingworth donne un aspect dynamique à l’ensemble et en font un récit agréable et un peu triste quand on connaît toute l’évolution de Cyclope.

La deuxième histoire est centrée sur Iceberg (Iceman) sur un scénario de Roberto Aguirre-Sacasa et des dessins de Phil Noto. On découvre avec Bobby combien se sentir différent est difficile et douloureux et combien il est compliqué de devoir taire sa vraie nature à ses amis tandis que vos parents tremblent qu’il vous arrive quelque chose. Le récit est assez touchant et Bobby est un adolescent à la fois fragile et combatif pour lequel on ressent immédiatement de l’empathie. Par contre, les méthodes de Xavier laissent un peu perplexes même si elles partent d’une bonne intention. Afin d’apaiser une situation tendue, il efface la mémoire d’un certain nombre de protagonistes, y compris celle des parents de Bobby pour lesquels la vie est plus simple s’ils restent dans l’ignorance des pouvoirs de leur fils.

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L’interventionnisme intrusif de Xavier est présent dans l’histoire suivante consacrée à Colossus. Le récit de Christ Yost construit autour du géant d’acier est assez touchant, l’auteur revient sur le traumatisme subi par Piotr à la mort de son frère et sur son amour pour sa petite soeur Illyana. Là encore, Xavier efface la mémoire d’agents russes et use de son pouvoir pour nommer quelqu’un de confiance à la tête des services secrets. On peut légitimement se demander où s’arrête l’éthique quand le professeur manipule les hautes sphères de l’armée d’un pays ou au contraire s’interroger sur le fait qu’il pourrait se servir plus souvent de son pouvoir pour apaiser des conflits meurtriers. Vaste débat !Graphiquement, c’est plutôt réussi puisqu’on retrouve Trevor Hairsine que les amateurs de l’univers Valiant connaissent bien.

X_Men_Origins_1Le récit suivant est consacré à mon personnage préféré : Jean Grey. Le scénario est confié à Sean McKeever accompagné au dessin par Mike Mayhew dont les splendides planches rappellent le travail d’un Alex Ross. On fait connaissance avec une jeune fille emmurée dans son silence depuis qu’elle a vu sa meilleure amie, Annie mourir sous ses yeux. Le choc est brutal et elle ne parvient pas à faire son deuil. Cette description du processus de deuil est d’ailleurs très bien restituée par les deux artistes qui trouvent le ton juste pour évoquer quelque chose d’extrêmement douloureux et destructeur à vivre. Au contraire de son attitude des deux récits précédents, Xavier use de son pouvoir avec parcimonie dans le respect total de Jean Grey. Par contre, l’attitude désinvolte de Jean au moment des combats est un peu déroutante mais finit par trouver une conclusion montrant l’indépendance de la jeune femme vis-à-vis de son mentor.

On enchaîne avec les origines du Fauve contées par Mike Carey et J.K Woodward dans un style graphique assez proche du récit précédent. Hank Mc Coy est un jeune homme au physique étonnant et massif. Il est évidemment la risée des bras cassés de son lycée et finit par trouver un équilibre grâce à son amie Jenny. Mais, évidemment tout bascule quand ses parents sont pris en otage par un obscur vilain qui le pousse à commettre des actes criminels. On retrouve un Xavier à la fois sauveur et effrayant puisque la solution qu’il a trouvée pour sauver Hank de ses ennuis et de l’effacer totalement de la mémoire de ses proches, y compris de ses propres parents. On imagine la douleur extrême que peut ressentir le jeune mutant lorsqu’il rejoint l’équipe des X-Men.

Une autre bête succède au Fauve puisqu’on passe aux origines de Wolverine avec de nouveau Christ Yost au scénario mais accompagné cette fois de Mark Texeira au dessin. Je trouve ce scénario moins inspiré que celui sur Colossus mais il reprend bien toutes les étapes de l’existence de Wolverine jusqu’à son intégration à l’équipe des X-Men, les artistes mettant fort bien en avant la dualité homme / animal qui régit la personnalité du griffu ainsi que sa proximité avec Heather Hudson ou ses rapports francs avec Xavier.

C’est au tour de Diablo – Nightcrawler d’être mis en avant dans le récit d’Adam Freeman et de Bob Harras.  C’est une des histoires les plus touchantes de ce volume car elle est avant tout assez tragique. Le jeune Kurt est prisonnier d’un cirque dont le patron le traite comme un animal : il le fouette et le met en cage. La vie de Diablo est malheureuse car il est rejeté pour sa différence, jugé sur son aspect un peu effrayant au premier abord, martyrisé et persécuté sans autre raison. Il ne trouve même pas la paix dans la maison de Dieu et seul son intégration à la communauté mutante des X-Men lui permet enfin d’arrêter de fuir et de souffrir. Une parabole des sociétés incapables d’accepter l’altérité, un récit dur mais beau.

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La vie de Gambit n’est pas forcément plus heureuse puisque son histoire, racontée par Mike Carey et David Yardin, est calquée sur celle de Roméo et Juliette. Il appartient à la guilde des voleurs et sa belle à la guilde des assassins de la Nouvelle Orléans, leurs deux familles se détestent et alors qu’il croient pouvoir passer outre les vieilles haines ancestrales, ils en subissent les terribles conséquences. Rémy Lebeau se retrouve sous la coupe de M. Sinistre et des Maraudeurs jusqu’à ce qu’il se révolte et reprenne son destin en main. Une histoire efficace et rythmée, plutôt réussie à mon goût.

J’avoue avoir eu de gros a priori en entamant le récit suivant consacré à un personnage que je n’aime pas : Emma Frost. Pourtant, Valérie d’Orazio et Karl Moline ont réussi à me la rendre presque sympathique en racontant son enfance de jeune fille pas très jolie, harcelée sans raison par ses camarades de classe et brutalisée par un père tyrannique que, pourtant elle vénère. Celle qui rejette la main tendue de Charles Xavier et gravit peu à peu les échelons du club des Damnés trouve les origines de sa dureté dans le traitement qu’elle a subi. De persécutée, elle devient bourreau pour pouvoir continuer à exister, terrible leçon de vie.

Je passerai assez rapidement sur les origines de Sabretooth (Dents de Sabre) par Kieron Gillen et Dan Panosian car je n’ai aucune empathie pour le personnage que les auteurs dépeignent en véritable psychopathe, assoiffé de sang et de torture physique et mentale. Il est fatalement opposé à Wolverine, ça griffe, ça se bat, le sang gicle, bref rien de bien extraordinaire, une histoire sans grand relief ni sur le plan scénaristique ni sur le plan graphique puisque les dessins de Panosian sont peu à mon goût, paradoxalement très figés malgré les bagarres et dépeçages multiples.

Enfin, le volume se clôt avec le récit consacré à Deadpool dû aux talents de Duane Swierczinski et Léandro Fernandez. L’idée est plutôt bonne : Deapdool cherche à embaucher un scénariste pou raconter son histoire mais il tue de nombreux prétendants dont les visions ne correspondent pas à la sienne. Il finit toutefois par rencontrer un scénariste qui fait le choix de l’écouter, ce qui amène Deadpool à parler des moments les plus douloureux de son existence et de son traumatisme d’enfance : la disparition de son père. Cette histoire colle assez bien au personnage de Deadpool dans sa version tragi-comique et fonctionne bien.

Alors, convaincus ?

Si l’on fait le bilan, certains récits sont vraiment réussis comme celui des origines de Colossus ou de Diablo. La majorité fonctionne avec efficacité comme les histoires consacrées aux premiers X-Men, d’autres sont surprenantes comme celle d’Emma Frost, enfin certaines sont sans grand intérêt comme l’histoire de Dents de Sabre.

Reste la question du choix des personnages : pourquoi retrouve-t-on seulement quatre des cinq membres de l’équipe d’origine ? Pourquoi les choix plutôt incongrus de Dents de Sabre et de Deadpool alors qu’on attendait plutôt Tornade ou Kitty Pryde ? On reste un peu frustré que l’aventure n’ait pas été jusqu’au bout et qu’on nous présente un panneau très incomplet.

Si ce volume n’est pas indispensable, il peut donner quelques clefs de compréhension aux nouveaux lecteurs et plaire aux inconditionnels des X-Men qui aiment toujours revisiter les origines de leurs héros préférés.

Sonia D.

 

 

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