[review] Jughead

On continue notre voyage à Riverdale entamé cette année avec les Chroniques de Riverdale, Archie de Mark Waid et Fiona Staples ou encore Betty et Veronica d’Adam Hughes. Cette fois, c’est le plus gros mangeur de hamburger de la ville qui a droit à son propre récit, j’ai nommé l’homme à la couronne, le geek absolu, Jughead ! Les titres Archie Comics parus cette année chez Glénat mettent en valeur les principaux personnages de cet univers de belle manière, ce qui permet aux amateurs de retrouver leurs héros préférés et aux néophytes de pénétrer peu à peu dans ce nouvel univers.

Un résumé pour la route

Jughead_Glénat_1Jughead est scénarisé par Chip Zdarsky et illustré par Erica Henderson. Le présent volume contient les épisodes #1 à 6 sortis chez Archie Comics. En France, le titre sort chez Glénat Comics en 2018. La traduction française est assurée par Marie-Paul Noël, un gage de qualité.

Jughead Jones passe sa journée devant sa console de jeux, explorant ses univers préférés sans voir le temps défiler tout en engloutissant pizzas et burgers sous le regard de son chien, Hot Dog. De retour dans la réalité, il se rend au lycée où il rejoint ses potes, Archie, Betty et Veronica pour un jour qui semble devoir se dérouler comme tous les autres. Pourtant, l’arrivée d’un nouveau proviseur après la brutale éviction de M. Weatherbee laisse craindre de profonds bouleversements auxquels Jughead n’est pas vraiment prêt.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Plus que le bel Archie, lycéen modèle qui éblouit les filles en jouant de la guitare et par ses prouesses sportives, je suis davantage attirée par la personnalité de son meilleur ami, Jughead. On pourrait penser, dans un premier temps, qu’il est là pour servir de faire-valoir à Archie tant il est son opposé : plus malingre malgré les quantités de nourriture impressionnantes qu’il engouffre, Jughead est loin d’être un sportif, il souffre d’ailleurs tout au long de ce volume avec un prof de sport particulièrement oppressif. Est-ce parce que me rappelle mon propre passé compliqué avec le sport scolaire que ce personnage me paraît si proche, en tous les cas, j’aime que ce petit génie ait lui aussi ses failles.

jughead_3

Jughead est supérieurement intelligent, hyper sensible et met en place toutes les stratégies possibles pour le cacher : il est inutilement cynique avec une Betty toujours prête à défendre une nouvelle cause, parfois grandiloquent quand il expose ses idées ou adopte une posture de renfrogné lui permettant de se protéger. Jughead incarne le geek de la bande et s’il en adopte certaines postures, il n’est pas non plus une caricature du genre. Certes, il passe ses jours et ses nuits devant un jeu vidéo, il n’aime pas le sport et se nourrit de junkfood mais, malgré ses tentatives de le faire croire, il n’est pas asocial puisqu’il traîne avec les individus les plus populaires du lycée dont il n’est pas le souffre-douleur mais l’alter ego. Il forme d’ailleurs un duo très équilibré avec Archie sans que l’un n’écrase l’autre.

Jughead est nourri de culture pop’ et Chip Zdarsky sait très bien tirer parti de cet aspect pour rendre hommage aux différents genres qui marquent notre culture contemporaine. Zdarsky parsème son récit de moments où Jughead perd connaissance ou s’évade de la réalité pour s’imaginer dans des univers alternatifs : on le retrouve en héros d’heroic fantasy dans un Game of Jones des plus réussis, dans un voyage temporel complètement bluffant, sur un bateau de pirates ou membre d’une équipe de super-héros encapés. Outre les références aux aventures passées des habitants de Riverdale – comme dans l’épisode intitulé l’Homme de Riverdale – on trouve aussi de nombreux clins d’œil amusés aux personnages de Marvel et DC.

Jughead_4Sous des dehors comiques, Chip Zdarsky évoque dans ce Jughead les bouleversements de l’adolescence qui voit son monde se transformer avec ici le changement de proviseur qui induit une réorganisation totale de l’enseignement, un remplacement de tous les professeurs. Le vieux proviseur Weatherbee, plutôt bon enfant, aux méthodes bienveillantes laisse sa place au terrifiant proviseur Stanger qui instaure des règles martiales. On quitte peu à peu un environnement protecteur, une sorte de cocon pour un univers militariste où l’on cherche à casser l’initiative individuelle et l’originalité pour la faire rentrer dans un moule où l’expression personnelle n’a plus sa place. Est-ce une parabole du passage à l’âge adulte, à un monde du travail uniformisé, aseptisé où la seule devise serait d’obéir en silence ? Avec Jughead, Chip Zdarsky nous invite à regarder au delà du miroir, à dépasser les apparences et à refuser une autorité sans autre légitimité que celle de la force. Mais Jughead peut aussi être vu de manière critique comme un garçon qui ne se mobilise pour une cause que lorsqu’elle le touche directement dans son bien-être et son confort : il préfère se rebeller contre la privation de hamburger plutôt que pour une cause de plus grande ampleur comme le fait Betty avec une constance qui force l’admiration. La conclusion proposée par Zdarsky est toutefois bien plus optimiste que le propos général ne pourrait le laisser penser au premier abord et c’est en cela que l’univers d’Archie comics est assez rassurant par ses happy end plausibles et pleines d’espoir.

Graphiquement, je confesse ne pas être une grande adepte du style d’Erica Henderson que les lecteurs français ont notamment pu voir à l’oeuvre sur Squirrel Girl (pardon Ecureuillette) et de ses traits parfois bien trop anguleux couplés à une absence totale de décor un peu regrettable. On peut lui reconnaître toutefois un style dynamique qui fonctionne pas mal avec la représentation d’un monde adolescent remuant mais on est bien loin du coup de crayon magnifique d’un Adam Hughes qu’on a pu admirer sur Betty et Veronica.

Fort heureusement, le scénario de Chip Zdarsky est à la hauteur des séries Riverdale qu’on a pu lire jusqu’à présent et l’auteur sait camper ses personnages et notamment Jughead avec une grande justesse et un regard amical sur ce monde lycéen en proie aux doutes et aux changements.

Alors, convaincus ?

Outre le dessin d’Erica Henderson qui n’a pas forcément ma faveur, j’ai vraiment aimé le récit lui-même et la manière dont Chip Zdarsky met en scène Jughead, adolescent brillant, geek de compétition, célèbre mangeur de hamburgers mais aussi personnalité touchante qui cache sa sensibilité derrière un humour parfois grinçant et une proclamation un peu trop affirmée pour être tout à fait honnête de son indifférence au monde qui l’entoure. Si d’aucuns s’identifieront volontiers au sportif Archie Andrews ou à la belle Veronica Lodge, mes préférences se tournent plutôt vers Betty Cooper et Jughead Jones qui forment, à mon avis les deux faces d’une même pièce, chacun exprimant sa sensibilité à sa manière.

Le voyage à Riverdale continue et je ne suis pas prête de prendre mon billet retour tant cet univers est riche et plaisant à découvrir.

Sonia D.

 

 

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