[review] X-Men Grand Design

Le premier volume d’X-Men Grand Design d’Ed Piskor est une des sorties que j’attendais le plus cette année. C’est désormais chose faite et Panini a bien fait les choses puisque l’éditeur a respecté le format original ainsi que le contenu. Seul le papier change, la version française disposant d’un papier glacé au contraire de la vo éditée sur papier mat.

Il s’agit ici de revisiter entièrement l’histoire des X-Men depuis les origines à travers le regard à la fois admiratif et original d’Ed Piskor dont le style si particulier mêle effet rétro et modernité. L’auteur, auréolé d’un Eisner Award aime revisiter l’histoire des mouvements et des personnages qui lui tiennent à cœur comme ce fut le cas avec son brillant Hip Hop Family Tree consacré à la naissance du hip hop et dans lequel il replace habilement ce mouvement dans l’histoire des Etats-Unis et de la musique. L’auteur est donc un amateur de l’histoire des personnages et des médias qu’il apprécie, tout doit donc être en place pour faire de ce Grand Design un grand album.

Un résumé pour la route

X_Men_Grand_DesignX-Men Grand Design est scénarisé et illustré par Ed Piskor. Ce premier volume français sorti chez Panini en 2018 reprend les épisodes américains Grand Design 1-2. L’ouvrage reprend également le premier épisode des X-Men par Stan Lee et Jack Kirby sorti en 1963.

Quelque part, voguant au dessus de la planète Terre, le Gardien répond aux questions de l’Enregistreur (archiviste et historien de l’univers Marvel) et lui conte toute l’histoire du Panthéon mutant et de la force Phénix. Tout commence dans les temps reculés où les mutants étaient persécutés et martyrisés pour leurs différences. Lorsque Namor ravage New York, les humains prennent conscience de la puissance des mutants et certains n’ont plus qu’une idée en tête : les éliminer. C’est à ce moment-là que se dresse Charles Xavier, animé d’un idéal de paix qui va former de jeunes mutants dans l’espoir fou d’une cohabitation pacifique avec les homo sapiens.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avec X-Men Grand Design, Ed Piskor a pour projet de revisiter entièrement l’histoire des mutants, en y intégrant les multiples retcons dont la franchise a fait l’objet, offrant ainsi une véritable cohérence à un ensemble rendu complexe au fil des ans et des scénaristes qui se sont succédé sur le titre. Piskor connaît par cœur l’histoire des X-Men et sa revisite est véritablement celle d’un historien amoureux de ses personnages. Son attachement à l’histoire et sa transmission est d’ailleurs manifeste dès les premières pages du titre puisqu’il ouvre son récit avec le Gardien et l’Enregistreur (parfois appelé aussi l’archiviste), le premier racontant au second l’histoire des mutants avec la plus grande objectivité. L’Enregistreur est le garant de la bonne conservation du récit qui pourra ainsi être légué aux générations futures. On retrouve une scène similaire dans la saga du Dark Phoenix et à chaque grand événement secouant l’univers Marvel. Ed Piskor est-il le Gardien ou l’archiviste des Mutants ? Peut-être un peu des deux !

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Ed Piskor place ensuite l’histoire des X-Men dans un contexte plus large : celui de la persécution des mutants à travers les siècles, notamment au Moyen Age ou à la période moderne où ils sont vus comme des monstres et exécutés ou martyrisés. Pour l’auteur, le changement majeur est l’arrivée de Namor, crée par Bill Everett en 1939. Namor est, d’après Piskor, le premier mutant à se rebeller et à menacer l’espèce humaine en ravageant New York. C’est de ce traumatisme initial du monstre se révoltant contre une humanité jusque là dominante que naîtront les tentatives de contrôle et d’éradication du monde mutant. Les actions de Namor marquent donc l’avènement d’une nouvelle ère d’incertitude pour une humanité bien trop sûre de sa domination sans partage sur une planète qu’elle ravage sans scrupules. Namor est aussi la parabole d’un monde dans lequel l’Amérique n’est plus une hyperpuissance inattaquable puisqu’elle est touchée au cœur à travers le symbole que représente New York. Le dominé qu’était le mutant remet en cause l’ordre établi, ouvrant une période de grande incertitude et de questionnements. La couverture est d’ailleurs symbolique : Cyclope stoppe la marche de l’évolution et se dresse face à un homo sapiens dont la silhouette représente un homme armé et belliqueux. La figure du mutant se pose en rempart entre le sapiens et l’avenir, représentant une alternative à la marche irrépressible d’une humanité dont l’évolution n’est qu’une forme de régression.

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C’est seulement ensuite qu’Ed Piskor fait entrer en scène Charles Xavier et son meilleur ami antagoniste Magneto en évoquant leur jeunesse douloureuse et leur marche vers un futur où tout les sépareront. A partir de là, toutes les grandes étapes de l’histoire des X-Men défilent devant nos yeux : de la rencontre de Xavier avec Farouk ou la jeune Ororo, de ses amours avec Moira et Gabrielle, du recrutement de ses premiers X-Men et de leurs combats successifs contre des mauvais mutants ou des extraterrestres assoiffés de domination, deux décennies de l’histoire des mutants se déroulent à un rythme élevé. Les origines des cinq premiers élèves de Charles Xavier sont contées au lecteur en tenant compte des différents points ajoutés au cours des différentes années, c’est ainsi qu’apparaissent M. Sinistre ou Cameron Hodge qui, dans l’histoire des X-Men, interviennent bien plus tard, tout comme Forge dont Ed Piskor fait un fidèle auxiliaire de Charles Xavier dès les origines.

L’auteur donne une vraie cohérence à la cohorte d’ennemis qui attaquent les X-Men, certains étant les jouets de puissances plus sombres qui n’ont pour seul but que l’avènement de la force Phénix et son incarnation. On a plaisir à recroiser Bolivar Trask, ses sentinelles et le Moule initial, l’Etranger ou le Maître Mutant, on voit se tisser les premiers liens vénéneux entre Jean Grey et le Cerveau et l’on retrouve avec bonheur les débuts d’Alex Summers – Havok aux prises avec le Monolithe Vivant ou de Lorna Dane – Polaris.

Ce premier volume s’achève lorsque Charles Xavier prononce les mots énigmatiques : « Krakoa ». Ainsi s’achève la première période de l’histoire des X-Men à la fois totalement respectée et revisitée par un Ed Piskor dont on sent tout le plaisir qu’il a à retisser les fils d’une histoire déjà presque soixantenaire. Les connaisseurs vont vraiment se régaler avec cette relecture fine et complète de l’univers X, on appréciera l’intelligence avec laquelle l’auteur insère toutes les pièces d’un puzzle plutôt complexe et comme tout s’emboîte avec facilité. L’empathie de Piskor pour ces personnages qui ont bercé son enfance et la nôtre transparaît dans chacune des cases et sa vision de Jean Grey montre combien il semble attaché à cette figure majeure de l’histoire des X-Men qui prend de plus en plus de place dans le récit aux côtés d’un Charles Xavier bien plus sombre et manipulateur que les comics du silver age ne nous le laissaient penser. Pour les nouveaux lecteurs, ce récit peut être un très bon résumé et une belle porte d’entrée dans ce monde foisonnant dans lequel il n’est pas évident de se plonger. Avec Grand Design, un nouveau lecteur pourra ainsi comprendre les origines de ses héros préférés et sera ainsi moins perdu à la lecture des récits contemporains. Evidemment, l’histoire ainsi racontée passe parfois très rapidement sur certains épisodes, mais c’est une des meilleures lectures qu’on puisse conseiller à quelqu’un qui s’intéresserait aux débuts des X-Men. Le lecteur averti profitera de toutes les subtilités glissées ici ou là par un Piskor qui maîtrise son sujet à la perfection.

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Graphiquement, le dessin d’Ed Piskor est à mi-chemin entre l’hommage au trait de Jack Kirby dont il conserve certaines caractéristiques en les rajeunissant, notamment lorsqu’il présente ses X-Men dans leurs costumes originaux. La mise en page reste très sage, rendant hommage là encore aux comics des années 1960 avec leurs cases encore très linéaires. L’auteur choisit une colorisation très rétro donnant un côté à la fois un peu ancien et très pop art par moment à son ouvrage avec l’utilisation d’une trame omniprésente. Mais on peut voir aussi dans le trait d’Ed Piskor toute l’influence des comics underground avec des personnages parfois grotesques, parfois presque difformes dont le regard exorbité et angoissé peut, à certains moments, évoquer le travail d’un Richard Corben. Ed Piskor ne rejette aucun héritage ni scénaristique ni graphique, rendant aussi bien hommage à Jack Kirby qu’à Rob Liefeld et on peut retrouver le Panthéon personnel d’Ed Piskor dans un tableau où sont inscrits tous les noms des artistes l’ayant inspiré, d’Arthur Adams à Ron Zalme.

Alors, convaincus ?

X_Men_Grand_DesignLe X-Men Grand Design d’Ed Piskor est une oeuvre à part dans l’univers Marvel, un récit faisant le lien entre toutes les générations d’X-Men et celles de leurs lecteurs successifs, ceux des premiers temps comme ceux des années 2000. Mais cet ouvrage s’adresse également à celles et ceux qu’une plongée abrupte dans le monde des Mutants pourrait rebuter. En incluant tous les retcons et en faisant de ces récits composites un ensemble cohérent, Ed Piskor offre un véritable cadeau à ceux qui souhaiteraient découvrir cet univers. Quant aux amoureux des X-Men, ils retrouveront avec grand plaisir leurs personnages préférés et les verront traverser les époques et les épreuves comme au bon vieux temps.

L’humour d’Ed Piskor et son attachement à ces personnage et leur histoire font de ce volume un très bel ouvrage, tant sur la forme – grand format, papier de qualité – que sur le fond avec un récit très travaillé et un dessin qui rend hommage à la fois aux grands noms des comics des années 1960-70, au pop art ou à des auteurs controversés comme Rob Liefeld dont Piskor se revendique ouvertement. Le tout forme un ensemble réellement hors normes, rythmé, dense et tendre à la fois. En prime, le lecteur pourra découvrir ou redécouvrir le tout premier épisode des X-Men colorisé par Piskor lui-même et quelques pages dans lesquelles l’artiste livre son amour d’enfance pour les mutants.

Plus qu’à attendre le deuxième tome qui devrait aborder l’arrivée des nouveaux X-Men et la saga du Phénix noir.

Sonia D.

 

 

 

 

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