[Review] L’homme à la tête de vis

Fans de Mike Mignola, réjouissez-vous, Delcourt réédite un recueil de courtes histoires du créateur d’Hellboy et, si l’on ne retrouve pas le démon rouge et ses acolytes, on reste dans un univers relativement familier aux amateurs du genre. Cet ouvrage regroupe des nouvelles qui devraient plaire aussi bien aux fans absolus du maître qu’à ceux qui voudraient entrer dans son univers, ce qui est plutôt mon cas car j’avoue avoir encore peu lu de titres de Mignola à ma grande honte. Toutefois le style graphique et l’imaginaire de l’auteur me font de l’œil depuis un moment et la lecture de Joe Golem m’a confortée dans mon envie de découvrir un peu plus ce génie des comics.

Un résumé pour la route

Mignola_Homme_tête_vis_1L’homme à la tête de vis et autres histoires déjantées est un recueil d’histoires courtes parues entre 1996 et 2002, écrites illustrées par Mike Mignola. Les nouvelles sont au nombre de six, l’une d’entre elles, Le magicien et le serpent, ayant été écrite d’après une idée de Katie Mignola, la fille de l’auteur alors âgée de sept ans. Ces récits ont, pour certains été récompensés par des Eisner Awards comme L’homme à la tête de vis ou le Magicien et le serpent.

Abraham Lincoln, président des Etats-Unis, est en difficulté : l’Empereur zombie a dérobé un document d’une grande valeur au Musée des livres et papiers maudits, le fragment de Kalakistan. Une seule solution pour le récupérer : faire appel à tête de vis, l’un de ses agents les plus efficaces mais aussi les plus étranges. Comment cet étrange individu va-t-il venir à bout de l’Empereur Zombie et de ses sbires ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Mignola_Homme_tête_vis_2L’homme à la tête de vis, récit inaugural de ce recueil, est une histoire à la fois drôle dans sa forme et son contenu. Le personnage principal est une tête de vis qui parle, une sorte de James Bond qui s’équipe de corps différents selon la mission à effectuer et sans doute l’humeur du moment, ses multiples armures m’ont aussi rappelé celles d’Iron Man que Tony Stark améliore et bidouille depuis des décennies. Cette histoire est conçue comme une parodie, non seulement des récits super-héroïques un peu naïfs des premiers âges des comics mais également comme un hommage aux pulps qui voient s’affronter des héros courageux et des méchants archétypaux dans des univers mystiques. L’Empereur Zombie est aussi ridicule que le démoniaque crapaud géant que doit affronter Tête de vis.

La présence d’Abraham Lincoln dans ce titre montre encore une fois combien cette figure a marqué l’histoire américaine et l’imaginaire collectif en irriguant des pans entiers de la culture populaire. Rappelons-nous l’étonnant Abraham Lincoln, chasseur de Vampires, sorti en 2012 qui ne fait que confirmer ce que Mignola montre dans ce recueil. Je tentais d’ailleurs de faire un parallèle avec la France et je n’ai pas souvenir d’un titre du même genre – imaginez : Sadi Carnot chasseur de vampires, ça aurait de l’allure ! Au delà de l’aspect parodique du récit, Mignola rend réellement hommage à la littérature du XIXe siècle, qu’il s’agisse des écrits de Conan Doyle ou de Jules Verne – évoqués par exemple à travers la figure du ballon dirigeable, moyen de locomotion de l’Empereur Zombie – ou de ceux d’Edgar Allan Poe auquel Mignola emprunte son regard caustique et amusé sur la littérature gothique.

Mignola_Homme_tête_vis_3

L’écriture de Mignola rend également hommage aux contes et légendes du monde entier avec la très belle histoire d’Abu Gung et le haricot magique, transposant le récit de l’Angleterre aux frontières des mondes slaves et moyen-orientaux. On rencontre d’ailleurs dans cette histoire un diable rouge obèse qui rappellera une figure familière aux fidèles lecteurs de Mignola. L’auteur use aussi d’une forme littéraire très présente dans les récits de la fin du XIXe siècle en mettant en scène un groupe d’hommes de la bonne société, attablés et fumant le cigare tout en se racontant des histoires extraordinaires. On le voit dans la nouvelle Le Prisonnier de Mars qui fait penser aux romans gothiques anglais où il est question de monstres et de terribles mutations mais aussi aux romans de science-fiction des années 1940-50 comme captain Future d’Edmond Hamilton qui met en scène un cerveau humain prisonnier d’une enveloppe artificielle.

On ne saurait pas non plus passer à côté des ambiances lovecraftiennes et des hommages au maître de l’horreur et si l’on voit combien Mike Mignola s’amuse à déconstruire et sourire de toutes ces références, on ressent aussi toute l’affection qu’il porte à ces maîtres de la littérature qui l’ont construit et sur lesquels il ne cesse de s’appuyer et à la littérature victorienne dont il s’est nourri et inspiré. Graphiquement, on retrouve tout ce qui fait le succès de l’artiste, à commencer par ses personnages aux yeux exorbités, ouverts sur une réalité alternative, au fantastique travail sur les ombres qui donne une ambiance si unique à ses planches, à ses architectures suggérées qui font froid dans le dos tant elles semblent devoir nous écraser.

Alors, convaincus ?

Un seul petit regret : il s’agit d’un recueil assez court et on aimerait prolonger sa lecture encore un peu plus. Par chance, Delcourt nous gratifie d’un cahier bonus dans lequel l’auteur explicite sa démarche d’écriture avec humour et où il montre son processus de création des personnages à travers un sketchbook.

Si l’on est amateur de Mike Mignola, on retrouvera donc l’univers de cet auteur avec plaisir, si l’on veut découvrir cet artiste sans s’embarquer dans une longue série, ce recueil peut être une porte d’entrée accessible par tous, notamment si vous aimez les ambiances victoriennes et les récits parodiques subtils. Attention, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’histoires courtes qu’elles ne sont pas riches en références et en clin d’œil, plusieurs lectures ne seront donc pas inutiles et permettront de mieux savourer ces petites perles.

Sonia D.

 

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