[Review] Hexed

Sortant de la lecture du deuxième tome de Black Magick, je n’avais pas ma dose de sorcellerie et d’invocations démoniaques, c’est pourquoi l’omnibus d’Hexed également sorti chez Glénat comics m’a immédiatement fait de l’œil. Pourtant, je dois bien avouer que je n’avais pas été bluffée par le seul titre de Michael Alan Nelson que j’ai pu lire, Day Men, qui commençait plutôt bien mais s’essoufflait assez vite. Mais, la promesse d’un sujet qui m’intéresse et le fait de pouvoir bénéficier d’une histoire complète avec ce bel onmibus m’a incitée à sauter le pas.

Un résumé pour la route

Hexed_1Hexed est scénarisé par Michael Alan Nelson. On retrouve aux dessins Emma Rios pour les épisodes 1 à 4 et Dan Mora pour les épisodes 5 à 16. Emma Rios est assistée à la couleur par Cris Peter et Dan Mora par Gabriel Cassata.

L’Omnibus reprend les épisodes #1 à 4 de la mini-série Hexed et les épisodes #1 à 12 de la mini-série Hexed : The Harlot and the The Thief publiés chez Boom Studio ! En France, l’ensemble sort sous la forme d’un omnibus chez Glénat Comics en 2018.

Luci, dite Lucifer, est une voleuse professionnelle de grand talent, un Arsène Lupin des temps modernes dont la réputation n’est plus à faire. Toutefois, ce n’est pas une cambrioleuse comme les autres puisqu’elle dérobe des artefacts magiques. Elle travaille notamment pour une galeriste d’art, Val, qui lui donne des contrats régulièrement. Alors qu’elle rentre fatiguée de sa dernière expédition, Lucifer retrouve chez elle Dietrich, un de ses anciens employeurs plutôt mécontent d’avoir été roulé par ses soins. Afin de solder sa dette, Luci doit voler un artefact pour Dietrich et lui présenter une mystérieuse entité appelée la Catin. Bien loin d’une mission sans histoire, Lucifer s’engage dans un périlleux périple magique qui la renvoie à ses propres origines.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dès les premières pages, Hexed m’a rappelé à la fois Arsène Lupin et Indiana Jones puisque l’héroïne est une cambrioleuse de génie qui s’attache dérober des artefacts anciens. La comparaison s’arrête là puisque Lucifer évolue dans un monde de magie, de malédictions et de démons qui s’apparenterait plutôt à celui d’une Buffy. En effet, la particularité d’Hexed est de présenter pour l’essentiel des personnages féminins au premier plan.

Hexed_3

On commence par Lucifer qui paraît bien sûre d’elle dans son rôle de voleuse qui n’a pas froid aux yeux, prête à relever tous les défis. Elle court au devant du danger sans renâcler et semble même rechercher les missions les plus dangereuses. Derrière une ironie mordante, elle cache une fragilité et une humanité que le lecteur découvre peu à peu. Sa relation avec Val, son employeuse s’étoffe au fur et à mesure et on voit bien que les deux femmes entretiennent des sentiments qui tiennent plus du rapport entre une mère et sa fille qu’entre un patron et son employé. La seule chose qui fait trembler Luci est la possibilité de perdre Val et on voit bien que c’est l’unique levier de ses adversaires. Val est un personnage tout aussi intéressant que Lucifer, elle rappelle dans son allure la Mery Streep du Diable s’habille en Prada, tant elle paraît être une redoutable et impitoyable femme d’affaires et pourtant, on voit combien elle est proche de Luci et combien elle tient à elle également.

Entre ces deux femmes fortes apparaît la figure de Raina surnommée « la stagiaire » par Lucifer. Raina travaille en effet pour Val et sert un peu de souffre-douleur à Luci. Mais le personnage s’étoffe peu à peu et devient un véritable membre de l’équipe à part entière. L’interaction entre Luci et Raina permet à Michael Alan Nelson d’insérer quelques touches d’humour dans ce récit vif et assez terrible sur le fond. En effet, Lucifer est victime de ses choix antérieurs, d’une malédiction qui la lie à une terrible entité auquel son destin est irrémédiablement lié. Là encore, les méchants de l’histoire sont ambigus, tout comme notre héroïne qui est également une voleuse. Les vilains que Luci doit combattre sont elles aussi surtout des femmes, des personnages puissants et impitoyables mais qui ne sont pas sans failles comme l’effroyable Cymbaline qui a fait vœu de silence et dont la manière de s’exprimer est assez terrifiante ou la vieille et sensuelle Catin dont la terrible histoire nous la rend moins antipathique.

Hexed_2C’est d’ailleurs dans l’ambiguïté des personnages de Michael Alan Nelson que réside l’intérêt de la série et l’affection qu’on leur porte. Ils sont avant tout presque tous des victimes : victime de leur ambition, de leurs mauvais choix, de leur passion ou de leur naïveté, aucun d’entre eux n’est irréprochable ce qui n’est pas sans évoquer l’univers d’un magicien bien connu des lecteurs des titres Vertigo,  John Constantine. Tout comme son homologue masculin, Lucifer est obligée de conclure des pactes avec des forces démoniaques et tente, parfois en vain, d’éviter d’en payer le prix. C’est l’un des messages du titre : chaque choix a forcément des conséquences et, si une expiation de ses fautes est possible, elle passe par un long chemin semé d’embûches et de chagrins. Michael Alan Nelson maîtrise d’ailleurs les grands principes du récit magique et nous permet de croiser des sorcières, des anges et des démons tous plus manipulateurs les uns que les autres tout en nous faisant voyager à travers les dimensions et les époques de main de maître. Il n’oublie pas non plus les figures animales, mon préféré étant le chat, incontournable emblème des sorcières auquel on ne peut s’empêcher de s’attacher.

Si l’auteur n’occulte pas les persécutions dont les femmes font l’objet à travers les époques, il va bien au-delà du discours victimaire puisque chacun de ses personnages féminins se bat pour sa cause ou pour celles et ceux qu’elle aime jusqu’à parfois en perdre son âme et davantage. Nelson montre combien il est parfois nécessaire de se détruire pour mieux se reconstruire et nous livre avec Hexed une réflexion passionnante sur la quête de soi et ce qu’on est prêt à sacrifier pour parvenir au fameux « connais-toi toi même » inscrit sur le frontispice du temple de Delphes. C’est cette quête qui fait le sel de ce titre qui est également un très bon récit d’action et d’affrontements magiques.

Hexed_4Si l’on regarde ce qui se passe sur le plan graphique, je dois confesser une petite déception envers le dessin d’Emma Rios dont le nom m’avait pourtant mise en confiance. Les traits des visages des personnages sont assez grossiers et sans grande expressivité. On est loin du très beau travail réalisé sur un titre comme Pretty Deadly par exemple. Le découpage des cases est, en outre, sans grande inventivité et plutôt statique. J’ai poursuivi la lecture grâce à l’intérêt du scénario mais je dois dire que je me suis accrochée sur cette partie là. Par contre, mon impression s’est totalement inversée dès l’entrée en lice de Dan Mora dont le trait est vif et la composition efficace. Ses personnages filiformes dégagent une énergie et un souffle qui n’a rien à voir avec les épisodes précédents. Mora est à l’aise avec les paysages morbides, les individus torturés et les scènes d’action. Je dois dire que j’ai été assez bluffée par cet artiste et j’attends avec impatience la sortie de Klaus, un titre sur lequel il sera en duo avec Grant Morrison.

Alors, convaincus ?

Hormis la partie graphique assurée par Emma Rios qui ne m’a guère plu, j’ai été emballée par le scénario de Michael Alan Nelson qui campe un univers magique riche et fouillé et met en scène des personnages féminins profonds et subtils. Même les plus effrayants d’entre eux donnent matière à réflexion et on est loin d’un récit manichéen où la gentille tueuse enverrait paître des méchants vilains démons. Nelson démontre avec brio combien chaque personnage renferme sa part d’ombre et son aspect démoniaque et offre matière à penser aux conséquences, même lointaines, des choix qu’on opère sur soi et sur les autres. Je retiens aussi le très beau travail graphique de Dan Mora qui donne un second souffle à ce titre.

Il faut enfin saluer l’initiative de Glénat Comics qui propose une intégrale du titre avec un beau volume de 400 pages qui nous permet de lire l’intégralité des aventures de Lucifer et ses comparses sans avoir à attendre fébrilement une suite. Hexed est donc le titre idéal pour les amateurs de récits magiques, il ne vous reste plus qu’à plonger dans le grand bain mystique.

Sonia D.

 

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