[review] Betty et Véronica

Les titres Archie comics ont fait leur apparition cette année dans le catalogue Glénat sous le label Log-In et, tandis que je vous disais tout le bien que j’en pensais sur LesComics.fr, Thomas déclarait sa flamme aux habitants de Riverdale ici même avec ses deux chroniques, et j’ai cru déceler son petit faible pour le bel Archie de Mark Waid et Fiona Staples. J’étais tapie en embuscade, attendant avec grande impatience le Betty et Veronica d’Adam Hughes qui me paraissait hautement prometteur. Venant d’en terminer la lecture, je vous livre donc mes impressions de ce petit voyage dans les rues de cette bourgade américaine.

Un résumé pour la route

Betty_Veronica_1Betty et Veronica est un reboot de la série originale enclenché aux Etats-Unis en 2016. Le scénario et les dessins sont confiés à Adam Hughes avec José Villarrubia à la couleur. Ce volume contient Betty et Veronica #1 à 3 et Jughead 12 dont le scénario est confié à Ryan North et le dessin à Derek Charm. Ces titres sont publiés aux Etats-Unis par Archie Comics. Ce premier volume est publié en France par Glénat Comics sous le label Log-In en 2018.

C’est la guerre à Riverdale entre Betty Cooper et Veronica Lodge et tous les habitants de la ville sont sommés de choisir leur camp dans cette bataille acharnée entre les deux jeunes femmes. Mais quelle est donc la cause de cette inimitié soudaine et brutale entre les meilleures amies ? Même Archie et son fidèle ami Jughead ne semblent pas parvenir à contenir la furie de Betty et Veronica. Un bouleversement majeur menace la cité de Riverdale et plus rien ne sera jamais comme avant !

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

La couverture d’Adam Hughes annonce déjà la couleur, le lecteur va débarquer au milieu d’un combat de femmes. L’affaire a l’air sérieuse et l’opposition entre Betty et Veronica s’annonce frontale. Rien que cette magnifique couverture persuade le lecteur d’ouvrir ce titre. Adam Hughes offre une iconographie très réussie, directement inspirée des artistes américains comme Norman Rockwell, dont le propos paraît être de vouloir nous dépeindre les représentants d’une société américaine crispée et divisée. Graphiquement, cette couverture fonctionne à merveille puisque Adam Hughes y dépeint l’affrontement de la blonde et stoïque Betty et de la brune et volcanique Veronica, tout un programme destiné à intriguer de suite le lecteur : pour quelle obscure raison les deux inséparables ont-elle décidé de se faire la guerre ?

Betty_Veronica_1Pour conter son histoire, Adam Hughes décide de faire intervenir un narrateur original en la personne du chien de Jughead, un toutou aux allures aristocratiques toutefois affublé du surnom quelque peu ridicule de « hot dog ». Dès la première case, tenant la promesse de la couverture, Betty et Veronica se crêpent le chignon sous les yeux incrédules de leurs camarades de classe. Pour mieux souligner le caractère primaire de cette scène, le chien adopte un vocabulaire soutenu et arbore une tenue de lord anglais, renvoyant les humains à la bestialité et se faisant défenseur de la civilisation.

Après cette entrée en matière destinée à capter l’attention du lecteur, on effectue un retour en arrière pour découvrir la source du problème : le diner Chez Pop, le repaire des adolescents, le refuge de leurs peines et l’écrin de leurs confidences va devoir fermer puisqu’il est en train de se faire racheter par une grande chaîne de café, Kweekwegs Koffee. C’est le désarroi dans la petite communauté de Riverdale et Betty Cooper prend de suite l’initiative de lever des fonds pour sauver Pop du rachat et éviter sa transformation en un lieu sans âme. Pourtant, sa meilleure amie Veronica s’oppose au sauvetage et défend ardemment l’implantation de cette chaîne de cafés branchée.

Adam Hughes fait de cette opposition entre les deux jeunes femmes un condensé de deux visions du monde et c’est ce qui fait tout l’intérêt du titre. Betty Cooper défend une vision rurale, un commerce de proximité, un lieu unique qui, bien que vieillot, a son propre charme, du lieu immuable auquel on se raccroche quand on s’éloigne de l’enfance ou quand le monde change et qu’on cherche des repères. Veronica semble vouloir accompagner une modernité urbaine qui tend à l’uniformisation et à une certaine forme de déshumanisation mais qui va dans le sens du progrès et de la mode puisqu’il attire une nouvelle clientèle de hipsters et tourne le dos à l’histoire en se projetant vers un futur radieux où le café coule à flots.

Betty_Veronica_3Certes, on pourrait y voir un combat manichéen mais Adam Hughes sait très bien mettre son lecteur face à ses propres contradictions puisqu’on est souvent tiraillé entre ces deux sentiments contradictoires que sont le besoin de se raccrocher au monde de son enfance et celui de se projeter dans un avenir incertain. Hughes montre aussi combien les grandes chaînes tendent à vouloir écraser les petits commerces et à gommer les particularités locales au profit d’une uniformité sans âme. On voit aussi combien la stratégie marketing et le poids financier des grands groupes fait place nette, balayant sans état d’âme toute velléité de résistance. Betty veut préserver un endroit où ses parents et ses grands-parents ont mangé avant elle afin de pouvoir elle aussi y emmener ses enfants dans une volonté de transmission tandis que Veronica se moque éperdument de briser la chaîne du temps pour proposer quelque chose de neuf et d’innovant. On ne cesse finalement d’être écartelé dans ses propres choix même si, à titre personnel, j’avoue avoir pris parti pour Betty tout au long du récit. Comment arrêter le temps, éviter la destruction des choses auxquelles on tient, de son enfance qui s’effiloche ? Comment empêcher un monde où toutes les villes se ressemblent pour pouvoir accueillir un tourisme de masse qui ne sait profiter que de son portable et de ses selfies ?

Betty_Veronica_2Au delà du combat entre les deux femmes qui reflète celui de tout un pays, Betty et Veronica est un vrai bonheur de lecture grâce à la finesse de l’écriture d’Adam Hughes, de son humour ravageur. les deux pages blanches presqu’entièrement remplies du monologue du chien puis du dialogue entre Betty et Veronica sont un pur bonheur tout comme les interventions canines régulières. Graphiquement, Adam Hughes fait le choix d’une ambiance délicieusement rétro sans être kitsch accompagnée d’une colorisation douce réalisée par José Villarrubia qui donne l’impression d’un univers intemporel auquel on peut facilement s’identifier.

Sur le plan éditorial, Glénat fait encore un beau travail avec ce titre, proposant une belle série de couvertures alternatives et toutes les couvertures originales des singles par Adam Hugues. En fin de volume, l’éditeur propose un épisode bonus tiré de la série Jughead et dont l’ambiance est beaucoup plus détendue et le dessin très cartoony.

Alors, convaincus ?

Si, comme Thomas, j’ai vraiment beaucoup aimé les chroniques de Riverdale et le premier tome d’Archie, c’est pour l’instant ce récit tournant autour de Betty et Veronica que je préfère. Adam Hughes nous donne une histoire touchante dont les thématiques ont su trouver un écho en moi. Je suis également particulièrement sensible à la manière dont l’auteur sait introduire son narrateur canin et ajoute de bonnes doses d’humour à un récit dont le fond porte de vrais enjeux. Enfin, j’aime vraiment beaucoup le trait d’Adam Hughes qui offre une forme de douceur tout en conservant une personnalité forte à ses protagonistes. Un vrai régal et une vraie bonne idée que cette édition française des titres Archie comics par Glénat qui a su récompenser l’attente des lecteurs.

Sonia D.

 

 

 

 

 

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