[review]Wonder Woman Rebirth, Mensonges

En voyage à l’étranger, j’avais mal calculé mon stock vital de comics et je me suis retrouvé en manque. Heureusement, une âme secourable m’a prêté, Wonder Woman Rebirth Mensonges, le deuxième tome de la relance de Wonder Woman.

Un résumé pour la route

Wonder_Woman_1Ce volume de sept épisodes est l’œuvre d’une seule équipe créative avec Greg Rucka (Gotham Central, Batwoman, Punisher) et Liam Sharp. Elle rassemble les épisodes Wonder Woman: Rebirth puis Wonder Woman : The Lies 1, 3, 5, 7, 9, 11 publié en 2016 aux États-Unis par DC Comics et par Urban en France. Cette numérotation est d’ailleurs assez étrange.

Diana est une Amazone vivant isolée entre femmes sur l’île de Themyscira a décidé de découvrir le monde extérieur après le sauvetage du pilote Steve Trevor. Elle devient la super-héroïne Wonder Woman. Dans le dernier arc, Diana est devenue la nouvelle déesse de la guerre après la mort d’Arès et le sauvetage de l’Olympe mais est-ce possible ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Soyons honnête, Sonia et moi-même, nous aimons beaucoup l’Amazone. Sonia a déjà chroniqué Wonder Woman Terre-Un, l’Anthologie et Wonder-Woman Dieux et mortels tome un alors que je me suis chargé du tome deux. Bien entendu, il est étrange de commencer au milieu mais, dès la première page avec les réflexions de Diana, j’ai trouvé que le thème central était passionnant. DC cherche à reconstruire une continuité après la rupture New 52. Dans ce reboot, la maison d’édition avait cherché à se couper de la quasi-totalité de son passé en réinventant les origines de ses principaux personnages.

Greg Rucka a déjà travaillé sur l’Amazone dans un run fameux – mais que je n’ai pas encore lu. Conformément aux souhaits de DC, il va reprendre les origines de Diana mais comment y revenir sans briser tout ce qui a été créé par Brian Azzarello et Cliff Chiang ? En tant que fan d’histoire, j’ai beaucoup aimé l’idée de récréer un lien avec le passé.

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Le scénariste réussit à faire le lien entre le dernier run d’Azzarello, son propre passage sur l’Amazone et les anciennes histoires de George Pérez tout en les actualisant – la secte d’Ares devient un groupe terroriste. Le tissage de différentes versions est brillant et très habile. Par exemple, le changement de costume plus en lien avec le film et la continuité est intégré dans l’histoire globale. Diana abandonne le faux argent pour revenir à l’or traditionnel. Il reprend le personnage de l’archéologue telle que Pérez l’avait créé et, après l’omniprésence des dieux de l’arc précédent, il ajoute de nouvelles collaboratrices terriennes. Diana se rend compte que ses aventures récentes sont étranges et des bribes de mémoires qui reviennent – sa mère est brune alors qu’elle est blonde chez Chiang. J’ai trouvé que la confusion psychologique de Diana qui ne sait plus qui est sa véritable mère était très intéressante.

Dans ce Rebirth, Wonder Woman veut démêler le faux du vrai par une enquête. Une fois sur l’île de Themyscira, Trevor ne reconnaît aucune amazone. C’est normal car d’autres équipes créatives sont venues et ont modifié les Amazones. On sent donc que Rucka se réapproprie sa série. Il me semble aussi voir un lien avec les fake news sans arrêt brandies par Trump. Contrairement au président twitteur, Diana ne croit pas tout d’emblée mais enquête et observe pour découvrir la vérité. Cette enquête la pousse à retrouver Cheetah qui vit aussi dans le mensonge. Un démon de la jungle, Urzkartaga, a aussi menti pour l’utiliser. Dans le dernier épisode de ce recueil, les mensonges – sur le passé de Diana, sur les Amazones de l’île et sur Bordeaux – se brisent.

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Mensonges est aussi un bon comics d’action. On est dans un récit fantastique sombre assez différent du run d’Azzarello. On suit en parallèle dans une mission au même endroit d’un côté Diana et Cheetah et Trevor avec son équipe de l’autre. On réalise au cours de l’action qu’ils sont tous en lutte contre le colonel Cadulo et la divinité Urzkartaga. Ce récit fait un lien avec la géopolitique contemporaine. Des jeunes filles sont enlevées par des hyènes-garou pour un sacrifice à un dieu comme Boko Haram. Mais ce n’est qu’une partie d’une conspiration plus grande dirigée par la P.D.G. d’Empire Veronica Cale. Elle manipule également Sasha Bordeaux, la cheffe du groupe armé qui aide Diana. Dans ce deuxième recueil, les mystères sont encore denses. Les Africaines sont libérées par une déesse vivant en Amérique ce qui est un peu lourd.

Liam Sharp m’était inconnu avant cette lecture. J’ai apprécié le style très réaliste dès le début mais j’ai trouvé qu’il y avait un manque d’invention dans le cadrage avec un découpage classique. Sharp est cependant très doué pour les animaux comme lors du combat contre des hyènes-garou en Afrique. Cheetah, plus animale que chez Pérez, attaque comme un félin qui court. Son visage superbement réussi passe de l’agressivité du félin à l’animal blessé pour montrer les sentiments humains de colère et de tristesse. A cela s’ajoute un joli travail sur les couleurs en lien avec les sentiments.

Wonder Woman est dessinée de manière féministe. Elle a des formes mais sans démesure et surtout le cadrage la présente comme une héroïne plus qu’une bimbo. On n’est plus dans les années 90. Elle est belle mais n’est pas un simple objet (sexuel). Rucka intègre une thématique féministe. Non seulement, il faut sauver des filles mais Cheetah est punie injustement par le dieu car elle n’était pas vierge. Cadulo pense que Trevor veut « posséder » Diana et considère les femmes comme faibles et inférieures. Le dieu de la jungle a peur des jeunes filles vierges ses prisonnières qui en fait ont le pouvoir de le réduire à néant en s’unissant. Dans son histoire d’amour, Diana embrasse Trevor et donc décide. Elle me semble aussi être favorable à l’amour libre : « Je crois que l’amour n’est pas limité mais sans limites… je suis douée pour aimer mais pas pour les idylles. » Dans le dernier épisode, des stigmates sous un bracelet de Diana apparaissent et, quand on les lui enlève, elle a une révélation entourée de lumières comme un Christ féminin. Il me semble voir au premier plan d’une double page un couple lesbien parmi les femmes qui admirent Wonder Woman comme preuve de la place de cette héroïne dans la communauté LGBT.

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Urban nous gratifie de pages bonus en fin d’ouvrage, bien au-dessus de ce qu’il propose d’habitude – souvent seulement des couvertures et quelques croquis ce qui est déjà plus que Panini. On retrouve la couverture de Franck Cho qui a fait scandale et a valu son départ. Sans avoir rien de choquant, il donne une image peu moderne de l’Amazone alors que les couvertures de Jenny Frison représentent une femme et pas un objet. Dans une thématique proche du poids de l’éditeur, on peut comparer deux couvertures refusées et les changements qu’a dû faire Sharp – Diana ne peut avoir un visage agressif. Il y a également les pages test de Liam Sharp qui ont permis son recrutement. On y voit déjà un univers naturel foisonnant. Par plusieurs pages du crayonné au dessin encré, on voit les superbes dessins et cela m’a permis de réévaluer le travail de cet artiste.

Alors, convaincus ?

Ayant pris en chemin la quête de Diana, j’ai été captivé par le talent de Rucka pour modifier le passé de Diana et en faire le sujet de la série. J’ai aussi beaucoup aimé les revendications féministes très actuelles par le personnage, ses ennemis et la vision générale des femmes mise en avant scénaristiquement et aussi artistiquement. Même si j’ai beaucoup aimé le run d’Azzarello, je trouve bien plus touchante l’idée d’une Wonder Woman sans père et créée uniquement par l’amour d’une mère. Je me demande quelle origine sera choisie. Forcément, je ne peux que courir chercher la suite, ce que mon banquier va adorer.

Thomas S.

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