[review] The Dying and the dead tome 1

Jonathan Hickman est un auteur au style particulier dont on remarque les récits aussi bien lorsqu’il travaille pour les Big Two que lorsqu’il écrit des comics indépendants. L’auteur est réputé pour écrire des histoires exigeantes dans lesquelles il est parfois un peu complexe de rentrer. Le pitch de The Dying and The Dead promettant une chasse aux reliques et des rencontres du Troisième type, je n’ai pas hésité à me plonger dans le titre.

Un résumé pour la route

Dying_and_the_deadThe Dying and The Dead est un titre scénarisé par Jonathan Hickman et illustré par Ryan Bodenheim. Ce volume regroupe les cinq premiers numéros sorti en 2015 chez Image comics. En France, le titre est publié chez Glénat Comics en 2018.

L’histoire débute sur une romantique île grecque avec un mariage. Pourtant, l’affaire tourne vite au cauchemar quand le mari est brutalement abattu sous le regard froid de sa femme qui semble complice de ce massacre. Il s’agit pour une obscure organisation de mettre la main sur un artefact magique, mais pour qui, et pourquoi ? Quelques temps après ces tragiques événements, un homme fatigué et dans la peine veille au chevet de sa femme qui se meurt d’un cancer. Jusqu’où cet individu est-il prêt à aller pour retrouver l’espoir de guérir son épouse ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avant toute chose, précisons que le style de Jonathan Hickman est parfois complexe à suivre. L’auteur aime les complots alambiqués et adore perdre son lecteur, ce qui nous oblige à la fois à être concentré et à relire plusieurs fois le récit pour en découvrir toutes les subtilités. Est-ce pour autant rebutant ? Que nenni, bien au contraire, c’est profondément jouissif de tenter de s’orienter dans un tel labyrinthe et de regrouper les morceaux du puzzle qu’on s’amuse à reconstituer petit à petit. Au départ, on se demande bien où l’auteur veut nous emmener et tout s’imbrique avec intelligence peu à peu.

En outre, Hickman nous offre un récit bourré de références mythologiques et de clins d’œil cinématographiques, chacun pourra greffer ses propres références. La quête du héros cherchant à arracher sa belle à la mort me fait inévitablement penser au mythe d’Orphée, obligé de descendre aux Enfers pour arracher son épouse Eurydice des griffes d’Hadès le dieu des Morts. Comme Orphée, le colonel est prêt à tous les pactes pour sauver sa bien-aimée. Sa descente aux Enfers prend la forme d’une quête imposée par des personnages blanchâtres et hiératiques qui ressemblent à ceux d’East of West, un autre de ses titres. D’ailleurs, lorsque le Colonel rend visite aux anciens, il traverse un fleuve laiteux –  qui évoque le Styx – sur une barque dirigée par un nocher qui pourrait tout aussi bien s’appeler Charon. Hickman assume donc pleinement ses emprunts à la mythologie grecque.

Dying_and_the_dead_2Mais les Anciens à la rencontre desquels le Colonel part peuvent aussi faire penser à ceux de Lovecraft même s’ils n’ont pas le look d’un Cthulhu. Hickman garde une forme de mystère sur ces Anciens planqués sous terre dans une cité à l’architecture grandiose qui semble être un condensé des différentes civilisations de l’humanité : pyramide évoquant Chichen Itza ou dôme rappelant les églises byzantines ou les mosquées… Le dessinateur Ryan Bodenheim livre d’ailleurs de très belles planches, montrant ainsi combien le décor est important dans un comic-book. Hickman reprend également les multiples théories qui prétendent que les extraterrestres sont déjà venus sur Terre et avaient asservi les hommes qui les ont ensuite pris pour des dieux.

Tout au long du titre, on sent l’appétence d’Hickman pour les mythes et pour l’Histoire.  L’un des artefacts évoqués est un marteau magique qui n’est pas sans rappeler le Mjolnir de Thor mais on pourrait aussi parler de l’Arbre de vie qu’on retrouve aussi bien dans la Bible que dans la Kabbale mais qui pourrait tout aussi bien évoquer l’Irminsul des Saxons.

Dans une sorte de clin d’œil à Indiana Jones, on croisera ainsi Hitler, Mussolini ou Hiro-Hito à la recherche d’artefacts magiques. Là encore, le lecteur est entraîné aux frontières de l’Histoire et de la légende qui veut que les nazis étaient en quête d’objets pouvant être porteur d’une force magique. Cependant, quand dans Indiana Jones, on a affaire à un héros jeune et fringuant, Hickman met en avant un colonel en retraite, usé, vieux et dépressif et ses anciens comparses sortis de prison ou de maisons de retraite prenant ainsi le lecteur à contre-pied puisqu’on se demande bien comment une telle bande de bras cassés va pouvoir accomplir une quête digne des chevaliers de la Table ronde.

Si les Anciens ne sont guère sympathiques à priori – ils sont sous la coupe d’un Évêque et s’apparentent presque à une secte – le Colonel et ses quatre comparses sont assez touchants et on a évidemment envie qu’ils réussissent. Hickman réussit donc à faire éprouver de l’empathie pour ses personnages ce qui n’était pas forcément une évidence mais la course contre la mort du Colonel et de son équipe ne peut manquer de nous toucher, nous interrogeant sur notre propre rapport à la mort et à celle de nos proches. Que serions-nous prêts à accomplir pour repousser l’échéance ?

Dying_and_the_dead_1

Côté dessin, Ryan Bodenheim livre des planches très réussies et aérées qui soulignent les émotions des personnages à l’aide de gros planches sur des visages torturés. Si les représentations humaines sont de qualité, il en va de même pour ses architectures, notamment la fameuse Cité des Anciens qui s’étend sous terre.

Alors, convaincus ? 

Un meurtre sauvage, un artefact magique, des Anciens mi divinités mi extraterrestres,  les plus grands dictateurs du XXe siècle et un groupe de vieillards chargés de récupérer une relique dans des conditions extrêmes, voilà tout ce que vous propose Jonathan Hickman. Si vous aimez les intrigues complexes faits de complots, ne boudez pas votre plaisir. The Dying and The Dead est très bien écrit, bourré de références mythologiques et plutôt bien illustré.

Certes, cette lecture est un peu exigeante et parfois labyrinthique mais c’est plutôt plaisant de se perdre pour mieux retrouver son chemin, comme dans une quête initiatique.

Sonia D.

 

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