[Keep comics alive] Les débuts d’Image Comics : Top Cow

Profitant de congés, j’ai pris le temps de relire d’anciennes revues et en particulier des débuts d’Image comics en France. Le principe est simple : je ne fais pas de choix et je ne rachète rien – mis à part Youngblood pour faire plaisir à Sonia – mais je relis mes anciens numéros. Les critiques dépendront donc de mes archives : quinze numéros de Cyberforce, presque l’intégralité de WildC.A.T.S, six épisode de Divine Right, trois épisodes de Wetworks, deux épisodes de Darkness, un épisode de Gen13. Pour commencer, j’ai relu les comics de la compagnie créée par Marc Silvestri : Top Cow productions. 

Une petite présentation

Cyberforce_1En fouillant dans le stock familial de comics, j’ai retrouvé deux séries de Top Cow :

– la mini-série Cyberforce dessinée par Marc Silvestri et écrite par son frère Eric, les revues 1 à 6 de Cyberforce dessinée par Eric Silvestri et écrite par Marc puis Chris Claremont puis 9 à 12 dessinée par David Finch et écrite par Marc Silvestri, Brian Harlin et Brian Holguin. Ces épisodes sont publiés entre 1992 et 1995 aux États-Unis.

Cyberforce est une équipe de mutants dont les membres ont été transformés en cyborg par l’entreprise Cyberdata. Ils se sont émancipés et deviennent ensuite une force destinée à détruire cette entreprise et à défendre les justes causes.

– les revues Titan du numéro 216 au 219. Outre la série Cyberforce, cela va me permettre d’évoquer les séries Velocity, Cyberforce Origins et Arcanum.

Tous ces magazines sont édités entre 1996 et 1998 par Semic éditions en France.

Ce comics a-t-il le Power ?

 

Top_Cow

Il est tout d’abord nécessaire de revenir sur un fait marquant : le nom de la maison d’édition des Silvestri. Top Cow (le meilleur de la vache) et de son logo. C’est objectivement complètement ridicule. Peut-on justifier ce choix par l’alcool, l’abus de white russian ? Cela me rassurerait.

Cyberforce

Il est assez étrange que Semic ait choisi de publier la série limitée après la série régulière. J’ai toujours été fan du dessinateur Marc Silvestri et c’est ce qui m’a poussé à acheter la série qu’il venait de créer. J’ai été heureux de retrouver son style avec des visages pointus et un dessin dynamique par le choix des angles, les éléments qui sortent de la case. Certaines cases sont un peu inachevées. Au contraire, j’ai trouvé que les couleurs un peu fades avec une dominante de jaune et de marron ont très mal vieilli. Est-ce le papier qui a jauni ? Avec le lancement de la série régulière, la couleur passe au numérique et a bien plus de nuances. Cependant le dessin en arrière-plan des cases est très simple et l’encrage très léger. On a du mal à distinguer les visages – est-ce un problème technique ou un choix ? Le dessin trop simplifié devient banal. Le dessin de Silvestri sur cette série a mal vieilli. Les équipes d’Image avaient décidé d’échanger les équipes créatives pendant un épisode. Todd McFarlane écrit et dessine l’épisode huit. C’est assez amusant car le scénario se rapproche de Spawn – plus gore et plus horrifique. Dans la revue Cyberforce neuf, David Finch arrive au dessin avec un style proche de Silvestri mais des cases plus grandes, des couleurs plus sombres et un meilleur relief. Il réalise parfois de magnifiques planches mais on ne retrouve pas son style actuel sauf sur les couvertures.  On sent que ce sont les débuts de Finch car le dessin est irrégulier – les visages et le style varie selon les pages. Finch s’affirme de plus en plus comme un Jim Lee gore et gothique. Il gagne en régularité et un style personnel s’affirme. Globalement, le dessin est irréprochable sur cette série.

Cyberforce_2

Le récit démarra classiquement mais efficacement comme un film noir : une femme étrange à la peau blanche avec un éclair noir sur le visage – Velocity – est poursuivie de nuit par un groupe armé dans le quartier mal famé d’une ville. Jouant toujours sur l’étrangeté, on trouve plus loin un garçonnet s’amusant avec une voiture télécommandée tout en donnant des informations technologiques poussées. On découvre vite les personnages principaux de l’équipe et leurs opposants – Mother May, chef d’une mafia mutante mais aussi Cyberdata avec sa milice SHOCKS – dans un bon premier épisode de présentation. La mini-série est une bonne série B agréable mais on a du mal à croire que cela tienne la distance.

Le lecteur repère très vite beaucoup de pillages à d’autres séries. Pour le design, le personnage de Cyblade « ressemble » beaucoup à Psylocke et la base dans le sous-sol à celle des X-Men. Le QG se situe dans la même ville que celle des mutants de Marvel. C’est surtout le cas pour les pouvoirs de ces nouveaux héros – Ripclaw est un Wolverine indien, Velocity ressemble à Flash, Impact à Colossus, Stryker à Cable, Heatwave a des rafales de plasma comme Havok. Velocity est la Kitty Pryde de Cyberforce – une jeune fille qui vit au milieu d‘adultes expérimentés. En fait, Silvestri se crée ses X-Men. C’est assez logique pour un ancien dessinateur des mutants et il retrouve ses réflexes dans sa série. Les mutants sont rejetés mais, à l’inverse des X-Men, les mutants sont ici les ennemis. Sauf Ripclaw, tous les héros sont blancs. C’est un peu réactionnaire. Je n’étais pas dépaysé. Au début, le scénario est plutôt prenant et le design plein de testostérone agréable. On s’attache très vite à Velocity. La fin est assez touchante car on réalise à sa mort que Mother May est la mère de Velocity et Ballistic.

Pour une nouvelle série, le scénario n’est pas assez original. Top Cow a tout misé sur le dessinateur et négligé le scénario. On est très proche des films d’action : l’action démarre très bien mais l’histoire est creuse surtout les dialogues et les tentatives de blagues. Les combats étant omniprésents. Il y a donc parfois des manques dans la narration – comment Velocity a-t-elle été reprise ? – et des incohérences – Stryker arrive très facilement à s’infiltrer dans la mafia. Ayant seulement lu les débuts d’une autre maison d’édition Valiant, je trouve qu’ils se sont bien mieux débrouillés en misant plus sur l’histoire.

Cyberforce_3On a très vite le sentiment de lire un recueil de poncifs. L’idée de héros entre mutants et cyborg fait concept marketing. Cyberdata cache un extraterrestre qui veut supplanter la race humaine. Vingt ans après, certains éléments de l’histoire me paraissent très ridicules. Tout d’abord pour les personnages, Stryker a 3 bras droits alors qu’il n’a qu’un bras gauche. La multiplication rapide des personnages crée de la confusion. Pour une équipe secrète, leurs interventions sont beaucoup moins discrètes que les WildCATS. Ballistic trahit Cyberforce pour récupérer un agent secret qui meurt l’épisode suivant. On saura ensuite que c’est son père !!! Le scénariste glisse seulement une critique du capitalisme.

C’est une série assez frustrante à lire car les personnages pourraient être intéressants –Ripclaw incarne la figure d’un indien très torturé comme dans des westerns – mais les dialogues restent toujours aussi creux. La série est lancée par un crossover avec WildCATS. Cela facilite la comparaison qui ne tourne pas au bénéfice de Cyberforce. Le scénario cherchant à relier ces deux groupes ne fonctionne pas et donc sent la tactique marketing : la relation triangulaire entre Ripclaw, Misery et Warblade parait convenue, Au final même Misery était manipulé par Richtoffen, un méchant nazi très convenu.

Les histoires tournent souvent en rond car la série navigue entre les styles mais ne trouve pas de personnalité. Ripclaw devient sans originalité un enquêteur dans un polar urbain à la Batman qui bascule dans un combat contre la drogue en Amérique du Sud. Pour la troisième fois, l’équipe doit faire venir Velocity. L’ambiance au sein de l’équipe est toujours désagréablement très militaire.

Claremont scénarise de l’épisode neuf jusqu’au onze et reprend tout. J’ai retrouvé avec plaisir les thèmes de ce scénariste adoré même si ce n’est pas le plus original. Il débute par des policiers, des héros du quotidien dépassés par les super-héros. Il introduit un nouveau personnage – Huntsman, un guerrier très agile et un lieu très futuriste – Empire city avec des morlocks à la technologie moderne. Comme dans la saga de Broods de la même équipe créative, des humains sont infestés et deviennent mauvais mais ici c’est par la technologie. Le combat se déroule sur terre et dans un Monde virtuel comme Matrix. Claremont reprend l’idée d’intégrer le mainstream à la mode dans ses bd.

A partir du neuvième numéro de la série, les personnages de l’équipe sont plus perturbés. Le chef de Cyberdata a été remplacé par un ancien assistant qui veut remplacer tous les humains par des cyborgs. La série se poursuit dans la revue Titan quand l’éditeur a perdu la licence Marvel. L’arc sur le conflit à l’intérieur de Cyberdata est décevant car tout se termine trop facilement avec à peine un combat mais Ripclaw se révèle un virus humain qui détruit l’entreprise. L’arc suivant voit l’intervention d’Ash, le héros créé par Joe Quesada en indépendant et une intervention de la magie qui montre l’influence grandissante de Finch. Mais il reste le problème du texte et on sent que la série navigue à vue.

La lecture de Titan m’a permis de redécouvrir d’autres séries Top Cow. On trouve tout d’abord une série limitée sur chaque héros de Cyberforce. Hélas, cette série est globalement sans intérêt car la série principale est déjà faible. Riche héritière, Cyblade devenue un assassin à la mort de son père, m’a fait penser à Elektra. Cependant, l’épisode donne une image misogyne des femmes par un dessin caricatural et inspiré du manga, dans le style pire des 90’s. De la même manière, l’épisode sur Stryker a un style de Liefeld de seconde division avec la même posture cambrée des femmes.

Arcanum est une série écrite et dessinée par Brandon Peterson que j’ai récemment redécouvert dans une intégrale X-Men. Il est aussi devenu scénariste mais sans plus d’originalité. J’ai fortement pensé à Witchblade et Darkness. Witchblade apparaît d’ailleurs dans une case. Tout commence dans une ambiance mythologique et magique par le texte et l’image avec yin et yang, la Fileuse antique représentant la mort. La partie sur le fanatisme des croisades est bien vue – les chevaliers occidentaux ont attaqué des coptes sans le savoir. Une innocente qui découvre son pouvoir est poursuivie par des super vilains. La magie choisit des avatars et les pousse à choisir un extrême, le bien ou le mal. Ce choix déterminera l’avenir du monde. Cette histoire alambiquée ne m’a pas intéressé et les dialogues sont toujours très creux. J’avais très peu apprécié ce dessinateur dans les X-Men. Même si les couleurs et l’encrage sont bien meilleurs, j’ai toujours du mal avec ses visages caricaturaux et des effets numériques datés.

La mini-série Velocity est écrite par Kurt Busiek – hélas loin de son meilleur. Cette jeune super-héroïne était intéressante dans Cyberforce mais elle apparaît ici idiote. Cette série prouve simplement qu’elle arrête de fuir. Nine Volt, aux dessins cartoony pénibles présente un récit de science-fiction avec un extraterrestre et un cyborg. On retrouve ce thème avec 21 dont le héros à la tenue grunge de rigueur m’a fait rire. Dans une ambiance proche de La fureur de vivre, de Riverdale et Archie, ce récit des aventures d’un ado dans le futur est peu convaincant. Titan est plus une compilation des fonds de tiroir qu’un best of de Top Cow car Witchblade et Darkness, plus populaires étaient publiées à part.

Alors, verdict ?

Cyberforce c’est beaucoup de gun mais peu de fond. Au bout de plus de vingt épisodes on n’en sait pas plus sur les sentiments et la psychologie des personnages. Il ne faut pas lire cette série pour se poser des questions sur le destin du monde ou la philosophie mais juste pour le plaisir de l’action, une lecture agréable mais vite oubliée. J’en viens même à me demander pourquoi j’ai suivi si longtemps cette série ?

Thomas S.

 

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