[review] Orc Stain tome 1

Vous êtes vous déjà demandé à quoi ressemblerait un monde essentiellement peuplé d’orcs, ces créatures sauvages et bestiales qui jouent les méchants dans les récits d’heroic fantasy ? James Stokoe semble vouloir apporter une réponse à cette question en proposant avec Orc Stain un voyage dans un univers où les orcs sont au centre de l’histoire. Le trait et les techniques narratives de James Stokoe m’avaient fascinée lors de ma lecture de son Aliens Perdition sorti chez Wetta. C’est pourquoi, j’ai jeté mon dévolu sur ce titre. Les orcs ont-il réussi à me séduire ?

Un résumé pour la route

Orc_Stain_1Orc Stain est scénarisé et dessiné par James Stokoe. Le titre sort en 2015 chez Image Comics aux Etats-Unis. En France, le premier tome d’Orc Stain sort chez Paperback en 2018.

De tous temps, les orcs ont ravagé le monde sans parvenir à s’unir et à construire un empire solide. Les seigneurs de guerre se livrent à des combats sans merci et les différentes tribus d’orcs s’opposent sans pitié et sans répit. Toutefois, l’un d’entre eux semble avoir pris le dessus et se fixe pour objectif d’unir toutes les peuplades sous sa coupe. Le grand Orctsar régnera-t-il enfin sans partage sur un monde de feu et de sang ou quelqu’un se dressera-t-il contre sa tyrannie ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Un monde peuplé d’orcs a de quoi intriguer, comment rendre intéressants ces personnages souvent représentés en groupes de brutes épaisses tailladant tout ce qu’ils rencontrent indistinctement ? De prime abord, James Stokoe ne déroge pas à la règle et présente un monde brutal où les différentes peuplades se bastonnent pour un regard de travers ou une parole de trop et vivent dans une indiscipline généralisée. L’auteur montre comment un personnage comme le grand Orctsar cherche à régner sans partage en unifiant ces tribus autour d’un projet commun avec la recherche du « Chibre divin ». Tiens, ça ne vous rappelle rien ? Un roi qui fédère des tribus batailleuses en les entraînant dans une quête… on dirait bien une variante du mythe arthurien, le grand Orctsar pouvant s’apparenter à un roi Arthur avec des canines un peu plus développées. A cette mythologie s’adjoignent des références presque bibliques lorsque le grand Orctsar fait pourchasser et emprisonner tous les orcs borgnes parce qu’un oracle lui a prédit que l’un d’entre eux pourrait précipiter sa chute, ce qui n’est pas sans rappeler le massacre des Saints Innocents par le roi Hérode ou l’histoire d’Oedipe. Orc_Stain_3

Comme dans nombre de récits mythologiques, le sort s’acharne sur un innocent, ici Qu’Un Oeil qui n’a rien demandé à personne et qui ne souhaite que vivre paisiblement sans qu’on lui crée d’ennuis. Qu’Un Oeil vit de petits trafics mais ne semble pas mettre en péril l’ordre établi, c’est pourtant contre lui que le Grand Orctsar déchaîne ses hordes. James Stokoe semble très bien maîtriser ce type de récit qui tient à la fois du mythe et du conte de fée et se sert de tous les ingrédients nécessaires avec justesse. Sur le plan graphique, l’univers dans lequel les orcs évoluent me fait vraiment penser aux civilisations de l’Amérique du Sud mais alliées à des références asiatiques. Le tout donne un monde très étrange particulièrement sanguinolent.

Les Orcs ont d’ailleurs apparemment leurs propres mythes et l’histoire de leur peuple est parcellaire. Noyés dans l’anonymat, seuls les plus vaillants d’entre eux peuvent avoir l’honneur d’être désignés par un numéro inscrit sur les statues monumentales qui les représentent. Il s’agit d’une mémoire partielle puisqu’en dehors des numéros, on ne sait rien d’eux, du moins dans ce premier tome. Et c’est d’ailleurs là toute la force de James Stokoe de distiller des informations sur son univers tout au long de ses pages. Il ne se perd pas en digressions, ne passent pas des pages et des pages à décrire un monde mais il y plonge son lecteur qui découvre des indices tout au long du récit. L’auteur maîtrise l’art du suspense, comme il l’a déjà démontré dans son magistral ouvrage centré sur l’univers d’Alien.

Orc_Stain_2Attention tout de même, on est loin d’un monde bucolique et poétique, le lecteur est sans cesser rappelé à la réalité : la Terre est peuplée d’Orcs, des êtres anthropomorphes sans pitié et bagarreurs, plus ou moins futés mais qui inspirent rarement l’empathie. Stokoe offre une histoire au verbe fleuri et aux préoccupations quelques peu triviales. La punition ultime étant de priver un orc de son attribut masculin. C’est peut-être ce qui m’a le moins passionné dans ce récit, même si, là encore, cette obsession pour l’attribut masculin est omniprésent dans les mythes de tous les continents, comme en Egypte où la pauvre déesse Isis passe son temps à parcourir le monde à la recherche du membre perdu de son frère / époux Osiris. Le traitement qu’en fait James Stokoe est intelligent et plutôt drôle mais j’ai eu du mal à y être sensible.

C’est donc la trame générale du récit et la thématique de la lutte de David contre Goliath, du marginal contre l’institution, du petit contre le puissant qui m’ont intéressée ainsi que la palette graphique impressionnante de Stokoe qui fait évoluer des Orcs aux allures punk dans un décor tantôt champêtre, tantôt dévasté, peuplé de créatures bigarrées et étranges. Notons que les personnages féminins sont avant tout des oracles et des sorcières, des êtres inquiétants et qui disposent du savoir, ce qui en fait des marginales dans cet univers.

Alors, convaincus ?

Dans l’ensemble, le récit de James Stokoe est vif et enlevé. L’auteur sait mobiliser toutes les ficelles qui font le succès des bonnes histoires d’heroic fantasy auxquelles il mêle les références mythologiques de toutes origines. Ses planches montrent également son imagination débordante qui s’appuie sur des bases architecturales solides et des références picorées dans différentes civilisations. Ses Orcs sont tout à la fois impitoyables, durs, drôles, maladroits ou pathétiques et l’on s’amuse à reconnaître les peuplades selon leurs particularités et nous y sommes aidés par le guide inséré en supplément.

Reste que le « gronche » est un tantinet omniprésent à mon goût, même s’il faut sans doute y voir une critique intelligente voire un hommage aux récits mythologiques peuplés de divinités émasculées en quête de virilité. Loin d’être une histoire basique, Orc Stain est hyper référencé, ce qui en fait toute la saveur, même s’il peut dérouter une partie du lectorat.

Sonia D.

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Je l’ai feuilleté aujourd’hui Chez Momie Dijon, le pitch et le dessins m’ont bien attiré et après avoir lus ta review je pense que je vais tenter l’aventure tant l’univers a l’air riche.

    Aimé par 1 personne

    1. Sonia Smith dit :

      Stokoe est vraiment un maître du dessin, je te conseille aussi son Alien si tu veux en prendre plein les yeux 🙂

      J'aime

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