[review] Invisible Republic tome 2

Le premier volume d’Invisible Republic m’a immédiatement conquise à la fois par son ambiance graphique due au talent de Gabriel Hardman et Jordan Boyd et par un récit de politique fiction très bien mené. Ce titre est même parmi mes coups de cœur 2018. J’attendais donc fébrilement le deuxième tome car il n’est pas toujours évident de maintenir un récit de qualité sur la durée. Le récit étant quelque peu touffu, je conseille de relire le tome 1 avant de s’attaquer au deuxième.

Un résumé pour la route

Invisible Republic_2_1Invisible Republic est co-scénarisé par Corinna Bechko et Gabriel Hardman qui se charge également des illustrations secondé à la couleur par Jordan Boyd. Aux Etats-Unis, le titre sort chez Image Comics en 2016. En France, Invisible Republic est édité chez Hi Comics en 2018.

Sur Avalon en 2843, le régime Malory dirigé par Arthur Mc Bride vient de tomber laissant place au chaos. Le journaliste Croger Babb cherche à comprendre et tombe fortuitement sur un manuscrit extraordinaire, écrit par la cousine du dictateur, Maïa. Ce récit contredit la version officielle de la prise de pouvoir par Arthur et montre un tout autre visage du personnage. Reste à savoir si ce document est authentique et s’il raconte la vérité. Croger Babb va donc se lancer dans une enquête approfondie afin de retrouver trace de Maïa et de pouvoir confirmer le contenu de son journal.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Pas le temps de souffler avec ce deuxième tome. La chute d’Arthur Mc Bride qui tenait Avalon d’une main de fer ne semble pas laisser place à la démocratie. Tiens, d’ailleurs, je n’avais absolument pas remarqué cette référence au mythique roi Arthur qui est devenue évidente dans ce deuxième volet. Arthur Mc Bride est donc une sorte de nouveau souverain qui a commencé par être un rebelle pour devenir un dictateur. Gabriel Hardman et Corinna Bechko semblent vouloir nous dire que la prise de pouvoir change inévitablement le plus idéaliste des hommes. Mais on va également bien plus loin que cela avec l’apparition d’un personnage mystérieux revenu d’exil, la baronne Pannonica de Roths qui, si l’on reprend la symbolique arthurienne, pourrait rappeler la Dame du Lac par le rôle qu’elle a joué dans le passé. Si vous vous intéressez aux mythes arthuriens et à la façon dont ils traversent notre histoire contemporaine, je ne saurais trop vous recommander la lecture de l’ouvrage de William Blanc sur le sujet, le roi Arthur, un mythe contemporain, paru chez Libertalia. Ce livre vous sera très utile pour mieux saisir les subtilités d’Invisible Republic et de nombreux autres comics en lien avec Arthur.

Invisible_Republic_2_3

Dans ce récit, les auteurs reprennent les techniques scénaristiques qui ont fait le succès du volume précédent en alternant les scènes se déroulant dans le présent et celles du passé qui sont principalement racontées par Maïa, la cousine d’Arthur, et son manuscrit. Les auteurs mettent en avant le travail d’enquêteur de leur personnage principal, le journaliste Croger Babb qui va pouvoir confronter la source écrite et les dires de Maïa avec laquelle il peut enfin dialoguer. Babb est d’ailleurs un modèle dans son métier : il prend tout avec distance, se méfie aussi bien des écrits que des personnes qu’il rencontre dont il sait très bien qu’elles peuvent le manipuler ou lui mentir. Il ne craint pas non plus le danger et n’hésite pas à risquer sa vie pour obtenir des informations nécessaires à son enquête.

Hardman et Bechko, à travers le récit de Maïa et les yeux de Croger Babb nous dévoilent un monde plus trouble encore que celui auquel on s’attendait. Lorsqu’on est plongé dans le passé, on s’aperçoit que les rebelles qui luttent contre les riches dépravés au pouvoir ne sont pas forcément unis, qu’ils ne poursuivent pas forcément les mêmes buts et que des alliances contre-nature peuvent même se former. Ils confrontent également leurs personnages à la réalité de leurs actes : rêver d’une rébellion n’est pas la même chose qu’y participer et on ne peut guère conserver les mains propres dans ces périodes de crise politique. Maïa est sans doute l’un des personnages les plus intéressants du titre, une jeune femme entière mais rongée par le doute là où son cousin semble ne pas s’embarrasser de scrupules. Maïa est sans doute la plus humaine d’entre tous et c’est pourquoi j’ai une certaine tendresse pour elle alors que son cousin m’inspire plutôt un certain mépris, notamment lors d’une scène d’autocritique où il montre son véritable visage, ce qui n’est pas sans rappeler les heures sombres du régime stalinien.

Si le passé est complexe dans Invisible Republic, le présent ne l’est pas moins. Hardman et Bechko sont extrêmement subtils dans leur écriture puisqu’ils ne révèlent que par petites touches le nouvel environnement politique fait à la fois de chaos et de régime autoritaire. La paranoïa semble régner et la Terre semble vouloir reprendre le contrôle d’une Avalon en perdition en installant une sorte d’armée et en s’en prenant à la presse. Quand on referme ce deuxième tome, on se prend à penser qu’Invisible Republic décrit un futur plus que probable si on oublie qu’Avalon n’est pas notre planète mais un satellite de la Terre de 2843.

Invisible_Republic_2_2Graphiquement, Gabriel Hardman livre des planches de toute beauté. Les décors comme les vaisseaux spatiaux sont foisonnants et réalisés avec le plus grand soin. Lorsque le QG de Maïa apparaît au loin sur une colline, on pourrait presque y reconnaître une forteresse médiévale – Avalon oblige – revisitée. Décors urbains, grands espaces, intérieurs glauques ou bourgeois, Hardman excelle pour placer ses personnages dans un univers à la fois futuriste et réaliste. Les cases sont denses et le coloriste Jordan Boyd varie les effets pour bien segmenter les scènes du passé – en couleurs – et les scènes se déroulant dans le présent – en sépia ou gris, à l’inverse de ce qui se fait d’habitude – la couleur réservée au présent et le noir et blanc au passé. Quant aux individus, ils sont très expressifs et évoluent dans des cases d’une grande densité qui donnent parfois une impression d’étouffement.

Alors, convaincus ?

Tout comme le premier volume, ce tome d’Invisible Republic est d’une grande richesse graphique et scénaristique. Le monde de 2843 est certes un univers de Science-fiction où la Terre est à la tête de multiples satellites et où les vaisseaux spatiaux sont abondants mais il a beaucoup à nous dire de notre bonne vieille société. Hardman et Bechko dépeignent la marche du révolutionnaire Arthur McBride vers un pouvoir absolu, le lent retour à la normale après sa chute et le combat de quelques journalistes pour faire éclater une vérité que tout le monde veut occulter.

Les auteurs nous invitent donc à regarder par delà l’Histoire officielle et les vérités révélées pour aller contempler le dessous des cartes. Aucune prise de pouvoir n’est exempte de compromis et de part d’ombre. Il faut donc encourager les personnes qui veulent mettre en lumière une forme de vérité ou au moins chercher ce qui est vrai derrière les mythes.

Franchement, ce deuxième volume est aussi dense que le premier et mérite d’être relu plusieurs fois pour en savourer toutes les subtilités. Invisible Republic se maintient au rang des meilleurs titres de 2018 pour moi.

Sonia D.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s