[review] Apocalypti Girl

Deuxième titre du label Paperback de la rentrée avec Magnus, Apocalypti Girl nous projette également dans le futur et nous propose également de nous interroger sur la condition humaine mais aussi sur les conséquences irréversibles et dramatiques que les actions des Hommes peuvent avoir sur une planète entière. Le label Paperback a donc décidé de nous donner à lire des titres qui donnent matière à réflexion et ce choix s’avère, pour l’instant, plutôt payant en terme de qualité.

Un résumé pour la route

Apocalypti_Girl_1Apocalypti Girl est scénarisé et illustré par Andrew McLean, il sort aux Etats-Unis chez Dark Horse en 2015. En France, c’est Casterman qui sort le titre sous le label Paperback en 2018.

Sur une planète totalement dévastée, Aria semble errer toute seule au milieu des décombres d’un monde qui semble avoir disparu. Sa seule compagnie est son précieux chat Réglisse. Cependant, Aria ne manque en fait pas de compagnie mais les autres habitants de ce monde n’ont pas l’air très amicaux.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Apocalypti Girl est un récit dense qui met en scène Aria, une jeune femme solitaire qui évolue sur une planète indéterminée mais dont on remarque qu’elle a abrité une civilisation assez avancée. En effet, Aria évolue au milieu d’épaves de robots gigantesques qu’elle tente désespérément de faire marcher et de ruines urbaines envahies par une végétation luxuriante.

Apocalypti_Girl_2Aria cherche à rompre sa solitude en chantant des airs d’opéra et en dialoguant avec son chat Réglisse qui est apparemment le seul être pour lequel elle éprouve de l’affection. Car la planète n’est pas déserte, elle est sillonnée par des groupes rivaux qu’Aria appelle les Bleutés et les Barbes grises. Ces deux tribus ont oublié toute technologie avancée et se comporte comme les premiers homo sapiens, luttant pour un morceau de forêt ou pour les larmes du soleil. Car oui, ces peuplades ont perdu la science mais retrouvé foi en des croyances en des divinités supérieures qui ont pour seul effet de les pousser à s’entre-tuer. Andrew McLean montre une société qui, ayant perdu ses repères, se tourne vers une forme de religion mâtinée de superstition. Une bonne occasion de réfléchir à la solidité de nos civilisations, des savoirs accumulés en cas d’apocalypse.

Pourtant, Aria, elle, n’a pas succombé à ce retour en arrière, elle est dotée d’une combinaison spatiale, sait se servir de la technologie défaillante qu’elle parvient tant bien que mal à bricoler. Cette femme semble être le seul vestige d’une civilisation avancée. Que cherche-t-elle au milieu de ce monde qui n’est déjà plus le sien ? Aria et son chat sont donc les symboles qu’on peut éviter de redevenir un primitif malgré un environnement hostile. Contrairement aux tribus qu’elle rencontre, Aria ne tue pas ou seulement si c’est nécessaire pour se défendre, elle éprouve de la pitié, des scrupules et des remords et n’appartient à aucune faction. Elle résiste et préfère la solitude à l’appartenance à un clan malgré toute la difficulté de cette condition.

Graphiquement, l’univers créé par Andrew McLean m’a fait penser à une série que je voyais à la télévision quand j’étais môme : les Mondes engloutis dessinée par Patrick Claeys, même si ses personnages aux traits anguleux et aux yeux en amande parfois inquiétants m’ont également fait penser à ceux de Joann Sfar. Andrew McLean alterne les cases bavardes, paradoxalement celles où Aria est seule ou avec son chat et les séries de cases muettes lorsqu’elle rencontre les tribus et se bat avec leurs membres. Ici, la rencontre entre humains ne crée pas le dialogue, bien au contraire.

Apocalypti_Girl_1

Andrew McLean ne livre pas avec Apocalypti Girl un ouvrage désespéré. Il pointe les travers des sociétés qui vont jusqu’à s’autodétruire et ce récit trouve hélas des échos dans le monde actuel. L’auteur présente une planète où la végétation a repris ses droits, ce qui est finalement un signe d’espoir même si elle est parcourue de tribus ayant préféré retourner à l’état sauvage et se réfugier dans la religion. Elle montre aussi que bien loin d’être unis par le drame qui s’est produit les humains restent divisés et trouvent toujours une raison de se faire la guerre. Mais au-delà de ces signes de pessimisme, Andrew McLean offre à son lecteur le personnage d’Aria qui se dresse, optimiste, dans sa quête d’un signe. McLean nous offre aussi un beau duo formé par la jeune femme et son chat, bel exemple d’amour entre un humain et un animal qui se font une confiance mutuelle.

Alors, convaincus ?

Impossible de vous révéler la fin bien sûr mais Apocalyti Girl est un très beau récit à la fois lucide, quelque peu désespéré mais plein de tendresse souligné par le trait déstabilisant mais chaleureux d’Andrew McLean. Si le récit est court, il est une belle fable ou une parabole de ce que pourrait devenir notre monde. J’ai eu plaisir à lire et regarder ce titre parfois terrible et si poétique. Je vous souhaite la même émotion.

Sonia D.

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