[review] Dark Night, Histoire vraie

Cette semaine, nous écrivons sur un comics un peu particulier : Dark Night, Histoire vraie est, comme le titre le montre, l’histoire véridique de la relation de Paul Dini avec les comics et plus particulièrement Batman.

Un résumé pour la route

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Ce volume de 128 pages rassemble l’épisode Dark Night: A true Batman Story de DC Comics sous le label Vertigo en juin 2015 et publié en France par Urban comics en février 2017. Le scénario est de Paul Dini (Batman Mad Love, Paul Dini présente Batman) et les dessins d’Eduardo Risso (100 Bullets, Moonshine).

En 1993, le scénariste de dessins animés Paul Dini est violemment agressé en sortant d’une soirée. Ce traumatisme est un moment de remise en cause complète de sa vie et cela le pousse à réfléchir sur sa relation avec les comics depuis l’enfance.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Dès la première image, l’image de l’auteur branché à des tas de tubes sur son lit d’hôpital m’a frappé. On comprend tout de suite que le récit ne cherchera pas à travestir la réalité mais que Paul Dini nous ouvre son cœur sans pudeur. Tout est raconté en voix off. Dini choisit en effet de parler au lecteur par l’intermédiaire d’une caméra qui filmerait sa confession.

Le récit commence par son enfance de garçon exclu et harcelé par les autres. Dans cette ambiance lourde, la série animée puis la bd Batman ont illuminé son enfance. Forcément, on fait le parallèle avec la première fois que l’on a découvert les super-héros et on est ému. On lit le récit d’un fan de dessin qui réalise son rêve en devenant scénariste de la série animée Batman. Cette carrière prestigieuse est une revanche sur les critiques scolaires du père : être rêveur ou passionné de dessins n’est pas une tare.

On pénètre également la psyché d’une personne traumatisée. En effet, après la première image, Dini n’arrive plus à aborder ce choc personnel et tourne autour du sujet. Les images de l’agression sont extrêmement marquantes. L’attaque n’est pas une étape dans un récit d’action mais elle est écrite et dessinée comme le témoignage d’un moment de violence. Je n’ai jamais lu une scène d’agression aussi longue. On ressent bien plus la violence alors qu’on lit tous les jours de telles scènes. Dini raconte en voix off ce qu’il ressent. Il ne se présente pas comme un héros mais un homme qui cherche à éviter les gros coups. L’image montre sa faiblesse, en position fœtale. Ces pages m’ont fait réfléchir sur la violence. On ne peut plus lire ou voir une scène de violence de la même manière ensuite.

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Dini ne se contente pas de l’agression mais montre ce qui se passe après : comment rentrer chez soi ? Quelle est la réaction des policiers – ici incompétents et peu compatissants ? Chez Warner, on voit la solidarité de ses collègues de travail.

Dini est tellement passionné – et traumatisé – qu’il confond réalité et comics. Des personnages de l’univers de Batman viennent lui parler. Chaque personnage garde la caractérisation des comics et est une figure qui symbolise les amis dont il aurait eu besoin mais aussi les différentes étapes par lesquelles Dini passe pour s’en sortir.

Bruce Wayne apparaît pendant un rendez-vous pour se moquer de lui afin de l’aider à réaliser combien il s’enfonce dans une relation sans issue. Le Joker, logiquement plus méchant, apparaît plus tard quand il se prend une veste alors que Poison Ivy est compatissante. A l’hôpital, Double-face lui apparaît pour montrer les vagues d’idées contradictoires qui le traversent – ou la fièvre ?

Les super-héros accompagnent quotidiennement sa vie mais l’agression a brisé cette relation. Personne n’est venu le sauver alors pourquoi continuer à écrire sur des (super-) héros ? Au contraire, les super-méchants restent présents comme l’Épouvantail. Lors de la déprime où il refuse de bosser, le choc post traumatique est illustré par le Joker – un mauvais génie qui lui conseille de sombrer dans l’apathie. Le Pingouin est un patron de bar car l’auteur a sombré dans l’alcool au point d’attraper une pneumonie. Batman apparaît pour le motiver. Quand Harley revient chez la psy, elle est un signe qu’il va mieux car c’est sa créature. Elle représente le retour de sa créativité.

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Son retour à la vie apparaît quand les super-vilains partent l’un après l’autre. En utilisant, la présence de super-héros, Dini fait passer un roman graphique en douce. Chez un disquaire, le vendeur dit que sa femme qui a un cancer, rit devant le dessin animésWarner. Il se sent égoïste, arrête l’alcool et décide d’agir par la création. Il intègre tout sa noirceur dans le film Batman contre le Fantôme masqué. Batman n’était pas là pour l’agression mais il l’a aidé mais comme une inspiration.

Plus globalement, Dini dévoile tout de sa vie très solitaire à Los Angeles – il reproduit des séances de psy sur ses échecs sentimentaux. Dini décrit son processus pour changer de vie et sortir de sa solitude.

Une histoire vraie est non seulement un récit autobiographique mais c’est bien plus. C’est aussi un essai sur la création. Le scénariste nous explique tout d’abord comment on devient un artiste. L’imagination a été pour lui une soupape face au harcèlement. Il avoue qu’un scénariste aime parfois penser comme un psychopathe. C’est aussi une bd sur la bd. Par des extraits de son storyboard intégrés dans le récit, Dini nous fait comprendre comment il travaille. Une histoire vraie pose la question du lien entre scénariste et dessinateur. L’opération est simplement représentée par le storyboard de Dini. Risso n’a-t-il pas voulu ou n’a-t-il pu le dessiner ? Le scénariste se justifie d’écrire ce sujet si personnel. Il ne veut pas être exhibitionniste mais a un intérêt artistique.

Eduardo Risso se surpasse sur ce titre. Une grande partie des dessins semblent être des peintures à l’aquarelle. Ce volume m’a fait complètement réviser mon avis sur Risso. J’avais bien aimé 100 Bullets mais je trouvais qu’il était dans la copie de Sin City. Ce n’est pas le cas ici car Risso multiplie les styles graphiques avec un trait parfois volontairement très enfantin, ailleurs très réaliste ou cartoony à la façon d’un dessin animé. Cela commence pendant l’enfance où Risso représente Dini comme le seul enfant sans couleur. Il joue sur la couleur et l’encrage pour créer une mosaïque et une histoire éclatée comme l’esprit de Dini après l’agression. Tout cela ne donne jamais un sentiment de brouillon car une touche de couleur identique le lien entre les styles différents. Lors de la deuxième séance de psy, il opte pour un dessin plus réaliste. Après l’agression, les dessins sont moins variés comme si la reconstruction du scénariste se faisait avec un récit moins éclaté.

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L’usage de la couleur m’a fortement marqué. A chaque fois, couleurs et encrage s’adaptent au style. L’intervention des personnages de comics est aussi montrée par un jeu sur la couleur qui permet de facilement comprendre – Bruce Wayne par exemple est en bleu alors que le reste est en jaune. La scène d’agression est réalisée dans un camaïeu très touchant de bleus – plus que le gore d’un rouge.

Alors, convaincus ?

Presque à chaque page, ce comics m’a surpris. Je m’attendais à un récit sur les conséquences d’une agression mais Dini et Risso construisent une fresque bien plus large. Une histoire vraie est une biographie en BD – des premiers souvenirs du scénariste à aujourd’hui – mais aussi une description sa relation avec les super-héros, en particulier Batman. Écrit vingt-trois ans après, on sent que Dini a dépassé cette situation et revient pour faire le point sur cette évolution personnelle. Risso nous éblouit par la multitude de ses techniques.

Thomas S.

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