[review] Motor Girl

Pour notre plus grand bonheur, les éditions Delcourt ont décidé de publier de nombreux titres de Terry Moore comme Rachel Rising, Strangers in Paradise ou Echo. En cette fin du mois d’août, voici le petit dernier de la série, Motor Girl qui évoque les traumatismes subis par une jeune femme revenue de la guerre en Irak. Revenue, vraiment ? On retrouve avec ce titre un Terry Moore au meilleur de sa forme et ce n’est pas pour nous déplaire.

Un résumé pour la route

Motor_Girl_1Motor Girl est scénarisé et illustré par Terry Moore. Le titre est publié aux Etats-Unis à partir de 2016 en creator owned. En France, c’est donc Delcourt qui publie le titre en trois intégrales dont la publication débute en août 2018.

Samantha est une jeune femme traumatisée qui vit hébergée par Libby – que les lecteurs de Strangers in Paradise ont déjà rencontrée – dans une casse au milieu d’un désert où elle exerce ses talents de mécano. A ses côtés évolue un gorille, Mike, à l’humour décapant. Le seul problème est que Mike ne peut être vu que par Samantha. Rien ne serait bien grave si un étrange personnage ne voulait acheter la casse de Libby. Quelles sont les motivations de ce sinistre individu ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Motor Girl est un OVNI ! Avec ce titre, Terry Moore s’amuse à égarer son lecteur presque à chaque page. On croit avoir affaire à une histoire d’amitié entre une jeune femme un peu paumée et un gorille parlant ? Oui, mais, Mike n’existe que pour Samantha, elle est la seule à le voir et à lui parler. Cela m’a immédiatement fait penser au Calvin et Hobbes de Bill Watterson où le petit Calvin se crée un ami imaginaire en la personne du tigre Hobbes. Dans Motor Girl, Terry Moore ne nous présente cependant pas une enfant qui refuse de grandir mais une femme meurtrie par la guerre qui se rassure en se construisant un univers bien à elle.

Motor-Girl-3Libby, femme âgée et excentrique représente, quant à elle, l’ancrage de Samantha dans la réalité. Elle est la figure maternelle, l’infirmière et la personne positive qui veut guérir Samantha physiquement et moralement. Libby est toutefois loin d’être une figure austère et rébarbative, elle est drôle, pince-sans-rire et ne se fait pas prier pour lever le coude ! Les deux femmes forment un duo sympathique et chaleureux. L’amour de Libby ne suffit toutefois pas à garantir l’équilibre de Samantha dont l’esprit s’échappe et retourne inévitablement vers ses traumatismes passés. En effet, Samantha, dans une autre vie, fut soldate en Irak. Terry Moore n’épargne d’ailleurs pas son lecteur et montre bien toutes les horreurs du conflit. Toute la force de l’auteur est d’éviter toute forme de manichéisme : pas d’exaltation de l’armée américaine, pas de stigmatisation de l’ennemi, Terry Moore n’occulte pas l’aspect épouvantable de la guerre, notamment l’utilisation des enfants comme boucliers ou appât mais il ne verse pas dans le misérabilisme. On voit la guerre à travers la terrible expérience de Samantha et on suit la difficile reconstruction de cette jeune femme.

Pour couronner le tout, Terry Moore nous entraîne dans une étonnante chasse à l’extra-terrestre qui nous conduit à nous interroger sur notre perception d’autrui. L’autre est-il inévitablement un envahisseur qui veut mettre à bas notre civilisation ? Notre attitude et celle de l’autre sont conduites par la façon dont nous nous percevons mutuellement : si je vois en l’autre un ennemi, il fera de même. Le lecteur pourra choisir s’il veut voir Bik comme un alien adorable et tout mignon ou comme un épouvantable monstre. Au passage, on appréciera les clins d’oeil de Terry Moore au papa de Tintin puisqu’on aperçoit un personnage nommé Hergé devant une fusée qui aurait très bien pu emmener le capitaine Haddock sur la lune. L’auteur ajoute une petite touche X-Files et Men in Black à son récit afin de lui donner un ton parfois grave et parfois carrément loufoque; il joue avec tous les clichés des récits mettant en scène des aliens et cela fonctionne vraiment bien. Le duo de tueurs en noir est parfaitement bien campé, loin d’être de simples idiots utiles, ils montrent une véritable évolution et montrent que le pire des abrutis peut évoluer et devenir meilleur lorsqu’il laisse l’empathie prendre le dessus sur la peur. D’ailleurs, Terry Moore est un grand malin, on se prend vraiment à aimer tous les personnages ou presque car chacun a un petit aspect touchant qu’il s’agisse bien évidemment de Samantha et de Mike le gorille bougon, de Libby ou de Bik, l’alien qui prend différentes formes au cours du récit. On apprécie même le duo de gros durs envoyés pour rudoyer Libby et qui ont finalement plutôt bon cœur.

Motor-Girl-2Je ne peux guère vous en dévoiler davantage sans spoiler gravement ce titre et vous casser les effets de surprise successifs distillés avec brio par Terry Moore. Motor Girl est vraiment bien écrit, dosant avec subtilité l’humour, la gravité et la sensibilité. Graphiquement, Terry Moore nous livre son univers habituel avec des personnages tout en rondeurs, ce qui leur donne un côté doux sans être mièvre. Il maîtrise parfaitement le mouvement et alterne des cases foisonnantes et très remplies lors des scènes de guerre et des cases plus légères lors des scènes se déroulant dans le désert. Le noir et blanc convient très bien au propos de Terry Moore et souligne son talent comme une évidence. Nous pouvons, au passage, saluer le travail d’édition de Delcourt qui continue à proposer des volumes souples de belle facture et propose, en fin d’ouvrage, les couvertures originales de Motor Girl ainsi qu’un petit carnet de croquis.

Alors, convaincus ?

Cette première intégrale de Motor Girl a provoqué en moi des sentiments très variés : j’ai souvent ri grâce à des protagonistes à la forte personnalité, j’ai éprouvé beaucoup de peine face à la vie de Samantha gâchée par la guerre et la bêtise des hommes, j’ai été surprise face aux rebondissements distillés par un auteur brillant. Motor Girl est très bien écrit, c’est un titre émouvant qui donne envie de pénétrer davantage dans l’univers de son auteur. Voici un des très bons récits sortis en vf cette année, profitez-en !

Sonia D.

 

 

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