[review] Archie tome 1

Archie comics, l’une des plus anciennes maison d’édition de comics est enfin de nouveau éditée en France à la suite du succès de la série télé dérivée de la BD, Riverdale. Après le comic book issu de la série, j’ai lu le premier tome d’Archie publié en France par Glénat le 11 juillet.

Un résumé pour la route

Archie_Riverdale présente Archie rassemble les six premiers épisodes de la relance d’Archie par Mark Waid (Strange Fruit, Princess Leia, Justice League) au scénario. Fiona Staples (Saga) dessine et encre les trois premiers numéros puis elle est hélas remplacée par Annie Wu et Veronica Fish. Les couleurs sont d’Andre Szymanowicz et Jen Vaughn. Cette série a été publiée aux États-Unis par Archie comics en 2016 et en 2018 par Glénat.

Archie est un lycéen anonyme vivant dans une petite ville américaine, Riverdale. Il vient de rompre avec son ami d’enfance, Betty ce qui crée des tensions avec son meilleur ami Jughead. Tout le lycée est sous le choc de cette rupture pendant que le milliardaire Lodge et sa fille Veronica vont venir s’installer dans cette ville paumée.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Bien que méconnue en France car elle a été longtemps mal distribuée, Archie comics est une référence culturelle aux États-Unis. Avant d’ouvrir le volume, je me suis donc questionné : comment Waid et Staples allaient réussir à transformer ces personnages iconiques ? Comme le prouvent les textes écrits par Staples puis Waid, il s’agit d’une modernisation plus que d’une révolution. Les deux artistes sont des fans de la série d’origine et ne veulent pas la trahir. Des constantes restent comme les dialogues assez drôles mais aussi des éléments culturels un peu datés – Archie est un rockeur plutôt qu’un DJ. Archie est devenu populaire grâce à la guitare. Chaque épisode est divisé en plusieurs chapitres. La modernisation passe tout d’abord par le dessin. La mise en page reste très classique mais Fiona Staples sort Archie de son style cartoony habituel. Son trait plus anguleux avec encrage très noir est plus moderne. Heureusement, il y a moins de dessins sur une pleine page par rapport à Saga. Chaque case multiplie les couleurs avec des contrastes forts. Le lecteur baigne dans une ambiance pop sans être mièvre.

Ces mêmes couleurs unifient l’ensemble malgré l’arrivée de nouvelles dessinatrices. Archie comics a en effet fait le choix fort de ne prendre que des dessinatrices. Annie Wu réalise l’épisode quatre dans un style proche de Staples mais le dessin semble moins achevé. Le choix de l’épure devient ici brouillon par des traits inutiles et des visage plus banals. A partir de l’épisode cinq, Veronica Fish arrive. Le dessin est encore un peu plus caricatural.

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Waid modernise aussi la manière de raconter. L’arrivée de Veronica au lycée est amorcée par des petits teasers – une affiche sur son père, des ragots de lycéens, son manoir détruit. Le scénariste reprend les techniques des séries d’action appliquées à une romance. Archie est plus maladroit et moins lisse que dans Riverdale. Ses échecs professionnels sont assez drôles. Les personnages prennent vie par une complexité nouvelle. Contrairement au titre, on ne suit pas seulement Archie mais plusieurs adolescents autour du héros. J’ai une tendresse particulière pour deux personnages secondaires. Jughead est certes le clown de la bande et un glouton mais il a un regard cynique sur le monde – ce riche bourgeois qui a tout perdu enfant, a été harcelé à l’école. On y comprend d’ailleurs l’origine de son pseudo. Le sarcasme du héros à bonnet m’a souvent fait sourire. Betty est une fille moderne qui ne se conforme pas aux stéréotypes de genre – elle est la mécano d’Archie et une puissante joueuse de baseball. Après sa rupture, Betty retrouve sa liberté. Au contraire, Veronica est une peste odieuse qui sera remise à sa place – elle vomit au milieu de la cantine sur la seule double page. Elle craque ensuite dans les toilettes. Betty l’aide mais la façade bourgeoise de la brune reprend le dessus et elle la méprise. Veronica est une volcanique bourgeoise et une ex-star de téléréalité, à l’image de Paris Hilton. Ce moment marquera le début de la guerre et de la jalousie. Le scénariste multiple les oppositions entre ces deux femmes. Betty est la girl next door gentille et attachante face à Veronica, la peste hors du monde commun. Betty est indépendante et se fiche de son image alors que Veronica ne vit que pour cela. Reggie Mantle vient de la seconde plus riche famille de la ville. C’est le super-vilain selon Archie. Waid met en avant une vraie tendresse pour les classes populaire et le mépris des riches.

On retrouve des lieux et des moments archétypiques de la vie quotidienne d’un adolescent alors que les adultes sont moins présents. L’histoire se déroule au lycée – les cours, l’E.P.S., les couloirs, devant les casiers, au bal de promo – mais aussi pendant une soirée d’anniversaire, dans de petits boulots, la recherche d’une fausse carte d’identité. L’humiliation publique de Veronica est le pire cauchemar de chaque lycéen. Ce monde est aussi modernisé – une fille voilée passe dans le couloir et le lycée est multiethnique.

Archie reprend des questionnements typiques de l’adolescence. La recherche de l’amour ou de l’amitié est constamment présent et bien écrit. Dans l’épisode quatre, on comprend que le héros a refusé le changement de Betty qui avait voulu se conformer au modèle que la société impose aux filles – sois belle et tais-toi. Déçu par la nouvelle relation entre Archie et Veronica, des lycéens veulent changer cela. Les lycéens ont besoin d’un modèle stable pendant cette période de changements dans leur vie. Reggie Mantle organise un complot basé sur des photos pour séparer Archie et Veronica. Archie, en fin de volume, s’éloigne de Betty et Jughead à cause de ce complot.

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L’adolescence est aussi le moment où l’image de soi compte beaucoup – avoir une bonne image vis-à-vis des autres (Archie), vivre de son image (Veronica), refuser l’image que les autres nous imposent (Betty et Archie), se moquer de son image (Jughead). On voit donc un besoin de reconnaissance. Dans le deuxième épisode, deux pages montrent Betty se préparant pour une soirée. Elle doit souffrir pour se conformer à une image stéréotypée de la fille. Archie brise le quatrième mur dès le premier épisode et s’adresse au lecteur pour annoncer sa rupture avec Betty à cause de « l’incident du rouge à lèvres » mais on n’en saura rien avant le quatrième épisode. Au lycée de Riverdale, chacun s’interroge sur ce mystère. Waid trouve ici un moyen malin de présenter l’entourage de notre rouquin mais aussi de décrire de nombreux lycéens. Cette adresse directe au lecteur montre aussi qu’Archie cherche à projeter l’image de lui-même jusqu’au-delà de la fiction, vers le lecteur. D’autres lycéens veulent empêcher Archie d’avoir un accident car cette nouvelle référence au lycée ne doit pas voir son image écornée car de plus sa nouvelle relation fait de lui une lavette. Reggie veut accéder au monde des Lodge pour atteindre à son image rêvée.

Riverdale présente Archie est aussi un ouvrage complet avec en bonus l’ensemble des très nombreuses couvertures alternatives et deux pages sur les étapes de création d’un comics qui permettent à un néophyte de comprendre les multiples intervenants et le rôle de l’éditeur. Malgré une bonne qualité d’impression, on peut juste regretter que les livres semblent peu solides surtout la couverture détachable inutile et glissante.

Alors, convaincus ?

Archie est moins un guide de références – comme la BD Riverdale – qu’une histoire bien écrite d’adolescence. J’ai beaucoup aimé cette histoire sur un couple qui poursuit sa route tout en cherchant à rester amis. Avec Archie, je suis réentré dans la tête d’un ado avec ses réflexions sans mièvrerie ou jeunisme. Le héros est intéressant mais étrangement j’ai été plus fan de Jughead et de Betty, qui seront justement les prochaines traductions de Riverdale en France.

Thomas S.

 

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