[review] Britannia tome 2

Britannia est un titre qui allie plusieurs qualités à mes yeux : l’histoire se déroule sous l’Empire romain, dans une période tumultueuse mais passionnante, le personnage principal est enquêteur et se trouve donc plongé au cœur d’un thriller sanglant, le tout est saupoudré d’une forme de mysticisme inquiétant. Le premier volume était déjà de très belle facture, la suite est-elle à la hauteur ?

Un résumé pour la route

Britannia_2_1Britannia, ceux qui vont mourir est scénarisé par Peter Milligan. On retrouve Juan José Ryp au dessin, assisté de Ryan Lee et Roberto de la Torre sur le #4. Frankie d’Armata est coloriste sur cette mini-série sortie aux Etats-Unis chez Valiant entre avril et juin 2017. En France, le titre sort chez Bliss Comics en août 2018.

Au cours d’un banquet très arrosé chez le sénateur Gaïus Oppius, ce dernier et ses amis violent leurs esclaves. La belle Achillia ne se laisse pas faire et poignarde son maître. Cinq ans plus tard, des événements funestes secouent Rome : les nobles se font décimer et il semblerait que les dieux ne soient pas étrangers à cette affaire. Néron, l’Empereur fou est ivre de rage et somme Rubria, la grande Vestale, de mettre fin au problème sous peine de mort. La Vestale n’a plus qu’une seule solution : faire appel à son fidèle détective Antonius Axia pour résoudre cette énigme.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le premier volume de Britannia nous avait entraînés jusqu’en Bretagne où Antonius Axia se retrouvait confronté à la fois à des esprits redoutables et à des conspirateurs machiavéliques. Dans ce deuxième tome, Peter Milligan choisit de fixer l’action à Rome, capitale de l’Empire et donne un portrait pas très flatteur de l’aristocratie romaine. L’ouvrage s’ouvre sur une orgie au cours de laquelle trois sénateurs libidineux brutalisent leurs esclaves féminines mais l’une d’elles se rebiffe et tue son maître, acte normalement puni de mort. Dès cette première scène, Milligan plante le décor : des aristocrates dépravés, sans scrupules et sans tenue qui boivent sans retenue et n’ont qu’une envie : violer une femme, sûrs de leur impunité due à leur double statut d’aristocrates et de sénateurs. Avec cet épisode, Milligan évoque plusieurs questions : celle du statut de la femme et celui des esclaves issus des peuples mis au pas par Rome comme les carthaginois.

Le fait qu’Achillia refuse de se plier au sort qu’on lui réserve semble avoir totalement bouleversé l’ordre établi et être à l’origine de bien des troubles inexpliqués qu’on attribue donc à une intervention divine. Le fait que des dieux – au moins en apparence – s’en prennent aux enfants des classes supérieures de la société sème la terreur parmi les puissants qui n’ont pas l’habitude d’être les victimes mais tiennent d’habitude le rôle d’oppresseur. L’Empereur est lui-même totalement impuissant, il cherche donc des coupables au premier rang desquels celle qui représente la pureté et l’autorité morale : Rubria la Grande Vestale. Afin de détourner les regards de sa propre impéritie, Néron désigne donc son adversaire à la vindicte des édiles romaines. Le contraste physique entre Néron et Rubria est flagrant dans les planches de Juan José Ryp : elle est aussi grande qu’il semble chétif, elle est aussi belle qu’il paraît laid, elle est aussi calme qu’il est hystérique.

Peter Milligan approfondit la personnalité des héros de son récit : Antonius Axia, le détective un peu chien fou et rebelle s’est assagi depuis qu’il a décidé d’assumer sa paternité et s’occupe de son fils Avitus, un garçon gentil mais un peu rebelle comme tous les ados. L’enquêteur va devoir partager la vedette avec Achillia devenue gladiatrice qui vend chèrement sa peau dans l’arène et dont les victoires font d’elle l’idole des femmes romaines qui la prennent pour porte-parole. Aux côtés d’Axia, on retrouve son fidèle Bran qui joue un peu le rôle de Watson pour Sherlock Holmes. Quant à Néron, l’anti-héros, Peter Milligan nous le montre capricieux, rongé par la folie mais aussi par la culpabilité. l’Empereur est hanté par ses crimes et s’enfonce inexorablement dans une violence sanguinaire sans retour.

Cette description sociale d’une Rome impériale en pleine déliquescence et cette mise en avant des luttes féminines ne fait pas oublier à Peter Milligan l’ambiance ésotérique qui a fait le succès du premier volume. Dieux vengeurs, sorcellerie, divination et hallucinations forment un cocktail réussi, d’autant que le trait de Juan José Ryp convient parfaitement aux regards exorbités, aux crimes sordides et aux turpitudes d’un Empire aussi fascinant que décadent. Ryp est précis dans les costumes et fait évoluer ses personnages dans des ambiances architecturales réalistes même si l’apparition du Colisée est quelque peu anachronique puisqu’il n’est construit qu’entre 70 et 80 par Vespasien. Ryp est aussi très bon dans les scènes d’action et de lutte qui sont véritablement épiques.

Alors, convaincus ?

Britannia, ceux qui vont mourir est un titre qui a tout pour me séduire avec une trame historique présentée de manière réaliste et sans grande caricature – sauf peut-être l’allure chétive de Néron. Il s’agit également d’une passionnante enquête policière mêlant machiavélisme, vengeance et ésotérisme dans un cocktail réussi et où Milligan sait placer une critique sociale et un propos féministe. Ainsi, un nouveau personnage apparaît sur le devant de la scène aux côtés d’Antonius Axia : Achillia. Fan de Juan José Ryp, je suis également comblée par les planches dynamiques et foisonnantes de cet artiste.

Comme nous l’avons écrit pour l’intégrale de Shadowman, Britannia peut se lire indépendamment des autres titres Valiant Comics puisqu’il forme un univers particulier. Amateurs d’enquêtes historiques, ne boudez pas votre plaisir.

Sonia D.

 

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