[review] War Mother

C’est la couverture de War Mother qui m’a incitée à ouvrir ce titre et à le lire. Cette femme qui me rappelle le look de Storm des X-Men dans sa période punk, m’intriguait, tout comme la promesse de lire un titre post-apocalyptique, un de mes petits péchés mignons. La qualité des titres Valiant / Bliss Comics lus jusqu’à présent est aussi une motivation puisque jusqu’ici, cet univers me plait. De nombreuses raisons suffisantes pour se plonger dans ce récit qui met en avant une héroïne au caractère bien trempé.

Un résumé pour la route

War_Mother_Bliss_ComicsWar Mother est scénarisé par Fred van Lente, un des auteurs phare de chez Valiant dont nous avons déjà chroniqué et apprécié Archer and Armstrong et Ivar Timewalker. Plusieurs dessinateurs interviennent sur le titre : Tomas Giorello, Stephen Segovia et Roberto de la Torre déjà vu sur Shadowman.

Sylvan règne sur le Bosquet, une communauté repliée sur elle-même qui se préserve d’un monde hostile. Aucun membre du groupe ne met jamais un pied à l’extérieur à l’exception de celle qu’on appelle War Mother, chargée de ravitailler ses semblables et de les protéger. Lorsque des débris de vaisseau viennent s’écraser non loin du Bosquet, Sylvan envoie War Mother explorer la région afin de ramasser des composantes utiles à la communauté. Le contrat est clair, elle ne doit ramener aucun être vivant. Mais que va-t-il se passer lorsqu’elle découvre un garçonnet dans les débris et qu’elle se présente aux portes du Bosquet avec lui ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

War Mother a toutes les caractéristiques d’un bon récit post-apocalyptique : Fred van Lente plante le décor et invite son lecteur à entrer directement dans l’action. On ne sait rien des origines des guerres ou destructions qui ont conduit à la situation actuelle, il ne s’agit pas ici d’une origin story et, comme dans Walking Dead, on ne sait donc pas comment on en est arrivé à la situation présente. L’auteur ne perd pas non plus de temps dans la présentation des principaux protagonistes dont on va découvrir les caractéristiques au fur et à mesure que le récit avance. Les lecteurs qui auraient lu Rai – un autre titre de Valiant / Bliss Comics – savent que l’histoire se déroule en 4001 puisqu’ils ont aperçu War Mother dans ce titre qui en est un spin-off.

Mais si on n’a pas lu Rai, on sait seulement que le Bosquet sert de refuge à une communauté d’humains qui vivent en autosuffisance et produisent le nécessaire. Les sorties sont très limitées et ne servent qu’à ravitailler le groupe en métaux et matériaux qu’il est impossible de produire soi-même. Pas de volonté exploratrice dans cette communauté qui a sans doute subi des traumatismes et a choisi le repli et l’enfermement. Il faut dire que l’extérieur est peu engageant puisqu’on peut y croiser des mutants, des traders cyborg et des créatures toutes moins engageantes les unes que les autres, sans compter une nature luxuriante mais hostile dans laquelle il vaut mieux ne pas s’aventurer. Par certains aspects, le décor désertique en moins, on pourrait se croire dans Mad Max.

War_Mother_Bliss_Comics_1Une seule personne est autorisée à sortir par Sylvan, le chef du groupe. Il s’agit d’Ana, appelée également War Mother, équipée d’un fusil doté d’une intelligence artificielle avec lequel elle dialogue. Cet aspect m’a rappelé Ballistic, un titre d’Adam Egypt Mortimer que j’avais moyennement aimé mais qui mettait en scène un héros qui dialoguait avec son arme. Le principe est d’ailleurs assez intéressant et van Lente s’en sort bien, faisant évoluer la relation entre Ana et Flaco – le nom qu’elle donne au fusil – qui se révèle être bien plus sensible que certains humains du Bosquet. C’est un des aspects du récit que j’ai le plus apprécié car finalement Flaco est un des deux personnages principaux et ses réactions évoquent la problématique des sentiments des intelligences artificielles.

Un des autres points forts du récit est le questionnement face à l’autorité. A force de maintenir ses ouailles enfermées, Sylvan les a rendues dépendantes de lui et de War Mother, incapables de se défendre par eux-mêmes ou de prendre une décision. Les règles établies sont extrêmement strictes et ne permettent que la sauvegarde du groupe, pas question de venir en aide à quelqu’un de l’extérieur qui n’est perçu que comme un élément de potentiel danger. Van Lente pose la question : à force de vouloir se préserver, l’humanité n’est-elle pas en train de se dissoudre ? En faisant entrer un enfant « tombé du ciel », War Mother commet-elle une erreur ? Le dilemme qui s’en suit m’a également rappelé le débat entre Ripley et Dallas dans Alien quand il s’agit de faire rentrer un membre d’équipage contaminé. Faut-il s’absoudre de toute empathie pour sauver le groupe ?

War_Mother_Bliss_Comics_3

Le lecteur se pose la question pendant 130 pages et van Lente ne donne que quelques pistes qu’il s’amuse d’ailleurs à brouiller les unes après les autres. Pendant tout le récit, War Mother prend de l’ampleur, s’affirme et s’oppose parfois aux décisions qu’on veut lui imposer. Là encore, une analogie me vient à l’esprit avec le personnage de Forever, héroïne du très bon Lazarus de Greg Rucka, une femme créée pour protéger les siens mais qui se révèle être bien autre chose qu’une arme humaine.

Avec War Mother, van Lente interroge également le fonctionnement de l’âme humaine, de son besoin de se trouver un leader qui prend les responsabilités pour le groupe, permettant aux individus d’éviter d’assumer des choix individuels, ce qui permet également de reporter l’échec de tous sur les épaules du leader si ça tourne mal. De manière fugace, l’auteur évoque aussi l’eugénisme.

Graphiquement, les quatre dessinateurs offrent un ensemble de qualité, même si je préfère les personnages de Stephen Segovia, plus esthétiques et plus fluides, à ceux un peu figés de Tomas Giorello. Les scènes d’action sont très dynamiques sans être brouillonnes et Ana War Mother est vraiment splendide.

Alors, verdict ?

War_Mother_Bliss_Comics_2War Mother est un titre dynamique, un bon récit post-apocalyptique qui se sert avec bonheur de toutes les bonnes recettes du genre. Van Lente mêle diverses influences avec bonheur et son personnage principal est attachant et prend le pas sur tous les autres. Le duo Ana / Flaco est le point fort de ce titre, ajoutant une petite pointe d’humour et d’humanité à une histoire plutôt sombre. Le récit est plutôt dense et van Lente pose de nombreuses problématiques dans un nombre de pages assez restreint.

War Mother est un spin-off de Rai mais vous pouvez tout à fait lire l’un sans l’autre car ce volume se lit indépendamment sans aucun problème. Avec ce titre, vous ferez connaissance avec une héroïne au caractère bien trempé et un univers post-apo plutôt réussi. Alors, bienvenue dans le Bosquet !

Sonia D.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s