[review] Secret Weapons

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Depuis le début du blog, Thomas et moi suivons avec plaisir les évolutions des personnages de l’univers Valiant. Ce vaste monde qui s’offre à nous s’étoffe de mois en mois ce qui nous permet d’approfondir notre connaissance de certains individus déjà croisés et d’en découvrir de nouveaux. C’est très exactement le cas avec Secret Weapons qui met en avant sur sa couverture le personnage de Livewire et nous promet de belles rencontres.

Un résumé pour la route

Secret_Weapons_Bliss_Comics_1Secret Weapons est scénarisé par Eric Heisserer qui est aussi en charge des films Bloodshot et Harbinger en préparation. On retrouve Raul Allen et Patricia Martin aux dessins ainsi qu’Adam Pollina sur l’épisode consacré aux origines de Nikki, assisté de David Baron à la couleur. La série sort aux Etats-Unis entre juin 2017 et mars 2018 chez Valiant. En France, Bliss Comics publie Secret Weapons en 2018.

Toyo Harada a disparu après avoir divulgué au grand public l’identité de tous les psiotiques. Certains se sont regroupés en équipes tandis que d’autres ont dû quitter précipitamment le complexe des Saules et se trouvent maintenant isolés dans la nature. Pour couronner le tout, ces jeunes psiotiques sont poursuivis par un tueur cyborg qui cherchent à les éliminer. Ces jeunes aux pouvoirs disparates ne semblent avoir qu’un espoir : Amanda McKee, plus connue sous le nom de Livewire.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avec Secret Weapons, l’univers Valiant s’enrichit d’une nouvelle équipe de psiotiques. Encore, me direz-vous ! Mais attention, ce n’est pas une redite de ce qui existe déjà et ces personnages sont traités comme des héros à part entière et non de simples faire-valoir ou supplétifs aux personnages qu’on a déjà croisés dans Harbinger par exemple.

L’intérêt est multiple : on suit d’une part Amanda McKee, connue également sous son nom de code, Livewire. C’est une technotélépathe qui entre donc en interaction avec les machines et en prend le contrôle. Autrefois lieutenant fidèle du fondateur d’Harbinger, Toyo Harada, elle se trouve seule après la disparition de ce dernier et ses illusions sur le personnage sont tombées. Tout au long du récit, on sent combien Livewire cherche un sens à son existence. Cette quête la mène à s’intéresser à un groupe de jeunes délaissés jusque là par Harada qui jugeait leurs pouvoirs inutiles. L’attitude de Livewire évolue tout au long du titre : d’abord protectrice muette, distante, elle s’attache peu à peu à ces jeunes et décide de les rassembler, elle va jusqu’à leur dire que désormais ils forment une famille. Maternelle et protectrice, Livewire est aussi un être seul qui se retrouve un sens à son action en devenant leur leader et leur mentor. Dans le cahier qui suit les épisodes rassemblés par Bliss, Eric Heisserer explique très bien son attachement à Livewire et cela sent ressent tout au long du récit. Il en fait une femme forte – son pouvoir est impressionnant, elle en fait la démonstration aux moments les plus critiques – mais également un personnage très humain, fait de doutes, de remords et empreint d’une grande humanité. Livewire est un leader charismatique mais qui n’est pas sûre d’elle et qui tâtonne dans ses méthodes. Eric Heisserer a bien rempli sa mission puisqu’on ressent inévitablement de l’empathie pour elle.

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Cette empathie se partage avec l’équipe qu’elle va recruter peu à peu : Nikki, Owen et Avi. Ces trois jeunes ont été recrutés par Harada qui, détectant leurs talents, les a inscrits dans le programme Harbinger et activé leurs pouvoirs. Un seul problème : ces pouvoirs semblent totalement inutiles ou insignifiants : Nikki est ornipathe – elle parle aux oiseaux – Owen fait apparaître des objets mais il ne contrôle pas son pouvoir et les objets qu’il crée ne servent apparemment à rien, Avi se transforme en statue de pierre à volonté. On peut y voir le besoin de revenir à des personnages aux pouvoirs moins absolus et moins destructeurs, un peu comme certains X-Men finalement. On se rappelle tous d’Angel dont le seul pouvoir, à l’origine, est d’être doté d’une paire d’ailes et le professeur Xavier ne l’avait pas jugé inutile à l’époque. On peut donc voir ici un souhait de rendre hommage à ce type de personnages : doté de pouvoirs mais qui sont parfois relégués au second plan par leur manque de puissance. Pourtant, leur volonté, leur acharnement à vivre, à se battre contre l’adversité et leur esprit d’équipe en font finalement des adversaires plutôt redoutables, Heisserer montrant ainsi que la volonté collective prime sur la force individuelle. Attention, l’auteur ne fait pas une leçon de morale appuyée, il distille son propos avec soin tout en plaçant habilement des pointes d’humour tout au long de l’histoire.

Chacun des trois ados a son histoire propre et vit ses traumatismes : Nikki appartient à une famille des plus classiques qui lui met la pression pour réussir ses études mais qui la bride dans ses projets. Nikki se cherche mais ne trouve pas d’appui dans son milieu familial trop étouffant. Elle devient donc la proie idéale pour des marchands de rêve comme Harada qui lui promet un destin hors du commun. Malgré son look « hispter punk » comme le qualifie Charlotte Greenbaum, éditrice associée chez Valiant, Owen est un type peu sûr de lui, il ne s’affirme que dans son look qui lui sert à masquer sa fragilité et son manque d’assurance. On n’en sait guère plus sur lui mais le récit qui lui est consacré le rend encore plus touchant. Quant à Avi, qui appartient à la communauté sikh, il permet à Eric Heisserer d’évoquer les minorités et l’oppression dont elles sont victimes dans la société contemporaine. Habilement, le scénariste choisit une communauté moins médiatisée, celle des sikhs, pour traiter la question du racisme. Mais, Heisserer va au-delà : la révélation des noms des psiotiques au monde par Harada sonne comme un outing géant. Les noms des jeunes sont livrés en pâture au public malgré eux et ils subissent un ostracisme général pétri de préjugés. La scène où Avi est à la fac et se fait bastonner par un groupe de jeunes blanc-becs qui refusent de le voir fréquenter les mêmes lieux qu’eux est particulièrement juste dans le ton.

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Quant au vilain de l’histoire, il est – ou ils sont car, finalement, ils sont deux – particulièrement ambigus dans leurs motivations. Haine des psiotiques confinant à la haine de soi ? Fidélité jusqu’auboutiste à l’idéal mortifère d’Harada ou simple désir de domination ? Le Récupérateur est un peu la synthèse de tout ça et son duo de mort avec Rex-O fonctionne plutôt bien, même s’il disparaît un peu brutalement à mon goût.

Sur le plan graphique, le duo Raul Allen / Patricia Martin fonctionne vraiment en symbiose et propose des cases d’un grand dynamisme dans un décor urbain particulièrement réaliste. Dans le cahier qui clôt l’ouvrage, Bliss Comics a inséré une passionnante entrevue avec les artistes qui expliquent leur méthode de travail ainsi qu’un cahier graphique qui permet de mieux comprendre l’évolution du look des personnages et la composition des pages. Cette dernière peut paraître plutôt classique mais c’est sa densité qui en fait le dynamisme. Les personnages d’Allen et Martin sont vraiment expressifs et les gros plans sur les visages accentuent la proximité du lecteur avec ces héros parfois vraiment torturés et dans tous les cas profondément touchants.

Alors, convaincus ?

Secret Weapons n’est pas seulement un titre mettant en scène une nouvelle équipe de héros. Ce récit sait prendre le temps de nous faire connaître chaque personnage, de nous les faire apprécier grâce à leurs pouvoirs un peu bizarres et leur côté parfois aussi drôles que pathétiques. Les trois psiotiques, rejetés par Harada à cause de leurs capacités apparemment insignifiantes, sont courageux et opiniâtres et leur improbable alliance donne naissance à une équipe surprenante mais pleine de promesses. L’autre point fort est la mise en avant du personnage de Livewire qui s’affirme comme une figure de premier plan dans l’univers Valiant.

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Si vous cherchez une bonne histoire mettant en scène une équipe de jeunes dotés de super-pouvoirs composée d’individus attachants, alors Secret Weapons est pour vous. Il se lit indépendamment des autres titres Valiant mais on en profite mieux si on est déjà un peu immergé dans cet univers foisonnant. Ce titre peut d’ailleurs vous donner l’envie de pénétrer plus avant dans le Valiant universe ce qui est forcément une bonne chose tant il y a de petites pépites à découvrir.

Sonia D.

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Xapur dit :

    J’ai vraiment beaucoup aimé le récit, mes personnages et les graphismes atypiques.

    J'aime

    1. Sonia Smith dit :

      Oui, c’est vraiment un bon titre avec des personnages attachants, je les aime tous et j’ai hâte de revoir cette équipe 🙂

      Aimé par 1 personne

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