[review] Joe Golem tome 1

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Le mythe du Golem est régulièrement utilisé dans la littérature fantastique et dans les comics qui s’en inspirent de manière plus ou moins consciente. Si certains associent Superman à ce mythe, d’autres comme Mike Mignola plonge dans les racines de l’ésotérisme pour faire intervenir ce personnage issu du folklore juif. Voyons comment le maître a pu donner vie à ce personnage tout droit sorti du Moyen-Age.

Un résumé pour la route

Joe_Golem_Delcourt_1Joe Golem est scénarisé par Mike Mignola et Christopher Golden, la partie graphique est assurée par Patric Reynolds aux dessins et Dave Stewart à la couleur. Joe Golem est publié aux Etats-Unis en 2015 chez Dark Horse Comics et en France chez Delcourt Comics en 2018.

Il y a quarante ans de cela, Manhattan a été envahie par les eaux, transformant New York en un ersatz de Venise dans les eaux de laquelle grouillent des créatures malfaisantes. Dans cette ambiance glauque, l’attention de Joe, détective de son état, est attirée sur des disparitions d’enfants répétées et mystérieuses. Qui peut bien s’en prendre aux enfants de la ville et quelle sorte de détective est véritablement Joe ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Les amateurs de l’univers de Mike Mignola ne seront pas surpris par l’ambiance qui règne ici. Lorsque le lecteur ouvre ce titre, il se retrouve plongé en pleine uchronie : une catastrophe a frappé New York et une grande partie de la ville est désormais sous les eaux. On a plutôt l’impression de se retrouver en plein cœur de Venise, même si le temps est particulièrement triste et pluvieux. Même l’architecture imaginée par Patric Reynolds rappelle par moments la ville des Doges, les canots naviguent au cœur des eaux vertes qui parcourent la cité et s’enfilent dans des venelles étroites et sombres. Mais on peut aussi voir naviguer sur ce fleuve des bateaux qu’on s’attendrait davantage à voir évoluer sur les bords du Mississippi. De nombreux décors font aussi penser aux univers de Jules Verne et exhalent une petite odeur de steampunk.

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Si le décor s’apparente à Venise, l’ambiance rappelle plutôt le Londres de Charles Dickens, peuplé d’orphelins pauvres et vulnérables, obligés de chaparder pour vivre et passer le temps mais cibles de créatures étranges aux motivations complexes qui font penser à celle qu’on peut voir dans l’Étrange créature du Lagon noir… en moins kitsch.

Cette créature, tout comme le titre de l’ouvrage Joe Golem, détective de l’occulte, mettent le lecteur sur la voie de ce qui l’attend : une plongée dans l’occultisme et le folklore yiddish, sujets dans lesquels Mike Mignola excelle. Dans ce titre, en effet, le maître convoque le mythe du Golem, qu’il détourne ici quelque peu puisque ce Golem est créé par des prêtres afin de lutter contre des sorcières. Les scénaristes pratiquent ici le flashback, alternant les enquêtes de Joe dans son New York aquatique et les récits des temps anciens ayant présidé à la naissance du Golem. La personnalité de Joe, notre héros détective, est particulièrement troublée par les visions de ces images révolues. Mais le lecteur conserve un doute tout au long du volume : Joe est-il réellement ce Golem, cet être fait de glaise, animé par des techniques magiques, ou est-il victime des manipulations de son étrange mentor, M. Church ? Un Golem a-t-il le droit à l’amour et à une vie normale ? La relation entre le mystérieux M. Church et Joe ressemble à celle d’un père et d’un fils mais également à celle d’un savant fou tenant en laisse sa créature, quel est le fin mot de l’histoire… à suivre !

Joe_Golem_Delcourt_2Mais le monde dans lequel les personnages évoluent est-il bien normal justement : entre les créatures aquatiques qui luttent à leur façon contre la solitude et les pauvres hères qui tentent de ramener leurs proches à la vie quel qu’en soit le prix, on est en droit de se poser la question ! Mike Mignola et Christopher Golden mêlent dans cet ouvrage les mythes les plus en vogue de la culture populaire rendant ainsi hommage à la littérature fantastique du XIXe siècle et à Mary Shelley en particulier. Mais, à leur Golem, les auteurs opposent une autre forme de créature sans âme : les zombies. On retrouverait en cherchant bien aussi quelques références au Marchand de Venise de Shakespeare ou, dans un tout autre registre à X-Files qui utilise également le Golem dans un épisode marquant de la série. Le lecteur se croirait dans les pages d’un roman gothique ou d’un pulp des années 1930 avec ce récit qui mêle fantastique et suspense dans une ambiance vénéneuse fort bien servie par le talent de Patric Reynolds et du coloriste Dave Stewart qui offrent un décor glauque et suave à cette aventure.

On peut s’amuser presque à chaque case à tenter de retrouver les références des auteurs tant elles sont nombreuses. Toutefois, pour profiter pleinement de ce titre, une petite connaissance du mythe du Golem et de la littérature fantastique est la bienvenue sans être indispensable.

Alors, convaincus ?

Fan de littérature fantastique et de mythes en tous genres mais aussi de l’écriture de Mignola, je n’ai pas eu de mal à apprécier ma lecture. Le scénario fantastique, glauque et morbide se marie fort bien avec l’univers graphique de Patric Reynolds. L’atmosphère est lourde, voire pesante et Joe Golem détective de l’Occultisme nous entraîne dans les bas-fonds d’une ville peu rassurante pour notre plus grand bonheur. Je vous recommande également pour le bonheur des yeux la galerie d’illustrations et le sketchbook en fin de volume qui sont un vrai régal visuel.

Sonia D.

 

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