[review] Batman : la légende secrète

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Urban comics réédite ce mois-ci un récit qui m’était particulièrement cher lorsque j’étais plus jeune. Batman : la légende secrète était paru chez Sagédition en 1981 dans un format géant – assez difficile à caser dans sa bibliothèque d’ailleurs – dans la collection Superman et Batman. Le titre était, à l’époque, La légende inconnue de Batman, la couverture est la traduction sont légèrement différentes et la réédition d’Urban Comics s’accompagne d’autres récits antérieurs. Une bonne occasion pour découvrir ou redécouvrir ces récits de la fin des années 1970 et du début des années 1980.

Un résumé pour la route

Batman_Légende_SecrèteCe récit complet Batman n°6 est sorti en kiosque en avril 2018. Il reprend les histoires suivantes : Detective Comics #444 à 448 (parus en 1975), les trois premiers récits sont scénarisés par Len Wein et illustrés par Jim Aparo et les deux suivants dessinés par Ernie Chua. On retrouve ensuite deux récits parus en 1978 dans Detective Comics #478 et 479 scénarisés par Len Wein et illustrés par Marshall Rogers. Enfin, ce volume se clôt avec The Untold Legend of The Batman #1 à 3 toujours scénarisés par Len Wein et illustrés par John Byrne et Jim Aparo, sortis en 1980.

Les cinq premières histoires évoquent une machination dont Batman est l’objet et qui vise à le faire passer pour un criminel aux yeux de la population de Gotham et du commissariat. Les deux récits suivants mettent en scène Clayface (Gueule d’argile), un vilain tragique comme les rues de Gotham en regorgent. Enfin, La légende secrète de Batman revient sur les origines du chevalier noir, de certains de ses alliés et adversaires.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, notons le très beau travail éditorial d’Urban Comics sur ce titre avec un article d’introduction rendant hommage à Len Wein, immense scénariste qui a écrit de nombreux récits de grande qualité. Nous en avons d’ailleurs une belle démonstration dans ce recueil.

Legend of Batman

Len Wein décide, en effet, de bousculer Batman et de faire réfléchir le lecteur sur son statut de justicier incorruptible. Lorsqu’on ouvre le titre, on tombe sur une splash page proclamant : « Batman Assassin ». Len Wein fait ensuite un retour en arrière pour nous permettre de comprendre comment on en arrive à cette situation plutôt inattendue. A la suite d’une machination orchestrée par Ras Al Ghül, Batman est mis au banc de la société et traité comme les criminels qu’il a, jusqu’ici combattus. La facilité avec laquelle l’opinion publique accepte l’idée d’un Batman criminel interroge quelque peu. Ce personnage qui a voué sa vie à faire triompher la justice, à sacrifier sa vie personnelle à la défense de la paix dans sa ville est voué aux gémonies sans même qu’on lui accorde le bénéfice du doute. Len Wein montre ainsi la versatilité de l’opinion publique qui brûle aujourd’hui les idoles qu’elle adorait la veille. Batman en est la victime, il n’est donc plus un justicier omnipotent, il est un être impuissant à prouver son innocence, un pion d’une machination visant à le corrompre en le poussant peu à peu vers le désespoir. Wein insiste sur le surmenage, la nervosité de son héros qui se sent pris au piège. Jim Aparo restitue très bien les angoisses de Batman. C’est d’ailleurs une des grandes forces d’Aparo que de savoir rendre les émotions humaines comme le cynisme, la peur ou le doute. Les rares à tendre la main au héros déchu sont le fidèle Alfred et l’étrange Creeper au look psychédélique ! Cet arc assez court permet au lecteur de voir un Batman plus fragile, plus nerveux qui doute de lui et qui perd la confiance du précieux commissaire Gordon. Len Wein met en avant des ennemis de Batman qui ont et auront une importance majeure : Ras Al Ghül et sa fille Talia. C’est pour toutes ces raisons et pour le trait fin et magnifique de Jim Aparo dont je suis extrêmement fan que je recommande ce petit récit.

L’histoire de ClayFace est un peu plus brouillonne mais souligne parfaitement la typicité des méchants qui parsèment les rues de Gotham. Il s’agit souvent de personnages traumatisés qui n’ont pu surmonter les épreuves auxquelles ils ont été confrontés et basculent du côté obscur n’ayant finalement guère d’autre choix. Ce sont des individus que l’on plaint plus qu’on ne les déteste. ClayFace n’est pas le premier du nom mais il a vécu tellement d’épreuves qu’il en est devenu égoïste et cynique. Len Wein le place en opposition avec Bruce Wayne qui a perdu Silver, la femme de sa vie, cette dernière ayant refusé de supporter que Bruce se mette en danger permanent sous le costume de Batman. Wein joue sur la colère et la frustration de Bruce Wayne et montre combien ses difficultés personnelles rejaillissent sur ses actions de justicier. Il en vient à user de violence de manière disproportionnée et laisse sa colère diriger ses actes. Len Wein montre ainsi que, sous ce costume de chevalier noir, se cache un homme imparfait dont les actions peuvent avoir des conséquences graves s’il ne se maîtrise pas. C’est là la différence entre Batman et ses ennemis – ici ClayFace – l’homme chauve-souris parvient malgré tout à tenir la folie à distance mais Len Wein montre combien la frontière est ténue entre un héros et un vilain. Par contre, j’ai un peu de mal avec les dessins de Marshall Rogers que je trouve un peu brouillons par moments.

Batman_Untold_LegendEnfin, pour moi le meilleur récit de ce volume est The Untold Legend of the Batman illustré par deux de mes artistes préférés, John Byrne et Jim Aparo. Dans cette histoire en trois parties, Len Wein revient sur les origines de Batman au début des années 1980. Le personnage a alors une quarantaine d’années, c’est le moment de revenir sur sa naissance, notamment pour les nouveaux lecteurs qui prendraient le train en marche. Là encore, Len Wein aime jouer sur les traumatismes du héros qui devient pratiquement schizophrène dans ce récit. Batman est finalement toujours le pire ennemi de Bruce Wayne, ce que le scénariste démontre brillamment dans ce titre tout en émotions. On revient sur Thomas Wayne, le père de Bruce, et ses relations forcées avec la pègre qui provoqueront sa mort et celle de sa femme. Wein évoque la jeunesse de Bruce Wayne qui est, pour lui le premier Robin. Il rappelle ou donne sa version des origines d’Alfred, un anglais pétri d’honneur qui sacrifie son existence pour une promesse faite à son père. Len Wein évoque aussi Dick Grayson et la perte de ses parents, Barbara Gordon et la naissance de Batgirl ou la transformation de Red Hood en Joker et de Harvey Dent en Double-Face. Len Wein amène son Batman une fois encore au bord de la folie pour mieux le sauver de lui-même.

La thématique générale de ce volume est donc la tension qui peut animer un justicier masqué. Batman combat le crime avec des méthodes parfois extrêmes même s’il ne franchit jamais la ligne jaune. Il est toujours en tension, obligé de se contrôler, ne pouvant donner libre cours à ses émotions au risque de basculer dans l’excès et de blesser quelqu’un voire de le tuer, ses accès de rage le prouvent. Len Wein fait réfléchir sur la condition du héros, toujours au bord de la folie, au bord du drame. Il montre aussi la rapidité avec laquelle une opinion peut se retourner et se détourner des héros qu’elle adulait auparavant. Batman oeuvre pour des ingrats qui sont prêts à le condamner sans même lui offrir une chance. Mais est-ce pour les autres que Batman se bat ou pour lui-même ? C’est l’éternel question que soulèvent les aventures du chevalier noir !

Alors, convaincus ?

Ce volume est un bon condensé de la vision de Len Wein sur Batman, une vision assez sombre qui, à l’heure actuelle ne surprend plus tellement mais qui dans les années 1970 / 80 symbolise l’entrée dans un âge de bronze où les héros doutent et souffrent, dans lequel leur utilité est remise en cause et où l’on souligne le danger éventuel que représente un personnage surpuissant, toujours au bord de la folie induite par son état de justicier masqué et traumatisé par le drame qu’il a vécu enfant.

Legende of Batman

Len Wein sait parfaitement écrire ce Batman torturé, fragile, au bord de la rupture que Jim Aparo ou John Byrne magnifient par leur trait précis, fin et majestueux.

Vous l’aurez compris, je recommande chaudement ce récit complet Batman #6 notamment aux nostalgiques de cet âge de Bronze extraordinaire et de ces artistes de génie que sont Len Wein, Jim Aparo ou John Byrne.

Sonia D.

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